La Clef-Maîtresse - 16

Les marins naufragés

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The master key 16 1

 

Le lecteur a pu constater à quel point Rob était inconscient et impulsif, il ne sera guère étonné en apprenant qu'il eut le mal du pays.

Peut être se sentait il trop isolé de ses semblables et du monde en général, ou alors était il repu de toutes ces merveilles et des pouvoirs fabuleux que lui avait conférés le Démon, ou encore, par son éducation d'enfant américain, était il enclin à affronter le monde à égalité avec ses semblables, plutôt que de se retrouver dans une position privilégiée où personne ne pouvait s'opposer à lui.

Il ignorait sans doute lui-même ce qui avait causé cette terrible poussée de cafard, il n'en sortit pas moins son mouchoir et se mit à pleurer comme un bébé.

Grâce au ciel, personne ne pouvait le voir ! Ses larmes lui procurèrent un réconfort considérable. Il s'essuya les yeux, fit un effort pour retrouver sa bonne humeur, puis il se dit en lui-même :

« Si je reste à flotter ici comme une bulle, je vais perdre la boule. Je sais qu'il n'y a rien d'autre que de l'eau, en bas, mais si je pouvais seulement voir un bateau, ou même un poisson sauter hors de l'eau, çà me ferait un bien fou. »

Sur ce, il se rapprocha de la surface de l'océan, et il aperçut une île minuscule presque en dessous de lui. Elle était à peine assez grande pour former un point sur la plus grande des cartes, un bouquet d'arbres poussait en son centre, entouré de massifs de fleurs et d'une plage de sable, tandis qu'une barrière de récifs en interdisait l'accès par bateau.

Elle avait l'air magnifique vue du dessus, du coup, Rob retrouva son optimisme.

« Je vais descendre cueillir un bouquet ! » s'écria-t-il, et peu après, ses pieds touchèrent la terre ferme de l'île.

Il eut à peine le temps de cueillir une dizaine de fleurs qu'il il entendit des cris de joie, il leva la tête, et il vit deux hommes sortis du bosquet qui accouraient vers lui.

Ils étaient habillés comme des marins, mais leurs vêtements étaient en lambeaux et tenaient à peine sur leurs corps burinés et amaigris. ils arrivaient en agitant les bras et en criant joyeusement :

« Un bateau ! Un bateau ! »

Rob fut stupéfait de découvrir leur présence, et il eut du mal à les repousser quand ils se mirent à le serrer dans leurs bras, tant ils étaient contents de le voir. L'un d'eux se roula par terre en pleurant et en riant alternativement, tandis que l'autre dansait et faisait des cabrioles, puis il s'écroula, épuisé, à côté de son camarade.

« Comment êtes vous arrivés ici ? » demanda le garçon.

« Nous sommes des marins naufragés du Cynthia Jane, qui a coulé non loin d'ici il y a un mois, » répondit le plus petit et le plus maigre des deux, « nous nous en sommes sortis en nous accrochant à une épave, et nous avons réussi à flotter jusqu'à cette île, où nous avons bien failli mourir de faim. En effet, nous avons mangé tout ce qu'il y avait de comestible ici, et si votre bateau était arrivé quelques jours plus tard, vous nous auriez retrouvés morts sur la plage ! »  

Rob écouta ce récit avec compassion.

« Mais je ne suis pas venu en bateau. » leur dit il. 

Les deux hommes se relevèrent d'un bond, le visage blême.

« Pas de bateau ? » s'écrièrent ils, « vous êtes naufragé aussi ? »

« Non, » répondit il, « je suis venu en volant. » puis il se mit à leur expliquer comment fonctionnait sa merveilleuse Machine à Voyager. 

Mais cela n'intéressait pas du tout les marins, leur déception faisait peine à voir, l'un d'eux posa sa tête sur l'épaule de son compagnon, et ils fondirent en larmes tous les deux, tant ils étaient affaiblis et découragés par toutes ces souffrances.

 

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Soudain, Rob se souvint qu'il pouvait les aider, alors il sortit la boîte de Pilules Nutritives de sa poche.

« Avalez ceci. » dit il en leur en offrant une à chacun. 

Sur le moment, ils étaient loin d'imaginer que ces petites pilules pouvaient assouvir leur faim, mais une fois que le garçon leur en eut décrit les vertus, ils s'empressèrent de les avaler. En quelques instants, ils sentirent leurs forces leur revenir, leurs yeux se mirent à briller, leurs joues creusées prirent des couleurs et ils étaient capables de converser sereinement avec leur bienfaiteur .

Puis le garçon s'assit à côté d'eux sur l'herbe et leur raconta comment il avait fait la connaissance du Démon, il leur parla des instruments extraordinaires qu'il lui avait offerts, ainsi que de toutes les aventures qui en avaient suivi. Dans l'état d'esprit où il était, il ressentait le besoin de se confier à quelqu'un, et ses pauvres hommes esseulés étaient les premiers à entendre son histoire.

Quand il en arriva au moment où il s'était accroché au Turc et qu'il était monté dans l'air avec lui, le plus vieux des deux marins l'écouta avec une attention soutenue, puis, après un instant de réflexion, il demanda :

« Vous ne pourriez pas emmener l'un de nous deux, ou les deux ensemble jusqu'en Amérique ? » 

Rob prit le temps de réfléchir à la question, tandis que les marins le regardaient avec appréhension. Finalement, il répondit :

« J'ai bien peur que ce soit impossible, je ne pourrais pas supporter votre poids assez longtemps avant d'atteindre une terre. C'est un long trajet, et çà m'arracherait les articulations des bras au bout de même pas une heure. » 

Ils eurent l'air accablé en entendant celà, mais l'un d'eux suggéra :

« Vous pourriez nous transporter avec une corde sur vos épaules, nos corps s'équilibreraient, nous sommes tellement amaigris que nous ne pesons presque rien. » 

L'idée retint l'attention de Rob, il se rappelait avoir transporté cinq pirates pendus à sa jambe gauche sur une distance assez longue.

