Dot et Tot au Pays Joyeux - Chapitre 11

Le palais des merveilles

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À peine Coquille eut il emmené Tot du salon que la Reine donna un second coup de clochette, et aussitôt, une poupée impeccablement habillée entra et s'inclina devant sa jolie maitresse. Cette servante était très jolie, mais Dot remarqua que ses sourcils étaient peints sur son visage, et que ses cheveux avaient l'air peints aussi, mais un petit bonnet blanc les cachaient presque complètement.
« Étincelle, » dit la Reine, « emmenez cette jeune demoiselle à la chambre musicale et aidez la à s'habiller pour le dîner. » puis, se tournant vers Dot, elle ajouta : « je vais me retirer dans mes quartiers et utiliser ma machine à penser pour savoir quoi faire de vous.  Votre arrivée a complètement bouleversé ma vie, car je n'aurais jamais imaginé que des étrangers puissent venir au Pays Joyeux. Mais n'ayez aucune crainte, ma machine à penser me montrera exactement ce que je dois faire, et en aucun cas je ne ferai de mal à deux enfants aussi gentils que vous et Tot. »
Elle penchant la tête en souriant et quitta la salle, tandis qu'Étincelle, la servante, conduisait Dot dans les escaliers et le couloir qui menait à sa chambre.

La fillette n'avait jamais vu une chambre aussi jolie, pourtant, elle avait toujours vécu dans le luxe grâce à ses parents aisés.
Le cadre du lit était en pur ivoire, les oreillers étaient en soie couleur crème avec des fleurs blanches brodées dessus. Le couvre-lit blanc était paré de diamants avec des franges en rangées de perles.
Les fauteuils et les divans étaient recouverts de soie brodée et le tapis en velours était décoré de muguet blanc sur fond vert.
Dans un coin, une coiffeuse surmontée d'un grand miroir, et à travers un rideau, elle aperçut une salle de bain luxueuse avec une baignoire en marbre blanc.
« Quelle chambre ravissante ! » dit Dot à la servante, « mais pourquoi la Reine l'appelle la chambre musicale ? »
« Asseyez vous donc, je vous prie. » dit Étincelle en matière de réponse. Dot prit donc place dans un fauteuil confortable, et aussitôt, elle entendit un air de musique, elle écouta jusqu'à la fin du morceau avec ravissement puis Étincelle la fit se relever.
« Tant que vous restez assise, la musique ne s'arrête pas, » dit elle, « essayez un peu le sofa. »
Dot alla s'asseoir dessus, alors ce fut la musique fanfare militaire qui résonna, elle avait l'air lointaine mais on l'entendait distinctement.
Étincelle la conduisit à la salle de bain pour qu'elle se lave les mains et se débarbouille, et quand ils se vidait, le lavabo interprétait une valse des plus entrainantes.
Les brosses qu'utilisait la servante pour coiffer Dot étaient musicales aussi, ainsi que tout ce qu'elle touchait, chaque objet lui jouait les plus belles mélodies.
« Maintenant, » lui dit Étincelle, « essayez un peu le lit. »
Dès que Dot se fut allongée, un chœur d'enfants se mit à entonner de douces berceuses, ses yeux se fermaient malgré elle et elle s'était presque endormie quand Étincelle la réveilla pour assister au banquet de la Reine.
« Les voix vous aideront à vous endormir ce soir, quand vous serez couchées, » dit la servante, « pour l'instant, il est l'heure de dîner, et d'apprendre le sort que vous réserve la Reine du Pays Joyeux. »

