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Contes de Fées Américains - 4

La fillette qui possédait un ours

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Maman était partie faire des courses en ville et Nora lui avait promis de veiller sur Jane Gladys. Mais c'était le jour où elle polissait l'argenterie, elle resta donc à l'office et laissa Jane Gladys s'amuser toute seule en haut, au salon. 

Cela importait peu à la fillette de se retrouver seule, car elle était en train de broder un coussin pour l'anniversaire de papa sur le balcon.

Elle entendit la porte s'ouvrir et se refermer doucement, pensant que c'était Nora, elle ne leva pas la tête avant d'avoir terminé une fleur de myosotis. Quelle ne fut alors sa surprise en voyant un étrange individu au milieu de la pièce qui la regardait d'un air grave.

C'était un homme petit et gros, il avait l'air essoufflé d'avoir escaladé les marches. Il tenait un chapeau haut-de-forme à la main et portait un gros livre sous le bras. Il était vêtu d'un costume noir élimé et avait le crâne dégarni.

"Excusez moi," dit il, tandis que l'enfant le toisait avec une surprise indignée, "êtes vous bien Jane Gladys Brown ?"

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"Oui, monsieur." répondit elle.

"C'est parfait !" s'exclama-t-il avec un drôle de sourire, "j'ai eu beaucoup de mal à vous trouver, mais je vous rencontre enfin."

"Comment êtes vous entré ?" demanda Jane Gladys, qui se méfiait de ce visiteur.

"C'est un secret." dit il d'un air entendu.

La fillette était sur ses gardes, elle et l'homme s'observaient.

"Que voulez vous ?" demanda-t-elle avec défiance.

"Parlons affaires," dit l'homme d'un ton vif, "je serai franc avec vous, votre père m'a gravement offensé."

Jane Gladys quitta le balcon en pointant son doigt vers la porte.

"Sortez 'médiatement !" s'écria-t-elle d'une voix tremblante d'indignation, "mon papa est le meilleur papa du monde, il n'a jamais 'ffensé personne !"

"Permettez que je vous explique," dit le visiteur, en ignorant son injonction à sortir, votre père est peut être gentil avec vous parce que vous êtes sa fille, mais une fois à son bureau en ville, il l'est beaucoup moins, particulièrement avec les agents littéraires. L'autre jour, je suis passé le voir pour lui proposer de publier les Œuvres complètes de Peter Smith, et vous savez ce qu'il a fait ?"

Elle ne répondit pas.

"Eh bien, continua l'homme avec un soupir de ressentiment, "il m'a fait jeter dehors par le portier ! Que pensez vous du comportement du meilleur papa du monde, hein ?"

"Je pense qu'il a eu raison" répondit Jane Gladys.

"Ah oui, vraiment ?" fit l'homme, "j'ai décidé de me venger de cette humiliation. Comme votre père et trop grand et trop costaud, j'ai décidé de m'en prendre à sa fille."

Jane Gladys frémit.

"Qu'allez vous faire ?" demanda-t-elle.

"Je vais simplement vous donner ce livre," répondit il, en montrant celui qu'il avait sous le bras, puis il s'assit sur le bord d'une chaise, posa son chapeau sur le dossier et sortit un stylo plume de sa poche.

"Je vais marquer votre nom dedans," dit il, "comment écrivez vous Gladys ?"

"G-l-a-d-y-s," répondit elle.

"Merci," il se leva, tendit le livre en s'inclinant, "ceci est ma vengeance contre votre père pour m'avoir traité de la sorte," continua-t-il, "il va sans doute regretter de m'avoir refusé les Œuvres complètes de Peter Smith. Au revoir, très chère."

Il marcha jusqu'à la porte, s'inclina une dernière fois et sortit. Gladys avait remarqué qu'il riait sous cape.

Quand la porte se fut refermée sur l'étrange petit homme, l'enfant se rassit et regarda le livre qu'il lui avait donné, sur la couverture rouge et jaune était inscrit en grosses lettres : Bric à Brac.

Intriguée, elle l'ouvrit et vit son nom inscrit en noir sur la page de garde toute blanche..

"Quel drôle de bonhoimme." se dit elle.

Elle tourna la page et tomba sur l'image d'un clown vêtu de vert, de rouge et de jaune, avec un visage tout blanc et des triangles rouges au dessus et au dessous des yeux.  À ce moment là, le livre se mit à trembler entre ses mains, le papier produisit de drôles de craquements et soudain, le clown en surgit et atterrit sur le sol à côté d'elle, en un instant, il avait grandi jusqu'à atteindre la taille d'un clown ordinaire.

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En s'étirant les bras et les jambes, il se mit à bailler de manière fort impolie, puis il poussa un gloussement amusé et dit :

"Voila qui est mieux ! .Vous ne savez pas comme c'est étroit entre les pages de ce livre."