« Avez vous une corde ? » demanda-t-il. 

« Non, » répondirent ils, « mais il y a plein de lianes sur cette île, elle sont aussi solides que des cordes. » 

« Alors, si vous êtes prêts à courir le risque, » décida le garçon, « je vais essayer de vous sauver. Mais je vous préviens, si je ne peux plus supporter votre poids, je vous lâcherai tous les deux en pleine mer. » 

Leurs visages devinrent graves à cette perspective, mais le plus grand dit :

« De toute façon, nous sommes condamnés à mourir de faim en restant sur cette île, si notre seule chance de nous en sortir c'est de partir avec vous, j'accepte volontiers de courir le risque de périr noyé. Ce sera plus rapide que de mourir de faim. Et comme je suis le plus lourd, je suppose que c'est moi que vous lâcheriez en premier. » 

« Tout à fait. » s'empressa de répondre Rob. 

Ces propos semblèrent encourager le plus petit qui dit nerveusement :

« J'espère que vous resterez près de la surface, car j'ai facilement le vertige. » 

« Ah, si vous ne voulez pas partir, » commença Rob, « dans ce cas... » 

« Non ! Non ! Je viens ! » l'interrompit le petit homme, « je vais mourir si vous me laissez ici ! » 

« Alors, allez chercher vos cordes, et je verrai ce que je peux faire. » répondit le garçon. 

Ils se précipitèrent vers les arbres où poussaient de nombreuses lianes, ils coupèrent la plus longue qu'ils trouvèrent, et ils formèrent une boucle à chaque bout dans lesquelles ils pourraient s'installer confortablement. Rob recouvrit la partie centrale avec des algues, celle qui allait reposer sur ses épaules, afin d'éviter que la corde ne le blesse

« Allez y, » leur dit il enfin,  « prenez place. » 

Les marins s'installèrent dans les boucles, Rob posa la liane en travers de ses épaules, puis il tourna l'aiguille de la Machine à Voyager sur haut.

Pendant qu'ils commençaient à monter dans le ciel, le plus grand marin avait l'air inquiet, mais il gardait son calme, tandis que le plus petit poussait des cris de terreur en s'accrochant au bras du garçon. 

« Ne... ne... ne... n'allez pas si haut ! » bafouilla-t-il, « et si jamais on... on... tombe ? » 

« Et alors ? » répondit abruptement Rob, « vous ne pourriez pas vous noyer avant d'avoir atteint l'eau, donc, plus nous serons haut, plus vous vivrez longtemps en cas de chute. » 

Cette façon de voir les choses sembla réconforter le bonhomme, mais, comme il l'avait dit lui-même, il était sujet au vertige, et il ne cessa de trembler malgré sa volonté d'être courageux.

Sur les épaules de Rob, le poids n'était pas si grand qu'il le craignait, la Machine à Voyager semblait alléger tout ce qui entrait en contact avec son possesseur.

Dès qu'il eut atteint une altitude suffisante, il tourna à nouveau l'aiguille du cadran sur l'est et se mit à filer à toute vitesse, avec les deux naufragés pendus à ses côtés.

« C'est... a... a... affreux ! » haleta le petit marin.

« Taisez vous ! » lui ordonna sévèrement Rob, « si votre ami était aussi couard que vous, je vous aurais tout de suite balancés à la mer. Lâchez mon bras et calmez vous, si vous voulez atteindre la terre vivant. » 

Le bonhomme gémit un peu, mais il parvint à garder le silence quelques minutes. Soudain, il sursauta et agrippa à nouveau le bras de Rob.

« Et si... et si la liane se cassait ? » dit il en pleurnichant, avec une expression d'horreur sur le visage. 

« J'en ai assez ! » s'écria Rob, excédé, « si vous ne voulez pas être raisonnable, vous ne méritez pas de vivre. » il tourna l'aiguille du cadran, et ils se mirent à descendre à une vitesse vertigineuse. 

Le petit bonhomme hurla de terreur, mais Rob l'ignora, et quand les pieds des deux naufragés touchèrent les vagues, il s'arrêta net.

« Que... que... que comptez vous f...f...faire ? » s'étrangla le marin peureux.  

« Je vais vous donner à manger aux requins, à moins que vous me promettiez de vous tenir tranquille. » répondit le garçon, « maintenant, c'est à vous de décider : vous préférez les requins ou vous taire ? » 

« Je ne dirai plus rien, juré, promis ! » dit le marin en frémissant. 

« Très bien, si vous tenez votre promesse, nous n'aurons plus de problème. » conclut Rob, qui avait du mal à se retenir de rire en voyant la mine épouvantée de l'homme. 

Il reprit de l'altitude et continua sa course. Pendant plusieurs heures, ils volèrent à bonne vitesse et en silence. Rob commençait à avoir mal aux épaules, à cause des lianes qui s'enfonçaient dans sa peau, mais il se dit qu'il était en train de sauver la vie à deux de ses semblables, et cela lui donna la force et le courage de continuer.

La nuit tombait quand ils aperçurent une terre, c'était une portion de côte américaine sauvage et apparemment inhabitée. Rob ne s'embarrassa pas à chercher un point d'atterrissage en particulier, il était trop fatigué. Il se posa avec sa charge en haut d'une falaise dominant la mer, ôta la liane de ses épaules et s'effondra au sol, épuisé et presque sans connaissance.

 

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