Ma Mère l'Oye

Introduction générale

Sommaire

Ma Mère l'Oye en Prose, illustré par Maxfield Parrish, est un recueil de vingt deux histoires basées sur d'anciennes comptines, c'était le tout premier livre pour enfants de Baum, l'on y retrouve tous les ingrédients de son univers ; des fées, des magiciens, des sorciers, des pays magiques, des objets magiques, des créatures surnaturelles etc. On peut donc, sans risquer de se tromper trop lourdement, le classer parmi ses œuvres de fantasy.

Il fut d'abord publié en 1897 par Way and Williams de Chicago et réédité par la George M. Hill Company en 1901.

Le livre commence avec une introduction de Baum retraçant l'histoire de Ma Mère l'Oye, suivi du texte de la comptine originale et d'une histoire où il développe le contexte littéraire.

Dans la dernière histoire, il est question d'une petite fille appelée Dorothy qui sait parler aux animaux, préfigurant le cycle du Magicien d'Oz. En 1910, Baum inclua cette histoire dans Juvenile Speaker, un recueil de lectures, de récitations en prose, et des poésies en prose ou en vers parfois humoristiques, ainsi que dans The Snuggle Tales en 1916, un recueil de rééditions d'histoires et de poésies. Il changea alors le nom de la fillette en Doris, afin d'éviter la confusion avec Dorothy Gale.

Ma Mère l'Oye en Prose était publié dans une édition élégante, mais cet ouvrage coûtait quand même assez cher, surtout pour un livre pour enfants, il ne connut donc qu'un "succès commercial modéré". L'éditeur Way and Williams fit banqueroute un an plus tard.

En 1899, Baum reprit le thème des Nursery Rhymes avec une approche différente, dans Father Goose: His Book.

 

 

 

Charles Perrault et les Nursery Rhymes

Au premier abord, le public francophone risque de faire la confusion entre la Mère l'Oye anglaise, Mother Goose et celle de Charles Perrault, le précurseur de la fantasy. En France et dans les pays anglo-saxons, on connait ses fameux Contes de Ma Mère l'Oye ; un recueil de huit contes de fées qu'il a rédigé en 1697, sous le titre Histoires ou Contes du Temps Passé, avec des Moralités, et qui comprend : La Belle au Bois Dormant, Le Petit Chaperon Rouge, La Barbe Bleue, Le Chat Botté, Les Fées, Cendrillon, Riquet à la Houppe et Le Petit Poucet. Seulement, dans les pays anglo-saxons, Mother Goose n'évoque pas seulement ce recueil de contes de Perrault, mais aussi une multitude de comptines, les fameuses Nursery Rhymes. Et si l'on ne connait pas les Nursery Rhymes, on peut difficilement cerner l'esprit de Ma Mère l'Oye en Prose de L. F. Baum.

Ma mere l oye francais

 

 

Les Nursery Rhymes

En Grande Bretagne et dans plusieurs autres pays anglo-saxons, les Nursery Rhymes sont des comptines et des chansonnettes pour enfants, mais l'utilisation de ce terme ne date que de la fin du XVIIIe siècle début XIXe. En Amérique du Nord, on utilise plutôt le terme de Mother Goose Rhymes, qui fut introduit durant la moitié du XVIIIe siècle.

Depuis la moitié du XVIe siècle, les Nursery Rhymes sont présentées sous forme musical, les plus célèbres datent du XVIIe et XVIIIe siècles. Les premiers recueils en anglais, Tommy Thumb's Song Book et Tommy Thumb's Pretty Song Book qui lui fait suite furent publiés avant 1744.

En 1837, John Bellenden Ker Gawler avança l'idée que ces comptines dérivaient d'anciennes plaisanteries flamandes en bas néerlandais, mais cette théorie est très marginale.

 

 

Les premières Nursery Rhymes

On connait des poèmes français du XIIIe siècle énumérant les jours et les mois de l'année, vers la fin du Moyen-Âge, on trouve de petites comptines pour enfants, et au milieu du XVIe siècle, apparaissent des versions chantées en anglais.

