Ma Mère L'Oye en prose - 9

Introduction à l'Homme de la Lune - Sommaire

Homme dans la lune

L'Homme de la Lune dégringola sur terre
Et demanda la direction de Norwich
Il alla au sud et se brûla la bouche
En mangeant de la purée froide !

(Écouter la comptine)

Quoi ? Vous ne connaissez pas l'histoire de l'Homme de la Lune ? Alors il faut que je vous la raconte, car elle est très amusante, et il n'y a pas un mot de vrai dedans.

L'Homme de la Lune était plutôt solitaire, il jetait souvent un coup d'œil par dessus le bord de la lune et regardait en bas, vers la terre, en enviant tous ces gens qui vivaient ensemble, car il pensait qu'il était beaucoup plus plaisant d'avoir des compagnons avec qui parler que de se taire indéfiniment dans une grand planète, livré à lui-même, où il ne pouvait que siffler pour se tenir compagnie.

Un jour, il vit un haut-fonctionnaire en train de voler dans sa direction, (il s'était retrouvé là suite à une erreur administrative), et alors qu'il s'approchait de lui, l'Homme de la Lune l'interpella et lui dit :

« Comment çà va, sur la terre ? »

« Tout va très bien, » répondit le haut-fonctionnaire, « et je ne la quitterais jamais si je n'y étais obligé. »

« Qu'y a t il d'intéressant à visiter comme endroit ? »

« Oh, Norwich est un endroit magnifique, » répondit le haut-fonctionnaire, « il est réputé pour sa purée. » puis il vola au loin et disparut, laissant l'Homme de la Lune réfléchir à ce qu'il venait de lui dire.

Les paroles du haut-fonctionnaire lui donnèrent plus envie que jamais de visiter la terre, il retoura chez lui, perdu dans ses pensées, il mit quelques morceaux de glace dans sa chaudière pour se réchauffer, et il s'assit pour réfléchir à la manière de s'y prendre pour faire ce voyage.

Voyez vous, tout était inversé sur la Lune, quand l'Homme souhaiter se réchauffer, il cassait quelques morceaux de glace et les mettait dans son réchaud, et quand il voulait boire de l'eau, il la refroidissait en mettant des charbons ardents dans le pichet.

De même, quand il avait froid, il retirait son chapeau, son manteau et même ses chaussures, alors il se réchauffait, et dans les jours de grande chaleur, il mettait un gros manteau pour se rafraîchir.

Tout cela vous semble bien étrange, je n'en doute pas, mais çà ne l'était pas du tout pour l'Homme de la Lune, car il y était habitué.

Il s'était assis près de son feu et réfléchit à son voyage vers la terre, et finalement, décida que le meilleur moyen d'y arriver était de se laisser glisser le long d'un rayon de lune.

Alors il quitta sa maison, verrouilla la porte et mit la clef dans sa poche, car il ne savait pas combien de temps il serait parti, puis il alla au bord de la lune et se mit à la recherche  d'un bon rayon bien solide.

Hommelune

Il finit par en trouver un qui semblait assez consistant et donnait sur un point de la terre à l'air agréable, alors il s'élança par dessus le bord de la lune, saisit le rayon qu'il serra entre ses bras et se laissa glisser.

Mais il trouva qu'il glissait trop vite, et malgré ses effort pour ralentir, sa vitesse augmentait à chaque instant, si bien qu'avant même de toucher terre, il lâcha prise et tomba à la renverse dans une rivière.

Il faillit bien être ébouillanté par l'eau glacée avant de pouvoir nager, mais heureusement, il était près de la rive, il se hissa sur la terre ferme et s'assit pour reprendre son souffle.

Entre temps, le matin arriva, et alors que le soleil levant, ses chauds rayons le rafraîchirent un peu, alors il commença à observer avec curiosité à toutes ces choses étranges et se demanda à quel endroit de la terre il se trouvait.

Sur ces entrefaits, un fermier arriva sur la route qui longeait la rivière avec un attelage de chevaux tractant un chargement de paille, ces animaux semblaient tellement étranges à l'Homme de la Lune, que sur le moment il eut très peur, n'en ayant jamais vu ormi depuis chez lui, dans la lune, d'où ils avaient l'air beaucoup plus petits. Mais il rassembla son courage et demanda au fermier :

« Pouvez vous m'indiquer la direction de Norwich, monsieur ? »

« Norwich ? » répéta le fermier d'un air songeur, « je ne sais pas exactement où çà se trouve, mais c'est quelque part au sud. »

« Merci. » répondit l'Homme de la Lune. Mais arrêtons nous un moment ! Il ne faut plus que je l'appelle l'Homme de la Lune, car il n'y était alors plus, je l'appelerai simplement l'Homme, et vous, vous saurez de qui il s'agit.

Bon, l'Homme de la... je veux dire l'Homme (j'avais preque oublié ce que je venais de dire) l'Homme se dirigea vers le sud et marcha d'un bon pas sur la route, car il était décidé à faire ce que lui avait conseillé le haut-fonctionnaire, et de se rendre à Norwich pour goûter la fameuse purée que l'on y faisait.

Finalement, après un long et fatigant trajet, il parvint à la ville et s'arrêta à l'une des premières maisons qu'il trouva, car il était vraiment affamé.

Une dame bien mise vint lui ouvrir la porte et il lui demanda poliment.

« Sommes nous bien à Norwich, madame ? »

« En effet, ici, c'est bien la ville de Norwich. » répondit la femme.

