Le Monarque Magique de Mo

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Il faut maintenant que je vous raconte l'étrange aventure du Prince Zingle, si elle n'avait si bien tourné, il eût été captif à vie dans une singulière contrée.

Dans son livre intitulé Histoire du Prince Zingle*, Smith raconte que depuis la petite enfance, il vouait une véritable passion aux cerfs-volants, au point qu'il fabriquait des cerfs-volants de plus en plus grands. Ainsi, ses cerfs-volants étaient ils devenus immenses et le devenaient encore plus au fil du temps, jusqu'à ce qu'il en fabrique un qui faisait deux fois sa taille.

Quand il l'eut terminé, il était en fut très fier, alors il l'emmena sur un terrain dégagé pour voir s'il volerait bien, accompagné de plusieurs habitants de Mo, qui prêtaient un grand intérêt aux distractions du Prince.

Or, il y avait un vent du sud qui soufflait très fort, alors, de crainte que le cerf-volant lui échappe, Zingle en attacha la corde autour de sa taille. Il vola d'abord très bien, puis il se mit à tirer si fort que le Prince avait du mal à le retenir.

Enfin, la corde se détendit, mais soudainement, il y eut une bourrasque de vent, et en un instant, le cerf-volant géant emporta le pauvre Zingle dans les airs avec autant de facilité qu'un cerf-volant ordinaire traine sa queue derrière lui.

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Il monta de plus en plus haut, puis le cerf-volant suivit le vent et le transporata dessus de nombreux pays jusquà ce que le vent se calme, puis le cerf-volant descendit lentement vers la terre et se posa au sommet d'un grand arbre.

Il retira la corde de sa taille et l'attacha à une branche, il n'avait pas envie de perdre ce cerf-volant après tout le mal qu'il s'était donné à le fabriquer.

Il commença alors à descendre de l'arbre, mais en atteignant la branche la plus basse, il fut arrêté dans son élan par un bien curieux spectacle.

En bas, il y avait une dizaine de singes** qui le regardaient, tout très bien vêtus, et à l'évidence, extrêmement surpris de la soudaine apparition du Prince dans cet arbre.

« Quel étrange animal ! » s'écria un vieux singe, qui portait un grand chapeau de soie avec des gants blancs aux mains. Il avait une paire de lunettes à monture dorée sur le nez, et il pointait vers le Prince une canne à pommeau d'or. À côté de lui, il y avait une petite fille-guenon, habillée d'une robe rose et d'un bonnet bleu, en voyant Zingle, elle eut l'air effrayée et s'agrippa à la main du vieux singe.

« Grand-Père ! » s'écria-t-elle, « ramène moi à maman, j'ai peur que cette drôle de bête me morde. »

Juste à ce moment là, un grand singe, portant un grand manteau bleu aux boutons de cuivre et balançant une courte matraque dans sa main, s'avança vers eux en se pavanant et leur dit :

« Ne crains rien, ma petite, la bête ne pourra pas te faire de mal tant que je suis là ! » il repoussa son képi sur son oreille gauche et agita son bâton en direction du Prince, comme s'il ignorait la peur.

Deux singes, vêtus de jaquettes rouges et armés de mousquets arrivèrent en courant, et, après avoir observé Zingle avec grand intérêt, ils demandèrent si quelqu'un pouvait amener une corde solide.

« Nous allons capturer cette brute et la mettre au Zoo. » dit un des singes-soldats.

« De quel genre d'animal s'agit il ? » demanda l'autre.

« Je ne sais pas, mais les professeur du collège pourrons sans doute nous le dire, et même s'ils ne peuvent pas, il lui donneront un nom scientifique qui satisfera tout aussi bien les gens. »

Pendant tout ce temps, le Prince Zingle était resté accroché aux branches de l'arbre. Il ne comprenait pas un mot du langage des singes, et de ce fait, n'avait aucun idée de ce dont ils parlaient, mais à en juger par leur comportement, ils n'avaient pas l'air amicaux. Alors qu'ils avaient amené un longue et solide corde et s'apprêtaient à le lancer à sa tête pour le capturer, il se mit en colère et leur cria :

