La Clef-Maîtresse - 3

Les trois cadeaux

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The master key 3

 

La fréquentation de ce qui est grand le rend banal. Le grand général n'est terrible que pour ses ennemis, le grand poète se fait souvent réprimander par son épouse, le grand homme d'état laisse ses enfants sauter sur ses genoux en toute confiance et en toute impunité, quant au grand acteur, que le public rappelle après la fermeture du rideau, il est harcelé par ses créanciers à la porte de sa loge.

Après avoir conversé un moment avec lui, le Démon de l'Électricité lui inspira moins de crainte, Rob se sentait maintenant plus à l'aise en sa présence, et ses yeux s'étaient habitués à sa luminosité qui l'avait presque aveuglé au début.

Quand le Démon se déclara prêt à accomplir ses désirs, le garçon répondit franchement :

« Je ne suis pas un électricien très doué, vous savez. Je vous ai appelé par accident, je ne sais pas ce que je dois vous demander de faire. »

« Je ne veux pas profiter de votre ignorance, » répondit le Démon, « il n'empêche que je brûle d'envie de montrer au monde la véritable puissance de l'Électricité. Comme vous avez actionné la Clef-Maîtresse, je vous informe que vous avez le droit de me demander trois choses chaque semaine pendant trois semaines successives, à condition que vos demandes soient dans le domaine de l'Électricité, et je vous les accorderai.  »  

Rob secoua la tête d'un air désolé.

« Si j'étais un grand électricien, je saurais quoi demander, » dit il, « mais je suis trop ignorant pour profiter de votre offre. »  

« Alors, » répondit le Démon, « je vais vous en suggérer quelques unes, des choses tellement remarquables que les peuples de la Terre réaliseront les possibilités qui se présentent à eux, çà les encouragera peut être à utiliser plus intelligemment les forces simples et naturelles de l'Électricité. Car la plus grande erreur qu'ils font en ce moment, c'est de croire que c'est quelque chose de complexe et difficile à comprendre. C'est complètement faux, l'Électricité est vraiment l'élément le plus simple de la Terre, il se trouve à la portée de tous, il n'y a qu'à tendre la main pour le saisir et le maitriser. »  

Rob bailla, il trouvait le discours du Démon ennuyeux. Le Génie remarqua sans doute cette inconvenance, car il continua :

« Bien sûr, je regrette d'avoir affaire à un gamin au lieu d'un adulte, çà va sembler bizarre qu'un garçon aussi étourdi que vous connaisse de tels secrets, que même vos plus grands savants n'arrivent pas à appréhender. Mais on n'y peut rien. Avec mon aide, vous allez devenir le personnage le plus puissant du monde. »  

« Merci, » répondit doucement Rob, « je sens que je vais bien m'amuser. »  

« Vous amuser ! » rétorqua le Démon d'un air narquois, « passons. Il me faut utiliser ce que m'a fourni le Sort, et en tirer le meilleur parti. »  

« Qu'allez vous me donner en premier ? » se hâta de demander le garçon. 

« Cela demande réflexion. » répondit le Démon, et il garda le silence un moment. Pendant ce temps, Rob admirait les rayons de lumière multicolores qu'il irradiait, on aurait dit qu'il était entouré d'un halo.  

Soudain, le Démon releva la tête et dit :

« La chose la plus indispensable pour l'homme, c'est la nourriture. Il passe un temps considérable à lutter pour s'en procurer, la préparer correctement et la manger. Ce n'est pas juste, votre corps ne peut vous être d'une grande utilité si vous passez tout votre temps à le nourrir. C'est pourquoi, je vous présente mon premier cadeau : cette Boîte de Pilules. Chacune d'elles contient certains éléments électriques capables de nourrir un corps humain pendant vingt-quatre heures. Tout ce que vous avez à faire, c'est d'en avaler une chaque jour, celà vous alimentera, satisfera votre faim et vous donnera force et santé. La nourriture ordinaire est plus ou moins toxique, ces pilules sont totalement saines. De plus, vous pouvez en transporter assez dans votre poche pour plusieurs mois. »  

Il tendit lui la boite d'argent contenant les pilules, et Rob, qui se sentait un peu nerveux, le remercia.

« Il y a une autre priorité, pour l'homme, » continua le Démon, « c'est de se défendre de ses ennemis, çà me désole de voir les hommes se faire des guerres et s'entretuer aussi souvent. De plus, dans les sociétés civilisées, l'homme est constamment menacé par les voleurs de grands chemins, les fous-furieux et les policiers. Pour se défendre, il tue ses ennemis avec toutes sortes d'armes, ce n'est pas bien. Il n'a pas le droit de retirer ce qu'il ne peut accorder, de détruire ce qu'il ne peut créer. Tuer une créature vivante est un crime abominable, même en cas de légitime-défense. Voici donc mon second cadeau : ce petit tube qui tiendra dans votre poche. Si un ennemi vous menace, que ce soit un humain ou un animal, pointez le sur lui et pressez le bouton sur la poignée, il en sortira un courant électrique qui le rendra inconscient pendant une heure, vous aurez ainsi le temps de vous échapper. En se réveillant, votre ennemi en sera quitte pour un léger mal de tête. »  

« Parfait ! » dit Rob en prenant le tube, qui mesurait une quinzaine de centimètres et était fermé à un bout. 