Elle lui désigna une porte à moitié cachée derrière une riche draperie, et en l'ouvrant, lui révéla qu'elle menait directement à la chambre des rires. Ce fut avec un immense plaisir qu'elle retrouva son ami Tot, qui venait de descendre de son lit.
Le petit garçon s'empressa de lui montrer les joyeuses frimousses qui décoraient la chambre, et qui firent rire Dot de bon cœur. Puis elle emmena Tot dans sa propre chambre, elle le fit s'asseoir dans un fauteuil, et ils entendirent un orchestre interpréter une schottische* entrainante.
Mais Étincelle et Coquille commençaient à s'impatienter, alors ils redescendirent les escaliers et furent introduit dans la salle des banquets royaux.
La Reine était déjà là, son visage était plus radieux que jamais, elle fit asseoir Dot d'un côté de la grande table, et fit asseoir Tot de l'autre.
Cette table était parée de couverts artistement ouvragés, décorée de bouquets de fleurs dans des vases luxueux, et les assiettes dans lesquelles ils mangeaient étaient en or pur
« Comment trouvez vous votre chambre ? » demanda la Reine à Dot.
« Formidable ! » répondit elle, « je n'imaginais pas qu'il puisse exister une chambre aussi jolie. »
« La vôtre vous plait elle aussi ? » demanda la poupée de cire en se tournant vers le petit garçon.
« Ma chambre est géniale, » répondit Tot, « elle me fait bien rire ! »
Le dîner fut servi, et jamais de mets aussi succulents ne furent goûtés par des enfants, sauf ceux qui ont eu la chance d'être invités par la Reine du Pays Joyeux. On leur amena une multitude de denrées et de préparations, et Dot et Tot pensaient à chaque fois qu'il ne pouvait rien exister de meilleur que le plat qu'ils venaient de manger jusqu'à ce qu'arrive le suivant.

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« Je crois bien que vous êtes un fée. » dit Dot en regardant sa Majesté avec admiration.
« Bien sûr que j'en suis une ! » répondit la jolie Reine en riant.
« Pourtant, vous ne ressemblez pas aux fées que j'ai vues dans mes livres. »
« C'est possible, » répondit la poupée de cire, « il faut savoir que les fées sont très différentes les unes des autres comme le sont les gens en général. Si vous n'avez jamais entendu parler de moi, c'est parce que les auteurs de contes de fées ne sont jamais venus au Pays Joyeux. »
« C'est vrai, » acquiesça Dot, « Tot et moi sommes les premiers à vouus rencontrer. »
« En effet, et vous auriez du éviter çà, » ajouta la Reine sur un ton de reproche, « mais j'ai utilisé ma machine à penser, comme je vous l'avais promis, et elle m'a montré le moyen de résoudre mes problèmes. »
« Qu'est ce que vous allez faire de nous ? » demanda Dot avec inquiétude, au point qu'elle oubia de fnir son nectar.
« Je vais vous adopter. » répondit calmement la souveraine.
« Nous adopter ? » s'écria la fillette stupéfaite.
« Oui, c'est la seule chose à faire, vous serez ma fille adoptive, la Princesse du Pays Joyeux, et votre compagnon sera mon fils adoptif et deviendra la Prince Tot du Pays Joyeux. »

« Alors on va devoir rester ici pour toujours ? » demanda Dot.
« Et on pourra pas retourner chez nous ? » intervint Tot.
« Je ne peux répondre à ces questions pour l'instant, » dit la Reine, « en attendant, vous allez devoir vivre avec moi, et je crois que vous aimerez cette Vallée et toutes les jolies choses que je compte vous montrer. Si vous veniez à vous lasser du Pays Joyeux, nous pourrions alors envisager votre départ. Pour l'instant, réjouissez vous, vous allez devenir membres de la famille royale. »
Le petit garçon et la petite fille écoutèrent silencieusement la Reine qui leur parlait en souriant, au ton de sa voix, à la fois bienveillante et autoritaire, ils devinaient qu'elle était préoccupée.
Mais en voyant que ses invités avaient l'air inquiets, la petite dame se leva de table, et d'une voix plus gaie, elle dit :  « il est bientôt l'heure de l'entrainement pour mon armée, allons donc manger nos crèmes glacées sur le balcon, ainsi, nous pourrons regarder les soldats. »
Dot et Tot se levèrent aussi et suivirent la Reine, le balcon s'étendait sur toute la largeur du palais, dès qu'ils furent assis, Étincelle et Coquille leur servirent des boules de crèmes glacées aux parfums délicats dans des soucoupes en or.
« Pourquoi elle s'appelle Étincelle, la servante ? » demanda Dot à la Reine.

