Dot et Tot au Pays Joyeux - Chapitre 14

La Reine et sa baguette magique

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« Voyez vous, Princesse, » dit la Reine, une fois qu'ils furent en sûreté dans le palais, « ce n'était pas très prudent de ma part de laisser les poupées éveillées en mon absence, après mon départ, je craignais qu'elles vous causent des problèmes, c'est pourquoi je suis revenue aussi vite que possible. Elles vous ont fait peur ? »
 « Un peu, » dit Dot, « elles ne pouvaient pas rester tranquilles un moment. »
« Non, c'est çà le problème avec les poupées, si on veut avoir la paix avec elles, il faut les laisser dormir, il n'y a que là qu'on peut jouer avec et les bichonner comme on veut, mais dès qu'elles se réveillent, on peut être sûr que les ennuis vont commencer. »
« Je réveillerai jamais mes poupées, je les laisserai toujours dormir. » dit Tot d'un air résolu.
« Oui, » approuva la fillette, « elles sont mieux comme çà. Au fait, avez vous vu le Chien de Garde du Pays Joyeux ? » demanda-t-elle à la Reine.
« En effet, et je lui ai expliqué comment il devait bloquer l'arcade s'ils voyait arriver d'autres étrangers. » répondit elle.
« Il comptait toujours ses poils de barbe . » demanda Tot.
« Non, quand je suis arrivée, il était en train de jouer avec une part de gâteau. »
« Ah oui, » dit la fillette, « c'est Tot qui lui a donnée. »
La Reine garda le silence un moment, elle avait l'air de réfléchir sans l'aide de sa machine, ce qui inquiétait la petite fille. Mais finalement, son Altesse déclara :
« Maintenant que j'ai veillé à la sécurité de mes trois premières Vallées, je crois que je vais rendre visite aux trois autres, cela fait des années que je ne m'y suis pas rendue. »
« On peut venir avec vous ? » s'empressa de demander Dot.
« Je ne peux rien vous dire maintenant, je dois consulter ma machine à penser avant, je n'entreprends jamais rien d'important sans lui demander conseil. Je vous ferai connaître la réponse demain, dans la matinée. »
Dot et Tot avaient hâte de savoir ce qu'aurait décidé la machine à penser, car ils mourraient d'envie de voir les autres Vallées de ce merveilleux pays.
Mais la Reine ne parla plus de ce voyage de la soirée, elle se consacra à leur distraction et à leur plaisir  de manière si agréable, qu'ils se prirent à aimer la grande poupée de cire plus que jamais.

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Au matin, avant le petit-déjeuner, ils ne purent s'empêcher de lui demander ce que lui avait dit sa machine à penser, et elle répondit :
« Vous pouvez m'accompagner dans les autres Vallées si vous voulez, vous êtes mes enfants adoptifs, Prince et Princesse du Pays Joyeux, vous avez parfaitement le droit de connaître votre pays, nous voyagerons donc ensemble. »
« C'est génial ! » s'écria Dot avec ravissement, « quand est ce qu'on part ? »
« Quand vous voulez, » répondit la Reine, « et comme vous avez l'air d'être impatients, on partira après le petit déjeûner. »
« Super ! » s'exclama Tot, qui s'activait déjà à manger, « je suis prêt. »
Une fois le petit déjeûner terminé, ils descendirent tous à la rivière, coiffés de leurs couronnes en or et heureux à l'idée de vivre de nouvelles aventures.

Ils trouvèrent le bateau amarré à côté des marches, et le soldat de bois qui montait la garde les salua respectueusement.

