Le Monarque Magique de Mo

<< Treizième Surprise - Sommaire >>

Quatorzième Surprise

Le châtiment du Dragon Pourpre

Mo 14 1

À peine le Roi eut il fini de parler, que des soldats de son armée arrivèrent en courant, ils lui annoncèrent qu'ils venaient de voir le Dragon Pourpre dans le jardin royal, en train de manger du pudding.

« Qu'avez vous fait pour l'en empêcher ? » demanda le monarque.

« Rien, » répondirent ils, « si nous avions interféré dans son repas, le Dragon nous aurait probablement mangés en dessert. »

« C'est vrai, » répondit le Roi, « pourtant, il faut bien faire quelque chose pour nous protéger de ce monstre. Pendant de nombreuses années, il nous a causé du soucis en dévorant nos meilleures récoltes, et rien de ce que nous avons pu faire ne nous a épargnés de ses ravages. »

« Si nous arrivions à détruire ce Dragon, » dit le Prince Jugeotte, « nous rendrions un immense service à notre pays. »

« Nous avons souvent essayé de le détruire, » répondit le Roi, « mais cette bête a toujours le dessus dans le combat, grâce à sa force phénoménale et à sa ruse. Néanmoins, nous allons tenir un conseil de guerre et réfléchir à ce que l'on peut faire. »

Un conseil de guerre fut donc tenu ; le Savant, tous les Princes et les Nobles, le Chien et l'Âne Savant se réunirent pour débattre de ce sujet.

Mo 14 3

« Je vous conseillerais de construire un grand mur autour du Dragon, » dit le Savant, « il sera alors incapable de sortir et il mourra de faim. »

« Il est assez fort pour abattre n'importe quel mur, » dit le Roi.

« Vous pourriez creuser un grand trou dans le sol, » suggéra l'äne, « le Dragon tomberait dedans et y pétrirait. »

« Il est trop malin pour tomber dans un trou. » dit le Roi.

« Le mieux, » intervint Timtom, « ce serait de lui couper les pattes, il ne pourrait plus rôder dans nos jardins. »

« Les écailles de ses pattes sont trop solides et épaisses, » dit le Roi, « nous avons déjà essayé, et échoué... »

« On pourrait prendre une barre d'acier chauffée au rouge, et on brûlerait les yeux du Dragon avec. » se hasarda le Prince Jollikin.

« Ses yeux sont en verre, » répondit le Roi, « çà n'aurait aucun effet sur eux. »

« Et si on attachait une casserole à sa queue ? » suggéra à son tour le Chien, « le bruit lui ferait tellement peur qu'il quitterait le pays en courant. »

« Sa queue est tellement longue, » répondit tristement le Roi, « que le Dragon ne l'entendrait même pas. »

Alors ils gardèrent le silence un bon moment, réfléchissant tellement fort que leurs têtes devinrent douloureuses, et nul d'entre eux ne parvenait à trouver une solution au problème.

Finalement, le Roi fit une proposition lui-même.

« Il y a bien une chose que l'on pourrait tenter avec un vague espoir de réussite, » dit sa Majesté, « si l'on échoue, celà ne sera pas pire que maintenant. Voilà mon idée, nous nous rendons tous ensemble au château du Dragon, et nous lui arrachons les dents avec une paire e tenailles. S'il n'a plus de dents, il sera inoffensif et ne pourra plus nous importuner. Comme nous sommes incapables de le tuer, je pense que c'est le meilleur moyen de résoudre ce problème. »

Le plan du Roi plut à tout le monde et fut unanimement approuvé par des acclamations. Alors le conseil fut ajourné, et tous ses membres allèrent se préparer pour combattre le Dragon Pourpre.

D'abord, le forgeron fabriqua une grande paire de tenailles, pour arracher les dents du Dragon avec. Les poignées de ces tenailles étaient si longues qu'elles pouvaient être maniées par cinquante hommes en même temps.

Mo 14 4

Puis, armé d'épées et de lances, le peuple marcha d'un seul pas vers le château du Dragon Pourpre.

Cette fameuse bête qui, depuis si longtemps, faisait règner une terreur constante dans la Vallée de Mo, se tenait devant le porche de son château quand arriva l'armée. Surprise, elle regarda la foule et dit :

« Çà ne vous fatigue pas, à la fin, toutes ces tentatives de me détruire ? Qu'est ce que vous êtes égoïstes ! À chaque fois que je mange quelque chose qui vous appartient, vous montez sur vos grands chevaux et vous venez tout de suite m'attaquer. Ces batailles sont déplaisantes pour nous tous. La meilleurs chose à faire, pour vous, c'est de retourner chez vous et vous calmer, car vous ne m'effrayez pas le moins du monde. »

Mo 14 5

Ni le Roi ni son peuple ne répondirent à ces railleries, ils amenèrent simplement la grande paire de tenailles et les brandirent vers le Dragon.

