Le Monarque Magique de Mo

Le chien errant et la bonne humeur perdue du Monarque

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Mo 3 1

Un jour, le Monarque de Mo, qui n'avait rien de mieux à faire, s'en alla cueillir des mûres dans les buissons aux pieds des montagnes.

Il enfila une vieille couronne qui ne risquait pas d'être ternie en cas de pluie, puis, après avoir trouvé un seau en étain dans la remise, il partit sans dire à personne où il allait.

Le chemin était de caramel bien lissé sur lequel il était agréable de marcher, mais à mesure qu'il approchait des montagnes, le sol devenait graveleux et il était parsemé de dragées et de boules de gomme, aussi, ses bottes, qui n'étaient pas assez mûres quand il les avaient cueillies, commencèrent à le faire souffrir.

Mais le Roi ne se laissait pas décourager facilement, il continua à marcher jusqu'aux buissons de mûres, qui étaient remarquablement grosses et juteuses, et il se mit aussitôt à en remplir son seau.

Alors qu'il était ainsi occupé, il entendit un bruit venant du flanc de la montagne, et un petit chien surgit des buissons qui vint vers lui en trottinant.

Il n'y avait pas de chiens à Mo, et le Roi n'avait jamais vu de semblable créature, il en fut très surpris et demanda

« Qu'êtes vous donc, et d'où venez-vous ? »

Ce fut au tour du chien d'être surpris par cette question, il regarda le seau du Roi avec méfiance, car de nombreuses fois de méchants garçons avaient attaché ce genre d'ustensile au bout de sa queue. En fait, c'était précisément la raison pour laquelle il s'était enfui de chez lui et, par accident il avait trouvé la route menant à la Vallée de Mo.

« Je m'appelle Prince, » répondit il gravement, « je viens d'un pays qui se trouve au delà des montagnes et du désert. »

« Par exemple ! » s'exclama le monarque, « êtes vous vraiment prince ? Si c'est le cas, soyez le bienvenu dans mon royaume, où l'on traite la noblesse avec le respect qui lui est dû. Mais, pourquoi avez vous quatre pieds ? »

« Parce que six, çà serait trop. » répliqua le chien.

« Mais, je n'en ai que deux. » dit le Roi.

« Dommage, » dis le chien, qui était un petit plaisantin, « là d'où je viens, marcher sur quatre pieds est du plus grand chic. »

« J'aime ce qui est chic, » répondit le Roi en réfléchissant, « mais que puis je faire avec deux jambes seulement ? »

« Eh bien, pourquoi ne pas marcher sur vos pieds et vos mains ? » répondit le chien en pouffant de rire.

« C'est ce que je vais faire, » dit le Roi, séduit par cette idée, « venez donc avec moi au palais, vous m'apprendrez les coutumes de votre pays. »

Le Roi se mit sur ses mains et sur ses genoux, et il constata avec ravissement qu'il arrivait très bien se déplacer ainsi.

« Comment vais je porter mon seau ? » demanda-t-il.

« Dans votre bouche, évidemment. » répondit le chien. Le conseil semblait bon, le Roi prit la poignée du seau dans sa bouche et ils se mirent en route vers le palais.

Mais les dragées et les boules de gomme blessèrent les mains et les genoux, ce qui le fit gémir bruyamment tandis que le chien riait.

Ils atteignirent un endroit complètement boueux, bien sûr, la boue n'était que de la gelée, mais elle n'avait pas encore séché depuis la dernière pluie. Le chien l'esquiva adroitement, mais quand le Roi tenta de faire de même, il se mit à patauger dans la gelée et ses mains et ses genoux étaient tout collants.

Le Monarque avait une très bonne humeur qu'il gardait toujours dans la poche de sa veste, mais en traversant les dragées et les boules de gomme sur ses mains et ses genoux, il la fit tomber, et l'ayant perdue, il fut très en colère contre le chien pour l'avoir mis dans un tel embarras.

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Il se mit à proférer des insultes, mais en ouvrant la bouche, le seau se renversa et les mûres s'éparpillèrent sur le sol. Cela fit rire le chien encore plus, alors le Roi se dégaga de la gelée, sauta sur ses pieds et se mit à le poursuivre en courant.

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Finalement, le chien grimpa en haut d'un arbre, hors d'atteinte du Roi, et une fois qu'il fut en sûreté au milieu des branches, il regarda en bas et dit : « Voyez comment les hommes deviennent idiots quand ils essaient de suivre la mode plutôt de suivre leur nature ! Vous ne pouvez pas plus être un chien que je ne peux être roi, désormais, si vous avez un peu de sagesse, vous vous contenterez de marcher sur deux jambes. »

« Vous avez raison, » répondit le Monarque de Mo, « je vous pardonne, venez donc avec moi au palais, l'on donnera une grande fête en votre honneur. »

Le chien descendit de l'arbre et suivit le Roi au palais, où les courtisans furent très surpris de voir un animal aussi étrange, et il devint rapidement leur favori.