Beaucoup de Nursery Rhymes ne furent pas écrites avant le  XVIIIe siècle, quand les publications pour enfants hésitaient entre éducation et polémique à travers le divertissement, mais on connait beaucoup de comptines qui existaient bien avant comme, To market, to market ou Cock a doodle doo qui datent au moins de la fin du XVIe siècle.

Ces comptines semblent provenir d'une grande variété de sources, énigmes, proverbes, ballades, pantomimes, chansons à boire, évènements historiques, et comme certains l'ont suggéré, des rituels païens.

Au début du XIXe siècle, plusieurs recueils de comptines furent publiés dans différents pays, dont Popular Rhymes of Scotland de Robert Chamber en 1826 et Mother Goose's Melodies aux États Unis en 1833. Pour certaines de ces comptines datant de cette période, on connait l'origine et les auteurs, comme par exemple Twinkle Twinkle Little Star qui combine l'air français du XVIIIe siècle Ah vous dirai-je, Maman avec un poème du XIXe siècle de Jane Taylor intitulé The Star.

Ma mere l oye nursery rhymes

Les premiers à avoir réuni des chansons populaires en recueils, comme Sir Walter Scott en Écosse ou Achim von Arnim  en Allemagne au début du XIXe siècle, y incluaient ce que nous connaissons aujourd'hui comme des Nursery Rhymes.

Mais le recueil le plus important dans ce domaine est sans doute The Nursery Rhymes of England, de James Orchard Halliwell en 1842, et Popular Rhymes and Tales qu'il publia en1849. Haliwell avait classé les Nursery Rhymes en plusieurs catégories ; historiques, histoires au coin du feu, jeux, alphabet, énigmes, nature, famille, lieux, proverbes, superstitions, coutumes et berceuses.

 

 

Ma Mère l'Oye

Il n'y a pas de grandes différences entre un recueil de Nursery Rhymes et un recueil de comptines de Ma Mère l'Oye (Mother Goose's Rhymes ou Mother Goose's Melodies), il s'agit des mêmes chansonnettes, à quelques variantes près, rassemblées sous un titre différent.

À  l'origine, la figure de Ma Mère l'Oye est l'auteur imaginaire d'une série de contes de fées et de comptines. Elle apparait dans une des Nursery Rhymes (Old Mother Goose). Elle est généralement dépeinte comme une vieille femme avec un grand chapeau et un châle, un costume identique à ceux des paysans du Pays de Galles au début du XXe siècle, d'autres fois, on la représente comme une oie, souvent coiffée d'un bonnet.

Mothergoos

 


Identité de la Mère l'Oye

- Aux États Unis

À la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, en Angleterre, les lecteurs étaient familiarisés avec Mother Hubbard, un personnage populaire utilisé par Edmund Spenser dans sa satire Mother Hubberd's Tale en 1590.

Ma Mère l'Oye est mentionnée dans des chroniques françaises en vers, comme celles de Jean Loret dans la Muse Historique en 1650. L'expression qu'il y utilise : comme un conte de Ma Mère l'Oye, montre qu'elle était déjà connue à l'époque; D'autres références apparaissent dans la littérature française dans les années 1620 et 1630..

Dans The Real Personages of Mother Goose (1930), Katherine Elwes-Thomas suggère que l'image et le nom de Ma Mère l'Oye sont liés à l'épouse du Roi de France Robert II (972 - 1031), Berthe de Bourgogne (964 - 1010), que l'on appelait Berthe la Fileuse ou Berthe aux pieds d'Oie, et qui savait captiver les enfants en leur racontant des histoires.

Bertha of burgundy

Berthe de Bourgogne dite Berthe aux pieds d'oie

On la confond souvent avec Bertrade de Laon (720 - 783), l'épouse de Pépin le Bref (714 - 768), et mère de Charlemagne (742 - 814), que l'on la connait mieux sous le surnom peu flatteur de Berthe aux Grands Pieds, mais comme elle n'est pas renommée pour avoir raconté des histoires, il est peu probable qu'elle soit à l'origine de la légende de la Mère l'Oye.