Cette manœuvre intrigua le monstre qui, n'ayant jamais été chez le dentiste de sa vie, ignorait à quoi servait cet étrange instrument.

« Vous ne croyez tout de même pas me faire du mal avec cette chose de métal. » les nargua-t-il, alors il se mit à rire à l'idée de quiconque tentant de le blesser.

Mais quand le Dragon ouvrit sa gueule pour rire, le Roi ouvrit les mâchoires des tenailles et les referma sur une des dents de devant du monstre.

« Tirez ! » cria-t-il, cinquante hommes saisirent les poignées des tenailles et ils tirèrent de toute leur force.
Mais ils eurent beau tirer autant qu'ils pouvaient, la dent ne venait pas, en voila la raison : les dents de Dragons sont différentes des nôtres, car elles traversent toute la mâchoire et sont fixées au côté opposé, de ce fait, aucune force de traction ne parvient à les arracher.

Le Roi ignorait celà, il croyait simplement qu'elle avait une longue racine, aussi cria-t-il à nouveau :

« Tirez, mes braves, tirez ! »

Ils tirèrent si fort que le Dragon fut presque entrainé hors du porche de son château. Pour éviter cela, la bête rusée enroula sa queue autour d'une colonne et y fit un nœud solide.

« Tirez ! » s'écria le Roi, pour la troisième fois.

Alors une chose surprenante arriva. Quiconque s'y connait un peu en Dragons sait que ces bêtes sont élastiques comme si elles étaient faites de caoutchouc. Les cinquante hommes tirèrent si fort que le Dragon n'arrivait pas à résister, et comme sa queue était fixée à la colonne, son corps commença à s'étirer.

Le Roi et son peuple, pensant qu'ils avaient réussi, descendirent la colline en ne cessant de tirer, les tenailles toujours accrochées à la dent de devant du Dragon. Et plus ils s'éloignaient, plus le corps du Dragon s'étirait.

« Continuez ! » cria le Roi, « ne lâchez pas ! » les cinquante hommes continuèrent à marcher, et le corps du Dragon continuait à s'étirer.

Mo 14 6

Sans relâcher leur prise sur les poignées des tenailles, le Roi et son armée progressaient dans la Vallée et la traversèrent bientôt, puis ils franchirent une colline, sans même s'arrêter pour reprendre leur souffle. Puis ils arrivèrent aux montagnes et aux forêts, et là, ils ne purent aller plus loin. Alors ils se retournèrent, et, Ô surprise ! Le Dragon s'était tellement étiré qu'il n'était pas plus gros qu'une corde de violon !

Mo 14 2

« Qu'allons nous faire, maintenant ? » demandèrent les cinquante hommes, qui transpiraient après cette rude traversée de la Vallée.

« Pour sûr, je n'en sais rien, » répondit le Roi en reprenant son souffle, « attachns ce bout de la bête autour d'un arbre. Nous pourrons alors aviser. »

Alors ils attachèrent ce bout du Dragon à un gros arbre, et ils s'assirent pour se reposer, encore émerveillés de vois le terrible Dragon Pourpre réduit devenu mince comme de la ficelle.

« Cette vilaine créature ne nous embêtera plus jamais, » dit le Roi, « cependant, c'est par accident que nous avons trouvé le moyen de le vaincre. Maintenant, la question est : qu'allons nous faire avec ce long et fin Dragon ? Si nous le laissons ici, quelqu'un risque de se prendre les pieds dedans et de tomber. »

« Je vais l'utiliser comme corde à violon, » dit le Prince Trouvèron, « la récolte a été mauvaise cette année, et je n'en ai plus une seule pour mon violon. Nus n'avons qu'à découper le Dragon en morceaux de tailles appropriées et les ranger dans les entrepôts royaux. »

Le Roi et le peuple approuvèrent de bonne grâce ce projet. Le Prince amena une paire de ciseaux et découpa le Dragon en morceaux d'égales longueurs pour son violon. En fin de compte, le vilain monstre fut utilisé à de bonnes fins, car les cordes rendaient un son excellent.

Ainsi finit le Dragon Pourpre, cependant, il restait deux morceaux de lui qui n'avaient pas été transformés en cordes à violon, l'une était attachée à un arbre et l'autre à une colonne du palais.

Le même jour, le Monarque de Mo donna une fête luxueuse pour tout son peuple pour célébrer la fin de leur plus grand ennemi, et par la suite, les jardins de la Belle Vallée furent délivrés de tout tracas.

Fin

Mo 14 7

<< Treizième Surprise - Sommaire >>

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×