« Arrêtez, je vous en conjure ! Que veut dire tout cela ? Je suis le Prince Zingle, fils aîné du Monarque de Mo, et comme j'ai été amené dans votre pays par accident, je mérite certainement un meilleur traitement de votre part. » 

Mais ce discours n'avait aucun sens aux oreilles des singes, qui se disaient les uns aux autres :

« Écoutez ses cris ! On dirait qu'il essaie parler ! »

Entre temps, une grande foule de singes s'était rassemblée autour de l'arbre, des enfants-singes pieds nus, des dames-guenons vêtues de robes de soie et de superbes habits à la mode, et des hommes-singes de toutes sortes et de toutes conditions. Il y avait d'élégants singes-dandies, des hommes d'affaires plus sobrement vêtus ainsi que des politiciens et des hauts fonctionnaires.

« Reculez tous ! » cria un des soldats, « nous allons capturer cette étrange créature pour la ménagerie royale, et si vous restez trop près, il pourrait bien vous agresser et vous mordre. »

Ils reculèrent alors à bonne distance, et les soldats-singes s'apprêtèrent à lancer la corde.

« Arrêtez ! » cria à nouveau Zingle, « suis-je donc un malfaiteur, que vous vouliez m'attacher ? Je suis un Prince de sang royal, si vous ne me traitez pas avec plus de respect, je le dirai à mon père le Roi, et il marchera contre vous avec son armée et il détruira tout votre pays. »

« Il crie plus fort, » dit le soldat, « faites attention, il est peur être dangereux. » Puis il lança la corde qui s'enroula autour des bras et du buste du pauvre Zingle, ce qui le réduit à l'impuissance. Le singe-soldat tira alors sur la corde, et le Prince Zingle tomba sur le sol.

Sur le moment, les singes reculèrent tous, comme s'ils avaient peur, puis les soldats annoncèrent :

« On l'a eu, il ne peut plus mordre, maintenant. »

L'un d'eux s'approcha du Prince et le frappa avec un bâton en criant : « debout ! »

Zingle ne comprenait pas ces paroles, mais il était vexé d'être bousculé avec un bâton comme çà, il se releva d'un bond et se rua sur le soldat, et bien qu'il eût les mains liées, il la lui arracha.

Les singes se mirent à hurler en fuyant dans toutes les directions, mais l'autre soldat arriva derrière le Prince et l'assomma avec la crosse de son mousquet.

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Puis il lui attacha les jambes avec une autre corde, alors le voyant ainsi ligoté, la foule de singes, qui s'étaient éparpillés en s'écroulant les uns sur les autres dans leur effort de fuite, rampèrent timidement pour revenir et le regarder en tremblant.

« Nous l'avons enfin maîtrisé, » fit remarquer le soldat qui avait été frappé, « mais c'est un animal très féroce, je vais l'emmener au Zoo et l'enfermer dans la cage la plus solide. »

Alors ils emmenèrent le pauvre Zingle là où se trouvaient les Jardins Zoologiques Royaux, et ils le mirent dans une grande cage aux barreaux d'acier, dont la porte fermait avec deux gros cadenas.

Il ne fallut que peu de temps pour que chaque singe du pays apprenne qu'une bête étrange avait été capturée et amenée au Zoo, aussitôt, une foule immense s'était rassemblée devant la cage de Zingle pour le voir.

« N'est il pas mignon ? » dit une dame-singe qui tenait un parasol vers au dessus de sa tête et portait un voile pourpre sur le visage.

« Mignon ? » protesta un monsieur-singe qui se tenait à côté d'elle, « c'est la plus vilaine bête que j'ai jamais vue ! Il n'a presque pas de poil, pas de queue et un tout petit menton. Je me demande vraiment d'où peut venir cette créature. »

« Peut être un de ces êtres dont descend notre race, » dit un autre spectateur, « les savants disent que nous avons évolué à partir d'une créature primitive de ce genre là. »

« Mon Dieu ! ! » s'écria un dandy-singe, dont le col était si haut qu'il faisait basculer son chapeau sur ses yeux, « si j'apprenais qu'une telle créature était l'un de mes aïeux, je me suiciderais à l'instant. »

Zingle était assis sur le sol de sa cage, il se demandait ce qu'il allait devenir dans ce drôle de pays de singes. À ce moment, l'un des gardiens voulut montrer son autorité, il prit une longue baguette et se mit à piquer le Prince avec pour l'obliger à se lever.

