La Clef-Maîtresse - 15

Combat contre les monstres

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The master key 16

 

Notre jeune aventurier ne s'était jamais senti aussi soulagé de se retrouver aussi haut dans les airs, seul, en possession des instruments électriques que lui avait donnés le Démon.

Les dangers qu'il avait traversés depuis son arrivée à la cité du désert, et la chance qui lui avait permis de récupérer sa machine à voyager le faisaient frémir rien qu'à y repenser, celà lui avait forgé le caractère.

Pour nous qui vivons les pieds sur terre, il est difficile de comprendre comment Rob pouvait voyager à une telle altitude sans avoir le vertige. En fait, il en était arrivé à considérer les airs comme un refuge. Avec l'expérience, il avait une entière confiance dans les pouvoirs de l'instrument, dont les forces invisibles le transportaient en toute sécurité, et tant que la petite machine semblable à une montre était fixée à son poignet, il ne craignait absolument rien.

S'étant éloigné des Turcs et ayant atteint une bonne altitude, il régla l'aiguille du cadran sur zéro, puis il prit un moment pour consulter sa carte et décider de la direction à prendre. L'infortune qui lui avaient fait rater l'Europe lui avait fait parcourir plus de la moitié du globe, du coup, le moyen le moyen le plus rapide de rejoindre l'Amérique était de continuer vers l'est.

Il avait perdu tellement de temps dans l'oasis que maintenant, il devait se dépêcher pour arriver chez lui avant samedi après-midi. Alors il régla l'aiguille du cadran et fila à toute vitesse en direction du levant.

Il survola le désert de Gobi1 pendant plusieurs heures, vers le milieu de journée, il atteignit des régions plus fertiles, en réduisant son altitude, il plus observer de plus près le pays des Chinois, si nombreux, avec leur civilisation si ancienne mais si rudimentaire.

Puis il arriva à la Grande Muraille de Chine2 et la légendaire cité de Pékin3, qu'il survola un moment, l'observant avec curiosité. Il avait vraiment envie de s'y arrêter, mais en se remémorant ses récentes expériences, il jugea plus prudent d'y renoncer, et de se contenter d'admirer les lieux de loin.

Il reprit son vol, et il arriva dans le golfe de Laou-Tong4, dont la surface était couverte de nombreux navires provenant du monde entier, puis il atteignit la Corée, qui lui donna l'impression d'avoir un siècle de retard.

Il fut surpris par la nuit en traversant la Mer du Japon5. Comme il avait très envie de voir les célèbres îles du Mikado6, il régla l'aiguille du cadran sur zéro et s'arrêta complètement pour dormir. Il ne voulait pas risquer de dériver trop loin pendant son sommeil et ne plus s'y retrouver.

On pourrait penser que dormir dans les airs n'était pas très confortable, mais dans le fonctionnement de la machine à voyager, les courants magnétiques en œuvre étaient si bien répartis que Rob était aussi à son aise que sur un lit de duvet. Il s'était habitué à passer la nuit dans les hauteurs, où il dormait remarquabelment bien, ne craignant ni les voleurs ni le feu, ni aucun inconvénient propre aux habitants des villes.

Il y a une chose qu'il n'aurait pas du oublier, cependant ; il se trouvait dans une partie du monde très ancienne et méconnue, il survolait alors une mer réputée pour abriter des créatures redoutables, il se trouvait non loin le domaine du Dragon, du Simorgh7 et autres monstres terrifiants.

Rob avait du lire des choses là dessus dans des contes de fées ou des récits de voyages, mais elles avaient fui sa mémoire, aussi, dormit il paisiblement, ronflant même un peu, jusqu'au matin.

Mais, alors que le soleil rougeoyant apparaissait à l'horizon, il fut réveillé par un curieux tintamarre ; une succession de cris rauques et des battements d'ailes aussi bruyants que les pales d'un gigantesque moulin à vent.

Il se frotta les yeux et se retourna.

Un immense oiseau, qui avait presque la taille d'un cheval, arrivait sur lui, son bec grand ouvert était garni de plusieurs rangées de dents pointues, et ses serres étaient plus menaçantes que les griffes d'un tigre.

Tandis qu'il regardait le monstre emplumé s'approcher de lui, à la fois horrifié et fasciné, il entendit un cri derrière lui, et l'instant suivant, le battement d'une aile gigantesque l'envoya tourbillonner dans les airs.

Il s'arrêta bientôt et pu constater qu'un autre monstre était arrivé par l'arrière, et maintenant, ils volaient tous les deux en cercle autour de lui, ne cessant de pousser leurs cris sauvages.