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Ils prirent place et s'apprêtaient à partir, la Reine s'assit au centre avec Dot à un bout et Tot à l'autre. Maintenant, ils n'étaient plus obligés d'aller forcément là où le courant les emmenait.
Dès que la jolie Reine eut agité sa baguette au dessus de ses cheveux d'or, le bateau quitta la rive et à vive allure, vogua vers l'arcade de pierre conduisant à la cinquième Vallée du Pays Joyeux. Ils l'atteignirent en quelques minutes et filèrent droit dedans. Impatients, Dot et Tot regardaient droit devant eux, ils avaient hâte de voir à quoi ressemblait cette Cinquième Vallée.
Elle avait l'air paisible, étalée sous les rayons de soleil matinaux, à priori, les enfants trouvèrent que cette Vallée ressemblait à certains coins de campagne de chez eux, rien d'exceptionnel qui sautât aux yeux. Pourtant, le contraste avec la Vallée des Jouets qu'ils venaient de quitter leur plaisait.
Dot se dit que l'endroit devait être habité en apercevant un groupe d'habitations singulières près de la rive. Au début, elle ne les distinguait pas très bien, mais le bateau s'approchait un peu plus à chaque seconde et finalement, la Reine agita sa baguette de fée et par le pouvoir de la magie, ils furent aussitôt ils accostèrent la rive non loin des habitations.
Les enfants sautèrent sur l'herbe et ils purent voir ces étranges maisons de plus près.
Elles étaient toutes exactement semblables, elles faisaient la hauteur d'un homme de bonne taille, elles étaient de forme carrée, les toits étaient plats et entourés d'une rambarde.
Il n'y avait aucune fenêtre, et chaque maison n'avait qu'une porte placée au centre, à distance égale entre le sol et le toit. En fait, il s'agissait plus d'un passage qu'une porte, ce n'était qu'un trou carré avec une large plate-forme placée au bas.
Toutes les habitations étaient peintes en un blanc immaculé, mais en dessous de chaque trou, ou entrée, se trouvait un grand chiffre noir. La maison la plus proche de la rive portait le numéro 1, celle d'à côté le 47, cependant, les maisons n'étaient pas arrangées en rues, mais elles étaient dispersées çà et là sur la pelouse épaisse, sans soucis d'ordre ni de régularité.
« Alors, comment trouvez vous cette Vallée ? » demanda la reine en riant, à cause la mine perplexe de Dot et Tot devant cet endroit particulier.
« Ces maisons sont bizarres - si ce sont bien des maisons, » répondit Dot, puis elle demanda : « qui est ce qui vit dedans ? »
« Le Roi Felis habite dans la numéro 1, » dit la Reine, « du moins, il y habitait la dernière fois que je suis venue le voir, il y a de cela plusieurs années. Je vais l'appeler, afin de vous présenter à Sa Majesté. »
Sur ces mots, elle fit retentir un sifflements strident, et au bout d'un moment, un grand chat Bleu Russe bondit sur la plate forme d'entrée numéro 1 et s'assit tranquillement, les oreilles droites et ses grands yeux jaunes fixant intensément ses visiteurs.

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Puis le matou sauta souplement à terre, et en se dressant sur ses pattes arrières devant la Reine, il inclina solenellement la tête en disant : « Soyez la bienvenue dans la Vallée des Matous, Ô Reine du Pays Joyeux ! »  
« Je vous remercie, Ô Roi Felis, » répondit doucement la poupée de cire, « permettez moi de vous présenter mes enfants adoptifs ; la Princesse Dot et le Prince Tot. »
Le grand matou regarda les enfants, intrigué, puis il inclina poliment la tête.
« Le Prince et la Princesse ont l'air de venir du grand monde extérieur, » observa-t-il d'un air perspicace, puis en se tournant vers Dot, il lui demanda : «  »
« Vous arrive-t-il de tirer la queue des chats ? »
« Oh non ! » s'exclama la fillette en admirant la beauté du Roi des chats et sa faculté de parler.
« Ni les oreilles ? » continua-t-il.
« Jamais ! » déclara Dot.
« Je l'ai fait une fois, » avoua posément Tot, « et il a crié. »
Le grand chat regarda sévèrement le garçon et dit :

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« Si jamais vous faites une chose pareille dans cette Vallée, je demanderais à la Reine de vous faire partir sur le champ. C'est un jeu cruel, car çà fait aussi mal au chat qu'à vous si l'on vous tirait les oreilles. »
« Bien, » répondit Tot, « je serai sage. »
« Vous verrez, mes enfants adoptifs sont doux et gentils, » dit la Reine, « je vous assure que vous n'avez rien à craindre d'eux. »