« Arrêtez ! » s'écria le captif furieux, il attrapa l'autre bout de la baguette des mains du gardien et lui en donna un grand coup sur la tête.

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Toutes les dames singes poussèrent un cri, quant aux messieurs-singes, ils s'exclamèrent :

« Cette bête a de vilaines manières ! »

Les enfants-singes se mirent à lancer des cacahuètes entre les barreaux de la cage, et Zingle, qui commençait à avoir très faim, les ramassa et les mangea. Cette action plut tellement aux petits singes qu'il éclatèrent de rire.

Enfin, deux singes à l'air solennel arrivèrent devant la cage, il avaient le poil gris, ils étaient vêtus de longs manteaux noirs avec des écharpes blanches, ils furent accueillis avec le plus grand respect par les autres singes.

« Voici donc l'étrange animal, » dit l'un des nouveaux-venus en ajustant ses lunettes et en examinant attentivement le captif, « reconnaissez vous cette espèce, Professeur ? »

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L'autre singe âgé regarda le Prince d'un œil critique avant de répondre :

« Je n'ai pas souvenir d'avoir déjà rencontré un specimen de ce genre. L'une de nos études mentionne un animal appellé Homo Peculiaris, et je suis certain qu'il s'agit d'un membre de cette famille. J'écrirai un article sur cette créature en affirmant qu'il appartient à la même lignée  que nous, ce papier va faire un malheur dans le monde scientifique. »

« Hé, vous ! » appela soudainement le Prince Zingle en se mettant debout et en secouant les barreaux de sa cage, « allez-vous me donner à manger, ou comptez vous me nourrir de cacahuètes ?  »

Ne sachant ce qu'il disait, aucun des deux singes ne fit attention à sa question. Mais l'un des savants-singes avait quand même écouté attentivement et fit cette remarque à son ami :

« Il semble y avoir une certaine fuidité et une variété de sons dans son discours, cela indique qu'il possède une forme de langage. Si j'avais le temps d'étudier cette brute, j'apprendrais son mode de communication avec ses semblables. En effet, il y a une possibilité qu'il soit le chaînon manquant***. »

Néanmoins, comme le professeur, qui n'avait pas appris son langage, le Prince Zingle fut contraint de rester sur sa faim. Les singes lancèrent plusieurs noix de coco dans sa cage, mais le prisonnier ne connaissait pas ce genre de fruit, à la fin, après avoir tenté d'en croquer une, il se dit qu'elles n'étaient pas bonnes à manger.

Les jours passèrent, et bien que des foules de singes venaient voir Zingle dans sa cage, le pauvre Prince devenait de plus en plus pâle et maigre par manque de nourriture adaptée, tandis que ses conditions d'emprisonnement le rendaient triste et mélancolique.

« Si je vous pouvais m'échapper et retourner dans la vallée de mon père, » gémissait il, épuisé, « je ne fabriquerais plus que des tout petits cerf-volants. »

Il les suppliait souvent de le laisser partir, mais les singes lui ordonnaient brutalement d'arrêter de "jacasser", et ils le piquaient avec de longs bâtons pointus, la vie du Prince était devenue un enfer.

Au bout de deux semaines, une heureuse opportunité se présenta à Zigle, car un bébé hippopotame avait été capturé et amené au Zoo Royal, après cela, les singes détournèrent leur attention de la cage du Prince et s'assemblèrent autour de celle du nouvel arrivant.

Se voyant ainsi ignoré, le Prince Zingle se mit à chercher un moyen de s'échapper. Il essaya d'abord de casser les barreaux d'acier, mais il réalisa rapidement qu'ils étaient trop solides. Il se mit alors à secouer la porte de toutes ses forces, mais les gros cadenas avaient l'air d'être incassables. Alors le prisonnier s'abondonna au désespoir, il se jeta sur le sol de sa cage en pleurant amèrement.