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« Parce qu'elle se déplace avec la vitesse et la légèreté d'un scintillement d'étoile, et parce que ses yeux sont brillants. » répondit la poupée de cire.
« Et pourquoi il s'appelle Coquille ? » demanda Tot en désignant le garçon en chiffons.
« Parce que se chevelure est faite de coquilles cousues sur sa tête, il en a aussi aux poignets et aux chevilles. »
Tot vérifia, et effectivement, il s'agissait bien de coquilles.

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« Vous voyez, quand on donne un nom à quelqu'un, il y a toujours une raison dans ce royaume. Il n'y a que dans ce gigantesque monde extérieur que les gens portent des noms qui ne veulent rien dire. » dit la Reine.
« Quel est votre nom ? » demanda la fillette.
« On ne vous l'a pas dit ? » s'étonna la Reine.
« Non, j'ai toujours entendu les gens vous appeler "la Reine" » dit Dot, « j'imagine que vous avez aussi un nom. »
« Bien sûr que j'en ai un, » répondit la petite demoiselle, « je m'appelle ... » elle se tut soudainement et se pencha au dessus du balcon, puis elle leva la main et chuchota : « écoutez ! »

Alors les enfants entendirent au loin une musique militaire qui approchait, quelques minutes plus tard, une troupe de musiciens de plomb défila devant le palais, vêtus d'uniformes fraichement peints, ils marchaient fièrement en rythme en jouant de leurs instruments aussi fort que possible.
Un escadron de soldats de plomb les suivaient à cheval, les chevaux trottaient et se cabraient, tandis que les officiers brandissaient leurs sabres au dessus de leur têtes, prenant des postures impressionnantes. Vinrent ensuite les fantassins, compagnie après compagnie, vêtus d'uniformes peints en rouge ou en bleu, d'autres étaient peints en vert ou en jaune.
Aucun ne dépassait une quinzaine de centimètres de hauteur, et ils étaient tous en plomb, comme les soldats que l'on achète dans les magasins de jouets, mais ils marchaient comme de véritables soldats de chair, et il y en avait tellement que le spectacle était impressionnant.
En passant sous le balcon de la Reine, les hommes de chaque compagnie la saluaient respectueusement, les officiers, eux, ôtaient leurs képis tandis que la souveraine s'inclinait grâcieusement en retour.

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« N'est ce pas là une bien belle armée ? » demanda-t-elle fièrement.
« Ils sont tous petits, vos soldats. » répondit Dot.
« Je pourrais tous les renverser d'un coup de pied ! » dit Tot.
« Mais, çà ne serait pas bien ! » s'écria la Reine, « ils ne vous ont fait aucun mal. »
« Non, » dit Tot, « mais je pourrais les battre tous. »
« Ce n'est pas bien de se battre. » répliqua la Reine, sur un ton de reproche.
« Alors, à quoi ils servent, vos soldats ? » demanda Dot.
« Eh bien, à s'entraîner, défiler et être beaux, bien sûr, » répondit la Reine, « tout le monde aime bien voir des soldats défiler. »
« C'est possible. » dit la fillette.
« Personne ne ferait de mal à de belles créatures aussi bien vêtues » continua son altesse, « et aucun soldat n'oserait faire de mal à personne. »

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« Pourtant, le capitaine en bois nous a menacés avec son sabre à la grille. » rétorqua l'enfant.
« C'est différent, » répondit la Reine, « les soldats de bois sont les gardiens de la Vallée, c'est leur devoir de menacer les gens et leur faire peur. Mais si le capitaine vous avait blessés avec son sabre, je l'aurais débité en tronçon pour en faire du feu, il est bien sec, il aurait bien brûlé. »
Ils restèrent assis un moment à regarder passer les soldats de plomb, une fois que toute l'armée eut défilé elle s'éloigna, et quand elle eut disparu des regards, le petit village redevint aussi désert et silencieux qu'auparavant.

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*Schottische b

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