Vous imaginez à quel point Jane Gladys était stupéfaite devant ce clown apparu si soudainement.

"Vous ne vous attendiez pas à çà, n'est ce pas ?" demanda-t-il en lorgnant vers elle à la manière des clowns. Puis il se retourna pour regarder la pièce et Jane Gladys éclata de rire malgré malgré sa stupeur.

"Qu'est ce qui vous amuse ?" demanda le clown.

"Votre dos, il est tout blanc !" s'écria la fillette, "vous n'êtes un clown que par devant."

"Hélas, oui," dit il tristement, "l'artiste ne m'a représenté que de face, il n'était pas supposé représenter ma partie arrière qui se trouve contre la page du livre."

"Mais çà vous donne un air si drôle !" dit Jane Gladys en riant au point que les larmes lui montaient aux yeux.

Le clown se renfrogna et s'assit sur la chaise pour qu'elle ne voie pas sa partie arrière.

"Je ne suis pas la seule chose de ce livre." lui fit il remarquer d'un ton bourru.

Machinalement, elle tourna une autre page, elle vit l'image d'un singe, elle eut à peine le temps de réagir que l'animal sauta du livre dans un bruissement de papier et atterrit sur le balcon.

“Hi ! Hi ! Hi !" fit la petite créature en sautant sur l'épaule de la fillette puis sur la table, "c'est vraiment chouette ! Maintenant je peux être un vrai singe au lieu d'un simple dessin."

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"Les vrais singes ne parlent pas." protesta Jane Gladys.

"Qu'en savez vous ? En avez vous jamais été un ?" lui rétorqua l'animal avant de s'esclaffer bruyamment, le clown s'esclaffa également.

Cela rendit la fillette si perplexe qu'elle tourna inconsciemment une autre page, et avant qu'elle ne réalise ce qu'elle avait fait, un âne gris saura du livre et atterrit en titubant sur le sol avec des grands claquements de sabots.

"Que vous êtes donc maladroit !" lui dit la fillette d'un ton de reproche, car il lui avait fait peur.

"Maladroit !" s'écria l'âne, piqué au vif, "je voudrais vous y voir si on vous avait dessinée avec une erreur de perspective, vous aussi seriez maladroite."

"Il est où, le problème ?" demanda Jane Gladys.

"Mes pattes avant et arrière gauche sont au moins quinze centimètres trop courtes par rapport à celles de droite, il est là, le problème ! Si ce maudit artiste ne savait pas dessiner, pourquoi s'est il obstiné à représenter un âne ? Je vous le demande !”

"Je sais pas !" dit la fillette qui ne savait quoi répondre d'autre.

"C'est à peine si je peux tenir debout," se lamenta l'âne, "au moindre faux pas je risque de tomber.”

"Ne vous tracassez pas," dit le singe en faisant une pirouette et en se rattrapant avec sa queue à l'abat jour, Jane Gladys eut très peur qu'il ne le fasse tomber, "le même artiste m'a représenté avec des oreilles aussi grandes que celles de ce clown, alors que tout le monde sait que les singes n'ont pas d'oreilles.

"On devrait lui faire un procès," dit amèrement le clown, "je n'ai même pas de partie arrière."

En les regardant d'un air désemparé, Jane Gladys tourna une autre page.

Rapide comme l'éclair, un léopard tâcheté sauta par dessus son épaule et se posa souplement sur le bras d'un fauteuil en cuir, puis il se tourna vers les autres en leur jetant un regard féroce.

Le singe monta sur l'abat-jour en poussant des hurlements de terreur, l'âne tenta de s'enfuir en boitillant du côté gauche, le clown devint encore plus pâle, mais il resta assis sur sa chaise et poussa un sifflement d'admiration.

Installé sur le dos du fauteuil, le léopard agitait la queue en les observant tous, y compris Jane Gladys.

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"Lequel d'entre nous allez vous attaquer en premier ?" demanda l'âne en essayant de se remettre d'aplomb sur ses pattes.

"Je ne peux attaquer personne," se lamenta le léopard, "l'artiste m'a représenté avec la gueule fermée, je n'ai donc pas de dents, il a aussi oublié de me dessiner griffes. J'ai néanmoins une apparence effrayante, n'est ce pas ?"

"Oh oui !" dit le clown d'un air désabusé, "je reconnais que vous êtes plutôt impressionnant, mais si vous n'avez ni dents ni griffes, qu'est ce que çà peut nous faire ?"

Blessé par cette remarque, le léopard poussa un horrible rugissement qui fit rire le singe.

À ce moment là, le livre glissa de ses genoux, en le rattrapant, la fillette tourna une autre page, elle aperçut l'image d'un grizzly féroce qui la regardait, elle s'empressa de jeter le livre qui tomba lourdement sur le sol, mais le grand ours avait réussi en en sortir avant qu'il ne se referme.