Rob se demandait pourquoi l'Habit ne l'avait pas protégé du coup d'aile de l'oiseau ; en fait, il l'avait bien protégé, mais ce n'était pas l'aile elle -même mais le vent qu'elle produisait en battant qui l'avait projeté au loin. Avec l'aiguille du cadran sur zéro, les courants magnétiques, ainsi que les pouvoirs d'attraction et de répulsion étaient si équilibrés, que le moindre souffle de vent pouvait l'emporter comme une graine de pissenlit dans une brise d'été. Il l'avait déjà remarqué auparavant, mais dès que le vent se levait, il avait l'habitude de prendre de l'altitude. De plus, c'était la première fois qu'il dormait avec l'aiguille du cadran sur zéro.

 

Masterkeypic


Les énormes oiseaux revinrent aussitôt à l'attaque, mais Rob avait suffisemment repris ses esprits pour sortir le tube électrique de sa poche. Le premier fonça sur lui, mais il reçut une décharge de courant à bout portant, et il fut assommé sur le coup et tomba en virevoletant jusqu'à la jusqu'à la surface de l'eau, où il se mit à flotter sans bouger. Son compagnon, sans doute alerté par ce désastre soudain, se remit à voler en cercles autour de lui, il était si rapide que le garçon avait du mal à suivre sa course, et l'oiseau se rapprochait progressivement de sa victime. Rob ne pouvait pas se retourner rapidement dans les airs, et il craignait une attaque par l'arrière, n'accordant pas pleine confiance à l'Habit de Protection dans ce genre de circonstance, alors il pressa le bouton et fit tourner son instrument au dessus de sa tête dans le sens inverse où se déplaçait le monstre. Le rayon finit par toucher l'oiseau, qui, avec un dernier cri, alla rejoindre son semblable sur les vagues. Ils ressemblaient ainsi à deux îles flottantes.

Leur présence avait laissé une puanteur rance dans l'air ambiant, alors Rob ne perdit pas de temps pour reprendre son voyage, et bientôt, il filait à une grande vitesse vers l'est.

Il ne put réprimer un frisson en se remémorant son récent combat, il réalisait l'horreur pour quelqu'un qui serait confronté à ces créatures sans protection contre leurs becs et leurs serres.

« Pas étonnant que les Japs dessinent des affreuses images de ces monstres, » se dit il, « les gens qui habitent dans ce genre de régions doivent vivre dans la terreur en permanence. » 

À présent, le soleil brillait, et lorsque lui apparurent les magnifiques îles du Japon, Rob retrouva sa bonne humeur habituelle. Il évoluait lentement au dessus des villages pittoresques, observant avec curiosité les japonais industrieux se livrant à leurs tâches. Juste avant d'arriver à Tokyo, il fit s'arrêta à un fort militaire, et pendant près d'une heure, il regarda un régiment de soldats exécuter de subtiles manœuvres pendant leurs exercices du matin. Ils n'étaient pas très grands, comparés avec avec les habitants d'autres nations, mais ils avaient l'air alertes et bien entraînés, et le garçon songea qu'il faudrait sûrement beaucoup de courage pour les affronter sur un champ de bataille.

Ayant satisfait sa curiosité concernant les japonais et leurs mœurs, Rob s'apprêta à traverser l'Océan Pacifique.

En consutant sa carte, il constata qu'en maintenant son cap sur l'est, il parviendrait en Amérique aux alentours de San Francisco, ce qui lui convenait parfaitement.

Il s'était aperçu qu'il avançait plus vite en haute altitude, car l'air y était moins dense et offrait moins de résistance, alors Rob s'éleva jusqu'à ce que les îles du Japon ne soient plus que des points minuscules.

Ainsi entama-t-il son vol vers l'est, la surface du Pacifique ressemblait à un nuage bleu en dessous de lui.

 

The master key 15 1

 

1 Le désert de Gobi s'étend entre le nord de la Chine et le sud de la Mongolie (NdT).

2 La Grande Muraille de Chine s'étend sur des milliers de kilomètres à la frontière nord de la Chine, elle a été construite entre le IIIe siècle av JC et le XVII siècle (NdT).

3 Pékin ou Beijing est la capitale de la Chine populaire actuelle (NdT).

4 Si Rob vient de Pékin et se dirige vers la Corée, il ne peut s'agir que du golfe de Bohai (NdT).

5 La Mer du Japon, aussi appelée "Mer de l'Est" ou "Mer Orientale de Corée" sépare le Japon de la Corée (NdT).

6 "Mikado" est un terme ancien utilisé en Occident pour désigner l'empereur du Japon, des auteurs comme Jules Verne l'utilisaient aussi couramment. À l'époque de la parution du livre, 1901, l'empereur du Japon était Meiji (1852-1912) qui régna de 1867 à 1912 (NdT).

7 Le Simorgh est un oiseau fabuleux de la mythologie perse (NdT).

 

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