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Après le dîner, le Roi invita le chien à une promenade autour de la résidence royale, et ils se mirent en route joyeusement.

Mais du fait qu'elles n'étaient pas assez mûres quand il les avait cueillies, les bottes du Roi ne lui allaient pas bien et elles recommencèrent à lui faire mal. À force de marcher avec, il commençait à avoir des cors aux pieds, quand ils arrivèrent au porche en face du palais, le Roi demanda :

« Mon ami, connaissez vous un remède contre les cors aux pieds ? »

« Des bottes plus élégantes, » répondit le chien en riant, « mais vous ne devez pas en avoir. »

Le Roi, qui n'avait toujours pas retrouvé sa bonne humeur, devint furieux contre le pauvre chien, il se rua sur lui et lui donna un grand coup de pied.

Le chien s'envola dans les airs, tandis que le Roi, qui s'était fait mal à l'orteil en le frappant, s'était assis pour masser son pied, et il regardait l'animal monter de plus en plus haut, jusqu'à devenir un minuscule point noir dans le bleu du ciel.

« J'ai du frapper plus fort que je croyais, » se lamenta le Roi, « maintenant, il a disparu et je ne le reverrai jamais. »

Il se rendit au jardin en boîtillant, il y cueillit une nouvelle paire de bottes qui ne lui blessaient pas les pieds, et pendant qu'il était parti, le chien commença à redescendre.

Bien sûr, il retomba plus vite qu'il n'était monté, et finalement, il s'écrasa juste sur le seuil du Roi. Mais la chûte avait été si brutale que le pauvre chien se retrouva aplati comme une crêpe, sans pouvoir bouger d'un poil.

Quand il fut de retour, le Roi dit :

« Par exemple ! Il y a un ami qui m'a fait cadeau d'un paillasson. » 

Il se pencha pour carresser la douce fourrure avec un grand plaisir, puis il s'essuya les pieds sur ce nouveau paillasson et rentra dans le palais pour le dire à la Reine.

En voyant ce superbe paillasson moelleux, elle déclara qu'il était trop beau pour qu'on le laisse dehors, elle l'amena alors dans le salon et le posa devant la cheminée.

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Le bon Roi regrettait d'avoir si mal traité le chien, et de peur de commettre encore quelque chose d'aussi méchant, il retourna à l'endroit où il avait perdu sa bonne humeur et chercha jusqu'à ce qu'il l'eut retrouvée, il la remit alors soigneusement dans sa poche et elle n'en bougea plus.

Puis il retourna au palais, entra dans le salon, mais il était tellement maladroit avec ses nouvelles bottes, qu'il trébucha sur le bord du paillasson, ce qui le fit s'enrouler complètement.

Aussitôt, le chien se mit à aboyer, il se dressa sur ses pattes et dit :

« Ah, çà va mieux ! Maintenant, je peux respirer, quand j'étais aplati, je ne pouvais pas même pousser le moindre souffle. »

Le monarque et sa Reine furent très surpris ; ce qu'ils avaient pris pour un paillasson n'était autre que le chien aplati, mais ils ne purent s'empêcher de rire devant sa singulière apparence.

Ainsi enroulé, le chien mesurait près de deux mètres de long, et il était presque aussi fin qu'un crayon, de ce fait, ses pattes avant étaient tellement loin de ses pattes arrières qu'il ne pouvait se retourner dans la pièce sans s'emmêler.

« C'est quand même mieux que d'être un paillasson. » dit il, et le Roi et la Reine partageaient son avis.

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Le Roi partit annoncer au peuple qu'il avait retrouvé le chien, mais en quittant le palais, il claqua la porte derrière lui, et le pauvre chien, qui le suivait juste derrière, la reçut en plein museau, ce qui eut pour effet de tasser son corps dans le sens de la longueur. Alors, Ô merveille ! L'animal retrouva sa forme naturelle, celle qu'il avait avant que le Roi ne lui donne un coup de pied.

Après cela, le chien et le Roi s'entendirent très bien, le Roi ne le frappa plus jamais, grâce à sa bonne humeur retrouvée, quant au chien, il prit garde de ne jamais rien dire qui put mettre le Roi en colère.

Or, un jour, ce chien sauva le Royaume et toute la Vallée de Mo de la destruction, mais je vous en parlerai une autre fois.

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