Du haut de son perchoir, le léopard s'écria : "vous ne pouvez pas vous moquer de lui comme vous vous êtes moquée de moi, Cet ours a des dents et des griffes."

"En effet, j'en ai," confirma l'ours d'une voix grave et sinistre, "et je sais les utiliser. Si vous lisez ce livre, vous verrez que l'auteur me décrit comme un affreux grizzly, cruel et sans pitié, qui passe sont temps à dévorer des petites filles entières avec les vêtements et les chaussures, et que je me lèche ensuite les babines en me félicitant de ma propre méchanceté."

"C'est affreux !" se lamenta le singe dépité, "qu'avait donc cet auteur dans la tête pour vous rendre aussi friant de petites filles ? Mangez vous aussi des animaux ?"

L'auteur ne mentionne rien d'autre que des petites filles dans mon régime alimentaire." répondit l'ours.

"Parfait." dit le clown avec un soupir de soulagement, "vous pouvez commencer à manger Jane Gladys quand vous voulez, elle s'est moquée de moi parce que je n'ai pas de partie arrière."

"Et elle s'est moquée de moi parcequ'il il y a une erreur de perspective dans mes pattes." se mit à braire l'âne.

"Vous méritez d'être mangés aussi," s'écria le léopard depuis le dossier du fauteuil, "vous vous êtes bien moqués de moi parceque je n'avais ni dents ni griffes ! Monsieur Grizzly, vous sentez vous capable de manger un clown, un âne et  un singe quand vous aurez fini la petite fille ?"

"Peut être, avec un léopard comme dessert," gronda l'ours, "çà dépendra de mon appétit, mais il me faut commencer par la petite fille, car l'auteur dit que c'est mon met préféré."

Jane Gladys était terrorisée en entendant cela, elle comprit alors ce que voulait dire l'homme qu'il exerçait sa vengeance en lui donnant le livre. Papa allait sûrement regretter de ne pas avoir acheté les Œuvres complètes de Peter Smith quand il reviendrait à la maison, et qu'il trouverait sa petite fille entièrement dévorée avec les vêtements et les chaussures !

L'ours se dressa sur ses pattes arrières.

"Voici de quoi j'ai l'air dans le livre," dit il, "maintenant, regardez comment je mange une petite fille.”

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Il avança doucement vers Jane Gladys, tandis que le singe, le léopard, l'âne et le clown se tenaient autour d'eux pour observer la scène avec grand intérêt.

Mais avant que le grizzly ne l'atteigne, la fillette réfléchit rapidement et s'écria :

"Halte là ! Vous ne pouvez pas me manger, çà ne serait pas bien."

"Pourquoi ?" demanda l'ours étonné.

"Parce que vous m'appartenez, vous êtes ma propriété." répondit elle.

"Je ne vois pas d'où vous sortez çà," dit l'ours d'un ton impatient.

"Eh bien, ce livre m'a été donné, mon nom est inscrit sur la page de garde, vous en faites partie, il vous est donc interdit de manger votre propriétaire !”

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Le grizzly hésita.

"Quelqu'un sait lire, parmi vous ?" demanda-t-il.

"Moi." dit le clown.

"Alors regardez si elle dit la vérité, son nom est il dans le livre ?".

Le clown ramassa le livre et vérifia.

"Il y est," confirma-t-il, "Jane Gladys Brown, c'est écrit en toutes lettres."

L'ours poussa un soupir.

"C'est donc vrai, je ne peux pas la manger," admit il, "cet auteur est aussi mauvais que les autres."

"Pas autant que le dessinateur," s'écria l'âne, en se tenant aussi droit qu'il pouvait.

"C'est vous les fautifs," dit Jane Gladys d'un ton sévère, "pourquoi n'êtes vous pas restés dans le livre, là où on vous avait mis ?"

Les animaux se regardèrent les uns les autres d'un air idiot, tandis que le clown rougissait sous son maquillage blanc.

"En fait..." commença l'ours, puis il s'interrompit brusquemment ; la sonnette de l'entrée venait de teinter.

"C'est maman !" s'écria Jane Gladys en se levant d'un bond, "elle est enfin revenue, vous allez voir, stupides créatures...".

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elles se ruèrent toutes en même temps sur le livre, il y eut comme un coup de vent et un froissement de feuilles, et l'instant d'après, le livre posé sur le sol ressemblait à n'importe quel autre livre, ses étranges visiteurs avaient tous disparu.

Cette histoire nous apprend qu'il faut avoir l'esprit vif en toute occasion, si Jane Gladys ne s'était souvenue qu'elle possédait l'ours, celui ci l'aurait sans doute dévorée avant que la cloche ne sonne.

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