Zixi, la Reine d'Ix - 17

La descente des Tourneboules

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Le Roi Tim et la Princesse Tignasse menaient une vie paisible dans leur somptueux palais. Le danger s'était éloigné, et il n'y avait plus rien pour troubler leur tranquillité.

Tout l'or nécessaire était fourni par Tellydeb et la Bourse Royale inépuisable. Le gigantesque Général Tollydob était devenu célèbre dans le monde entier, grâce à lui, aucune nation n'aurait osé attaquer le Noland. Le chien de Tallydab était un sujet de curiosité, les gens venaient de loin pour voir Hirsute et l'entendre parler. On disait que tous ces prodiges étaient dus à la jolie Princesse Tignasse, qui était une favorite des Fées. Les gens l'aimaient à cause de çà, mais aussi pour son bon caractère et sa générosité.

Seulement, le Roi Tim causait quelques petits soucis à ses sujets, en effet, on ne pouvait jamais prévoir ce qu'il allait faire, tout ce dont on était sûr, c'était qu'il ferait quelque chose d'inattendu. Heureusement pour Tim, l'on pardonne beaucoup de choses à un roi. Comme, par exemple, obliger un vieux noble à se tenir sur la tête pour amuser la galerie. Même si, pour cette atteinte à sa dignité, il lui offrait un bon dîner juste après et lui remplissait sa bourse d'or, Tignasse désapprouvait les farces de son frère. Seulement, ce dernier était un plaisantin dans l'âme, et il avait du mal à résister à sa nature.

Mais après tout, le peuple était heureux et prospère, et personne ne s'attendait aux épreuves qui allaient survenir.

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Un jour, tandis que le Roi jouait au ballon avec ses courtisans dans un champ, non loin des portes de la Cité, il y eut un signe précurseur des ennuis qui se préparaient. Tim avait lancé le ballon très haut dans les airs, tandis qu'il le suivait des yeux, il vit un autre ballon plonger des Montagnes du Nord, rebondir dans la plaine et redescendre dans sa direction. À mesure qu'il approchait, il grossissait à vue d'œil, jusqu'à atteindre une taille démesurée. Les courtisans poussèrent des cris de terreur quand cet énorme ballon percuta le sol dans un champ voisin, avant de rebondir à nouveau et terminer sa course au bout de la flèche d'une tour du palais, on l'entendit alors pousser un hurlement qui semblait presque humain.

Pendant un moment, Tim et ses compagnons en restèrent figés de peur et de surprise, puis ils se ruèrent dans la ville et rejoignirent la foule réunie au pied de la tour, tous les regards étaient tournés vers ce gros ballon empalé sur la pointe. De temps à autres, deux petits bras, deux petites jambes et une tête en surgissaient et gigotaient frénétiquement. Puis il poussait un nouveau hurlement et rétractait sa tête et ses membres, reprenant sa forme de ballon.

Tout celà était vraiment curieux, les gens n'en revenaient pas, et l'on comprend pourquoi. Personne n'avait jamais vu de Tourneboule auparavant, ni même soupçonné qu'une telle créature put exister.

Finalement, comme personne ne pouvait grimper jusqu'à la flèche, Tante Rivette prit son envol et vint observer le ballon de plus près. Quand la tête réapparut, elle lui demanda :

« Êtes vous une tortue ou un humain ? »

« Vous le saurez quand je vous aurai mis la main dessus ! » répondit le Tourneboule d'un ton agressif.

« D'où venez vous ? » demanda Tante Rivette, tout en évitant les grandes mains qui tentaient de l'agripper.

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« Ce ne sont pas vos affaires, » répondit le Tourneboule, « je n'ai pas demandé à venir, c'est tout ce que vous avez à savoir. » 

« Avez vous mal ? » demanda-t-elle, voyant la créature tourner comme une toupie en se débattant.

« Non, pas du tout » déclara le Tourneboule, « mais j'aimerais bien descendre d'ici, »

« Que comptez vous faire si je vous libère ? » demanda Tante Rivette. 

« Je massacrerai tous ces idiots en train de se moquer de moi, en bas ! » dit la créature, les yeux pétillants de méchanceté. 

« Alors il vaut mieux que vous restiez ici. » répondit Tante Rivette. Elle revint au sol, puis elle répéta à Tim ce que lui avait dit le Tourneboule. 

« Je crois qu'il est bien là où il est,  » dit Tim, « on va le laisser, il n'est pas très décoratif, c'est vrai, mais c'est plus sûr de le savoir là haut. »  

« On pourrait le faire dorer, » suggéra Tante Rivette, « ce serait plus joli. »

« J'y réfléchirai. » dit le Roi, avant de retourner jouer au ballon. 

Les gens s'interrogeaient sur l'étrange créature plantée sur la flèche, et les discussions allaient bon train, mais nul n'était capable de dire d'où elle venait ou ce qu'elle était, la confusion régnait dans les esprits.

Le lendemain, il y avait un soleil radieux, au début de matinée, Tim et Tignasse dirent au cuisinier royal de remplir leurs paniers de bonnes choses à manger, et ils partirent en pique-nique au bord de la rivière séparant le Noland du Royaume d'Ix. Il prirent des poneys pour arriver plus vite qu'à pieds, seuls les accompagnaient Tallydab, le Grand Intendant et son chien parlant, Hirsute.

Ce fut juste après qu'ils eurent passé la crête de la montagne, hors de vue de la Cité de Nole, que le dirigeant des Tourneboules et ses milliers de sujets se précipitèrent du haut de leur pays au dessus des nuages.

Les habitants de Nole entendirent d'abord un grondement comme celui d'un orage lointain, et quand ils regardèrent en direction des Montagnes du Nord, ils virent le ciel noirci de ballons qui semblaient tomber des nuages.

Bien que minuscules au premier regard, ces ballons grossissaient à mesure qu'ils approchaient. Puis, avec des crépitements semblables à des coups de pistolets, ils atteignirent la plaine d'abord par dizaines, par centaines puis par milliers.

Dès qu'ils touchaient le sol, ils rebondissaient comme des balles de caoutchouc, mais chaque rebond était moins violent que le précédent, et à la fin, les rues de la cité et les champs alentours étaient recouverts de Tourneboules.

Au début, ils restèrent immobiles, sans doute étourdis par ce voyage éclair et les collisions avec le sol. Mais au bout de quelques secondes, ils s'étaient remis, ils sortirent leurs têtes et leurs membres, et se mirent debouts sur leurs pieds plats.

Alors ils poussèrent des cris rauques pour exprimer leur joie, heureux d'être arrivés sains et saufs dans cette cité qu'ils n'avaient, jusque là, aperçue que de loin.

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