Selon Eleanor Early, une voyageuse et historienne de Boston dans les années 1930-40, la Mère l'Oye originale était une personne réelle qui vivait à Boston dans les années 1660. À Boston dans le Massachussetts, justement, on soutient que la vraie Mère l'Oye était une bostonienne mariée à un certain Isaac Goose, qui avait eu deux épouses : Elizabeth Foster Goose (1665–1758) et Mary Goose (1648 -1690), enterrée au Granary Burying Ground sur la Tremont Street.

800px mother goose grave boston

Tombe Mary Goose au Granary Burying Ground à Boston Mass.

Elle était la seconde épouse d'Isaac Goose (appelé ailleurs Vergoose ou Vertigoose), et lui donna six enfants en plus des dix qu'il avait déjà. Après la mort d'Isaac, Elizabeth partit vivre avec sa fille ainée, qui avait épousé Thomas Fleet, un éditeur qui habitait sur la Pudding Lane (aujourd'hui Devonshire Street). Selon Early, Mother Goose avait l'habitude d'interpréter des chansonnettes et des comptines à ses petits enfants, et les autres enfants se rassemblaient sous sa fenêtre pour l'écouter aussi. Finalement, ce fut Thomas Fleet, son beau-fils qui rassembla ses chansonnettes et ses comptines dans un recueil et le publia.

Un Chroniqueur du Boston Transcript écrivait le 17 juin 1864 : le livre de Fleet est une réimpression d'un vieux recueil de chansons (celui de Barclay, voir paragraphe suivant)), et le nouveau titre est sans doute un hommage de l'imprimeur à sa belle-mère Goose pour sa contribution. Elle était la mère de seize enfants, et collait bien à l'image de la Vieille Femme qui vivait dans une Chaussure.

 

- En Angleterre

L'Angleterre revendique la seule Mère l'Oye authentique, qui aurait vécu à peu près à la même époque que celle de Boston. Il s'agirait d'une vieille femme appelée Martha Gooch qui vivait dans une ville du Sussex, aux alentours de 1704, c'était une nourrice renommée, et les demandes de parents de nouveau-nés affluaient pour qu'elle s'occupe de leurs bébés. Ainsi, au fil des ans, finit on par l'appeler Mother Gooch. Les comptines qu'elle chantait aux tout petits qu'on lui confiait, selon ceux qui les ont entendues occasionnellement, étaient absurdes et complètement dénuées de sens, c'est pourquoi on se mit à l'appeler Mother Goose par dérision.

La vieille nourrice, qui ne prêtait guère attention aux critiques, n'en continuait pas moins de chanter, peu lui importait si les adultes se moquaient  d'elle, les enfants adoraient ses comptines et ses chansons, et même le plus dissipé et le plus effronté d'entre eux succombait à ses mélodies apaisantes. À une époque, Mistress Gooch s'occupait de l'enfant d'un médecin nommé Ronald Barclay, celui-ci remarqua les comptines qu'elle chantait et s'y intéressa. Il finit par les rédiger et en fit un livre qui aurait été édité par John Worthington & Son dans le quartier du Strand, à Londres en 1712, sous le titre Ye Melodious Rhymes of Mother Goose, mais, s'il a existé, cet ouvrage a complètement disparu.

 

 

Ma Mère l'Oye et les Nursery Rhymes

On sait que John Newbery a publié une compilation de comptines anglaises intitulée Mother Goose's Melody ou Sonnets for the Cradle vers 1765, puis Thomas Carnan, un de ses successeurs, la republia en 1780 ou 1781. Cette édition a été enregistrée au Registre des Libraires (Stationers' Company), l'équivalent anglais du dépôt légal en France*, en 1780, pourtant, il ne subsiste aucun exemplaire, et la plus vieille édition date de 1784. C'est depuis cette époque que, dans le monde anglophone, le nom de Mother Goose est associé à la poésie enfantine.

 

Dans la littérature, le cinéma ou à la télévision, les anglo-saxons nous montrent toujours un cœur pur, mais il est loin de l'être. Pourtant, celui de Baum l'était, et son innocence estompe la souillure ambiante.

Voici le cœur pur de Lyman Frank Baum.

Voici son Rêve Américain.

 

*Voir article Wikipédia sur le Registre des Libraires

Sommaire

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×