Soudain, il entendit un grand cri provenant de la cage où avait été enfermé le bébé hippopotame, le Prince se mit sur ses pieds, et essaya d'apercevoir ce qui causait une telle animation à travers les barreaux.

À sa grande surprise, il s'aperçut qu'il y en avait deux entre lesquels il pouvait passer la tête, il avait tellement maigri à cause de la malnutrition et des mauvais traîtements, qu'il était moins volumineux qu'au moment où les singes l'avaient capturé.

Il comprit tout de suite que si sa tête passait, le reste de son corps passerait aussi. Avec de grands efforts, il parvint à se glisser entre les barreaux et à sauter dehors.

Dès qu'il se retrouva ainsi libre, le Prince courut sans tarder à l'arbre où il avait laissé son cerf-volant. Mais sur le chemin, des enfants-singes l'aperçurent et se mirent à pousser des grands cris, ce qui attira des centaines de ses ennemis à ses trousses.

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Cependant, Zingle avait une bonne avance, et il atteignit bientôt l'arbre. Il escalada prestement le tronc et les branches jusqu'à celle où était toujours attaché son cerf-volant. Il défit la corde qu'il enroula plusieurs fois autour de sa taille, puis, percevant un ford vent du nord, il le lança adroitement en l'air. Aussitôt, le cerf volant s'éleva dans le ciel, arrachant Zingle de l'arbre et l'emmenant avec une parfaite aisance.

Il était parti juste à temps, car plusieurs singes avaient escaladé l'arbre à sa suite et s'étaient suffisament rapprochés pour lui attraper les jambes, quand, à leur grande surprise, il s'était élevé dans les airs.

Les singes étaient tellement ébahis devant l'incroyable évasion de leur prisonniers qu'ils restèrent là à le regarder s'éloigner jusqu'à ne devenir un petit point dans le ciel avant de disparaître de leur vue.

Ce fut la dernière chose que vit notre Prince de ce curieux pays des singes, car le vent ramena son cerf-volant directement dans la Vallée de Mo.

Quand Zingle se retrouva au dessus du palais de son père, il sortit so couteau de poche et coupa la corde du cerf-volant, et il tomba aussitôt tête la première dans une mare de crème dans l'arrière-cour, il traversa une île flottante de crème fouettée et y disparut complètement.

Motus, qui était assis sur le bord du lac de crème, fut mort de peur en voyant celà, et il courut dire au Roi qu'un nouveau météore était tombé et qu'il avait dévasté une de ses îles flottantes.

Aussitôt, le monarque accompagné de plusieurs courtisans se précipitèrent dehors et virent le Prince Zingle en train de nager vers le bord. Le Roi fut tellement heureux de retrouver son fils perdu, qu'il le prit dans ses bras et le serra contre lui.

L'instant d'après, il le regretta, car sa plus belle robe d'ermine était maculée de crème sur toute sa longeur, et il faudrait un nettoyage particulièrement soigneux avant de pouvoir la remettre.

Le Prince et le Roi changèrent aussitôt de vêtements, alors ce furent de grandes réjouissances dans tout le pays. Bien sûr, la première chose que demanda Zingle ce fut quelque chose à manger, et il se retrouva bientôt assis à une table garnie de toutes sortes de bonnes choses fraîchement cueillies de leurs arbres.

Le peuple, rassemblé autour de lui, lui demandait de raconter ses aventures, et tous en furent aussi surpris qu'horrifiés en apprenant qu'il avait été capturé par des singes, et qu'ils l'avaient enfermé dans une cage comme une dangereuse bête sauvage.

On dit que l'expérience est un excellent professeur, bien que des plus cruels. Le Prince Zingle avait suffisament visité de pays étrangers, désormais, il allait se contenter de ester dans sa belle vallée, et, bien qu'il se passa beaucoup d'années avant qu'il ne refasse voler des cerfs-volants, on remarqua qu'ils étaient tout petits.

*Disponible sur e-Bay. Non, je plaisante. (NdT)

** Voir l'article du blog : Les singes dans le Monarque Magique de Mo

*** Voir l'article du blog : Baum et le chaînon manquant

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