« Je suis venu ici pour si je pouvais avoir un peu de purée, » expliqua l'Homme, « car on m'a dit que vous faisiez la meilleure du monde dans cette ville.  »

« C'est fort vrai, » répondit la femme, « et si vous voulez bien entrer, je vous en servirai un bol, car il y en a plein la maison, que je viens de faire. »

Il la remercia, entra dans la maison, et elle lui demanda :

« La préférez vous chaude ou froide, monsieur ? »

« Oh, froide, autant que possible, » répondit l'Homme, « je déteste manger chaud. »

Elle lui ramena aussitôt un bol de purée de pois, et l'Homme avait tellement faim qu'il en prit une grande cuiller tout de suite.

À peine l'eût il introduite dans sa bouche qu'il poussa un hurlement, et il se mit à trépigner frénétiquement à travers toute la pièce, car bien sûr, la purée qui était froide pour quelqu'un de la terre était chaude pour lui, la grande cuillérée de purée froide lui avait brûlé la bouche et formé une cloque !

« Que se passe-t-il ? » demanda la femme.

« Ce qui se passe ? » s'écria l'Homme, « votre purée est tellement chaude que je me suis brûlé. »

« Baliverne ! » répliqua-t-elle, « cette purée est complètement froide. »

« Goûtez donc vous-même ! » cria-t-il. Alors elle y goûta et la trouva fraîche et agréable. Mais l'Homme fut si étonné de la voir manger cette purée qui lui avait brûlé la bouche que cela lui fit peur, alors il s'enfuit de la maison et courut aussi vite qu'il put jusqu'au bout de la rue.

Juste au coin, un policier le vit courir, et s'empressa de l'arrêta et l'emmena devant le juge.

« Quel est votre nom ? » demanda le juge.

« Je n'en ai pas. » répondit l'Homme, car bien sûr, comme il était le seul Homme de la Lune, il ne lui était pas nécessaire d'avoir un nom.

« Allons, allons, ne dites pas de bêtises ! » dit le juge, « vous devez bien avoir un nom, qui êtes vous ? »

« Eh bien, je suis l'Homme de la Lune. » 

« Vous me racontez des sornettes ! » s'écria le juge, en jetant un regard sévère au prisonnier, « eh bien ici, on est à Norwich, et vous allez voir ce qu'il en coûte de se moquer de moi ! »

« C'est pourtant vrai. » répondit l'Homme abasourdi par ces paroles.

« On doit bien vous appeler d'une manière ou d'une autre. » dit le juge.

« Eh bien, » dit le prisonnier, « si je ne suis pas l'Homme de la Lune, je dois être l'Homme qui n'est pas de la Lune, alors appelez moi comme çà. »

« Très bien, » répondit le Juge, « bon, alors, d'où venez vous ?  »

« La Lune. »

« Vraiment ? Comment êtes vous arrivé ici ? »

« En glissant le long d'un rayon de lune. »

« Évidemment ! Bien, pourquoi couriez vous ? »

« Une femme m'a donné de la purée froide et çà m'a brûlé la bouche. »

Le juge le regarda un moment avec perplexité, puis il dit :

« De toute évidence, cet homme est fou, emmenez le à l'asile de fous et qu'il y reste. »

Tel eût été le sort de l'Homme sans la présence d'un vieil astronome qui avait souvent observé la lune a vec son téléscope, il avait ainsi découvert que ce qui était chaud sur la terre était froid sur la lune, et ce qui y était froid était chaud ici, alors il commença à penser que l'Homme disait la vérité.

Il demanda donc au juge d'attendre quelques minutes pour vérifier si l'Homme de la Lune s'y trouvait avec son téléscope. Comme la nuit tombait, il alla chercher son téléscope et observa la Lune... et il vit qu'il ne s'y trouvait  pas !

« Cela a l'air vrai, » dit l'astronome, « l'Homme semble avoir quitté la Lune d'une façon ou d'une autre. Puis je regarder votre bouche, monsieur, pour voir si vous vous êtes réellement brûlé. »

Alors l'Homme ouvrit la bouche, et tous purent constater que la brûlure avait formé une cloque ! Le juge se confondit aussitôt en excuses pour avoir douté de ses paroles, et il lui demanda ce qui pouvait lui faire plaisir.

« Je voudrais retourner dans la Lune, » dit l'Homme, « je n'aime pas du tout votre terre, les nuits y sont trop chaudes. »

« Pourtant, il fait frais, ce soir ! » dit le juge.

« Je sais ce que nous allons faire, » intervint l'astronome, « en ville, il y a un grand ballon, il appartenait à un cirque qui était passé ici l'été dernier, il avait été donné en paiement d'une dette. On pourrait le gonfler et renvoyer l'Homme qui a quitté la Lune chez lui avec. »

« C'est une bonne idée. » répondit le juge.  Le ballon fut donc amené et gonflé, l'Homme monta dans le panier et demanda qu'on lâche tout, alors le ballon monta dans le ciel en direction de la lune.

Le bon peuple de Norwich, qui était resté sur terre, la tête renversée en arrière, regardait le ballon monter de plus en plus haut. Enfin, ils virent l'Homme tendre le bras, attraper le bord de la lune et redevenir instantanément l'Homme de la Lune !

Après cette aventure, il se contenta de rester chez lui, et je ne doute pas que si vous regardez avec un téléscope, vous le verrez.

 

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