« C'est Votre Majesté qui commande à tout le Pays Joyeux, » répondit il, « vos enfants sont les bienvenus autant que vous-mêmes dans notre Vallée. Mais maintenant, je dois convoquer mes sujets pour qu'ils viennent vous rendre hommage. »
« Où ils sont ? » demanda Tot en regardant autour de lui, mais il ne voyait pas âme qui vive hormis le grand chat bleu russe.
« À cette heure ci, ils dorment, comme le font tous les bons matous, » répondit le Roi, « le soleil brille, il fait doux, et mes sujets sont en train de faire leur sieste de la mi-journée. »
Il éleva la voix et se mit à pousser un long miaulement plaintif.
À peine se fut il estompé que des matous surgirent des maisons, des toits, et même de parmi les touffes d'herbes longues.
Il y avait six ou sept occupants par maison, et bientôt, il y eut des centaines de matous venus s'incliner devant la Reine en miaulant. « Bienvenue, votre Majesté ! » s'écrièrent ils ensemble avec toutes sortes de voix.
Ils étaient dodus et avaient l'air bien portants, et Dot, elle ne se serait jamais doutée qu'il existait autant de sortes de chats et d'autant de couleurs dans ce monde. Certains avaient un long poil soyeux, d'autres avaient le poil court ou ras, il y en avait dont la queue était longue et touffue tandis et on en voyait aussi avec des toute petites queues, voire sans queue du tout.

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Il y en avait des blancs, des noirs, des bleutés, des gris, des jaunes, des roux, des tâchetés ou de couleur écailles de tortues. Certains avaient un joli ruban attaché autour du cou et d'autres, les plus âgés, portaient des lunettes, mais tous étaient propres comme des sous neufs et avaient l'air d'être bien soignés.
Le Roi était le plus grand de tous, mais il y en avait de toutes les tailles et même des tout petits chatons aux yeux à peine ouverts.
Lorsque tout ce déploiement de matous eut salué la Reine, ils s'assirent sur l'herbe et se mirent à ronronner, tandis que d'autres baillaient derrière leurs pattes ou faisaient leur toilette ; il faut dire qu'ils venaient d'être tirés d'un profond sommeil.
« Votre peuple a l'air heureux et satisfait, Roi Felis, » remarqua la Reine après les avoir observés attentivement.
« Oui, en effet, il est assez prospère, » répondit le Roi bleu russe, « pourquoi ne le serait il pas ? Mes sujets n'ont pas de problèmes ni de préoccupations, il passent leurs vies à manger et à dormir. Avec leurs logements confortables et de la nourrirure en abondance, comment ne seraient ils pas les chats les plus heureux de la planète ? »

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« En effet, je me le demande. » dit la Reine.
« Permettez moi de vous offrir l'hospitalité, » dit le Roi, « il est presque l'heure de dîner, vous avez peut être envie de vous reposer avant de manger. Nos demeures ne sont pas très grandes, c'est pourquoi votre groupe devra se répartir entre plusieurs familles.
Le garçon ira chez ma cousine Tigrée, qui vit au numéro 16, la fille ira avec l'oncle Palladius** qui vit au numéro 9, quant à votre Majesté, soyez donc l'hôte de mon humble demeure. »  
« Nous vous en sommes très reconnaissants, nous acceptons avec grand plaisir. » répondit la Reine, puis elle murmura à Dot et à Tot de n'avoir rien à craindre, car les chats les traiteraient avec une grande courtoisie. 

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* Dans la version anglaise, c'est un maltais, ou chat de Malte (maltese), il s'agit en fait de la même race, voir la page Wikipédia sur le Bleu Russe.

**Baum l'a ainsi nommé, sans doute, à cause de Paladius Rutilius Taurus Emilianus dit Palladius, un écrivain romain de la fin du IVe début du Ve siècle, auteur d'un traité d'agronomie (De Re Rustica) où il recommandait de recourir au chat pour lutter contre les ravages des campagnols dans les cultures d'artichauds. Palladius fut le premier à désigner le chat comme catus.

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