« Les hommes sont tellement occupés, » reprit le Démon, « qu'ils ont besoin de bouger tout le temps dans toutes les directions. Ils utilisent pour cela de grossières machines comme les trolleys électriques, les tramways, les trains à vapeur et les automobiles, qui rampent maladroitement à la surface de la terre et tombent souvent en panne. Çà me chagrine que les hommes n'aient pas encore découvert ce que même les oiseaux connaissent ; les airs, qui offrent un moyen facile et rapide de se déplacer d'un endroit à l'autre du globe. »    

« Il y en a qui ont essayé de construire des machines volantes1. » lui fit remarquer Rob.  

« En effet, ils ont construit d'énormes machines impossibles à manier, et qui offrent tellement de résistance à l'air qu'elles sont inutiles. On n'a pas besoin d'une grande machine pour transporter quelqu'un dans les airs, pour cela, il existe une force de la nature que l'on peut utiliser. Dites moi, qu'est ce qui vous retient à la Terre, et fait qu'une pierre tombe vers le sol ? »  

« La gravité. » répondit promptement Rob.  

« Exactement, c'est la force dont je vous parlais, » dit le Démon, « la force de répulsion, qui est peu connue mais tout aussi puissante, en est une autre que l'humanité pourrait maitriser. Il y a les Pôles magnétiques qui attirent les objets vers le nord ou le sud. Vous pouvez le vérifier avec une boussole ou une aiguille aimantée. À cela s'oppose la force centrifuge, qui attire les objets de l'est vers l'ouest ou dans la direction opposée, cette force est créée par la rotation de la Terre sur son axe, elle est facile à utiliser, bien que vos savants n'y ont prêté, jusqu'à maintenant, que peu d'attention. Ces forces absolues et immuables, qui agissent dans toutes les directions, sont à la disposition de l'humanité. Elles peuvent vous transporter dans les airs où et quand vous voulez, à condition de savoir les contrôler.Voici un appareil que j'ai moi-même perfectionné. »  

Le Démon sortit ce qui ressemblait à un bracelet-montre de sa poche.

« Quand vous voulez voyager, » expliqua-t-il, « attachez simplement cet appareil à votre poignet gauche, il est très léger et peu encombrant. Ces marques sur le cadran indiquent le haut et le bas comme une boussole. Quand vous voulez monter, vous réglez l'aiguille sur haut avec le doigt, quand vous êtes arrivé à l'altitude voulue, vous tournez l'aiguille dans la direction désirée et il vous y emmène. Pour descendre, il suffit de tourner l'aiguille sur bas. Avez vous compris ? »  

« Parfaitement ! » s'écria Rob avec une joie non feinte en prenant l'appareil, « c'est vraiment formidable, je vous remercie beaucoup ! »  

« Je vous en prie, » répondit sèchement le Démon, « vous pouvez vous amuser avec ces trois cadeaux pendant une semaine. C'est quand même délicat de confier de telles réalisations scientifiques à un gosse, mais heureusement, elles sont inoffensives. Si vous les utilisez correctement, vous n'aurez pas de problème. Et qui sait les bénéfices qui peuvent en résulter pour l'humanité ? Dans une semaine à partir d'aujourd'hui, à la même heure, je vous apparaitrai à nouveau, et je vous donnerai la deuxième série de cadeaux électriques. »  

« Oui, mais seulement, » dit Rob, « je ne sais pas si je retrouverai la bonne connection pour actionner la Clef-Maitresse. »  

« Probablement pas, » répondit le Démon, « si vous y arriviez, je serais à votre service pour toujours. Mais n'ayant réussi qu'une seule fois, vous avez droit à neuf cadeaux, trois par semaine pendant trois semaines. Vous n'avez donc pas besoin de m'appeler, j'apparaitrai de moi-même. »  

« Merci. » lui dit tout bas le garçon.  

Alors la créature leva les bras et il y eut un éclair aveuglant. Quelques instants plus tard, quand Rob se fut remis de son éblouissement et qu'il rouvrit les yeux, le Démon de l'Électricité avait disparu.

 

The master key 3 1

 

1 En 1901, année de publication du livre, l'aviation n'en était qu'à ses balbutiements, l'allemand Otto Lielienthal avait mis au point un planeur, ancêtre du delta-plane avec lequel il s'élançait depuis une colline artificielle à Berlin, et d'où il a effectué plus de deux-mille vols planés entre 1891 et 1896. Le français Clément  Ader avait conçu le premier appareil volant motorisé avec lequel il a pu décoller de quelques centimètres sur une vingtaine de mètres en 1897, et il faudra attendre l'année suivant la parution du livre, 1902, pour que les américains Orville et Wilbur Wright accomplissent le premier vol motorisé proprement dit, même si c'était à une altitude de quelques mètres seulement sur à peine trois-cent mètres de distance. Voir aussi l'article Wikipédia sur l'histoire de l'aviation (NdT). 

 

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