Le Monarque Magique de Mo

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Cinquième Surprise

L'anniversaire du Monarque

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Quand le Roi fêtait un anniversaire, il y avait de grandes festivités dans la Vallée de Mo. Cela faisait tant d'années que le bienheureux monarque était né, que personne ne se rappelait de la date exacte.

Un Savant disait que le Roi était né en février, un autre affirmait que c'était en mai et un troisième pensait que l'évènement avait eu lieu en octobre. Le Roi avait donc décrété qu'il fêterait trois anniversaires par an, et afin d'être sûr, il en ajouterait un ou deux autres.

Les anniversaires du Roi étaient considérés comme de joyeux évènements, car à chaque fois, c'était l'occasion de  faire la fête et de s'amuser, et tout le monde dans le royaume y était invité.

Une fois, s'apercevant qu'il n'avait pas fêté son anniversaire depuis plusieurs semaines, le Roi annonça une fête royale plus prestigieuse que les autres. La récolte de choux à la crème avait été exceptionnelle, les buissons regorgeaient de ces succulentes pâtisseries mûres à point, qui étaient particulièrement apprécié par le peuple de Mo.

Les jeunes filles mirent leurs plus belles robes et les plus beaux rubans, les jeunes hommes se peignèrent soigneusement les cheveux et cirèrent leurs bottes, et bientôt, les rues furent remplies de joyeux fêtards se dirigeant vers le palais.

Quand tous les convives furent réunis, un grand festin leur fut servi, essentiellement composé de choux à la crème fraîchement cueillis.

Alors le Roi, qui se tenait au bout de la table, se leva et ordonna qu'on lui amène son Coffret à Rubis. En entendant celà, les gens se calmèrent d'un seul coup et concentrèrent leur attention, car ce Coffret à Rubis était une des choses les plus étranges de la Vallée.

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C'était la sorcière Maetta qui lui avait donné quelques années plus tôt, chaque fois qu'on l'ouvrait, on y trouvait quelque chose qu'aucun être vivant n'avait vu auparavant.

C'est pourquoi, le peuple et le Roi lui-même guettaient l'ouverture du Coffret à Rubis avec le plus grand intérêt, car nul ne savait jamais ce qui en sortirait.

Le Roi posa le coffret devant lui sur une petite table, puis après un regard solennel à l'assistance impatiente, il prononça lentement :

« Giggle-gaggle-goo ! » c'était la formule magique pour ouvrir la boîte.

Aussitôt, le couvercle se souleva, le Roi regarda à l'intérieur et s'exclama :

« Ha ! »

Cela intrigua les hôtes plus que jamais, car ils se demandaient à propos de quoi il avait dit « ha ! », et ils retinrent leur respiration quand le Roi plongea le pouce et l'index dans la boîte et en sortit un petit bonhomme de bois pas plus grand que mon doigt. Il était vêtu d'une veste bleue et d'une casquette rouge et portait une petite trompette de cuivre à la main. 

Le Roi déposa le bonhomme de bois sur la table et en sortit un deuxième de la boîte, il était en bois comme le premier, vêtu de la même manière et tenant, lui aussi, une trompette à la main.

Le Roi le déposa à côté de l'autre et sortit encore un petit bonhomme de bois, et encore un autre jusqu'à en avoir dix posés en rang sur la table, portant des tambours, des cymbales et des trompettes dans leur mains raides et minuscules.

« Çà alors ! » dit le Roi une fois qu'il les eût soigneusement alignés, « c'est un petit orchestre bavarois, quel dommage qu'ils ne puissent pas jouer. »

À peine eut il prononcé le mot « jouer » que les petits hommes de bois portèrent leur trompette à la bouche ou se mirent à frapper leurs tambours et leurs cymbales, entamant un morceau de musique ravissante, au point que les gens et le Roi applaudirent avec enthousiasme.

 

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Soudain, un minuscule bébé éléphant sauta du coffret, il n'était pas plus grand qu'une souris, et il se mit à gambader sur la pointe des pieds, il étaitt vêtu d'un tut en mousseline comme ceux que portent les danseuses de ballet, le spectacle était si comique que l'assistance se tordait de rire.

Lorsque l'éléphant se fut arrêté pour se reposer, deux jolies grenouilles vertes sautèrent du coffret et se mirent à jouer à saute-mouton devant l'assistance étonnée, car nul n'avait jamais vu de grenouille.

Les deux étranges petites créatures sautaient l'une au dessus de l'autre à la vitesse de l'éclair, et finalement, l'une d'elle sauta dans la gorge de l'autre où elle disparut. Puis le bébé éléphant se mit à bailler, en ouvrant grand la bouche où sauta la deuxième grenouille, et où elle disparut à son tour.

Les spectateurs étaient tellement fasciné par ce tour que le bébé éléphant sembla réfléchir à un autre aussi spectaculaire, il se mit alors sur la tête, exécuta un saut périlleux et disparut en s'avalant lui-même, il ne resta plus que les musiciens qui continuaient à jouer.

Alors les jeunes hommes prirent les jeunes filles par la taille et entamèrent un ballet improvisé, et la fête se prolongea jusqu'à ce tous furent fatigués.

Le Roi remercia les mini musiciens e bois et les remit dans le Coffret à Rubis. Il n'avait pas proposé de faire la quête pour eux, car l'argent n'existait pas dans la Vallée de Mo. Le coffret fut ensuite ramené dans a salle des trésors royaux, où il était gardé avec précautions tant qu'il n'était pas utilisé.

Un jeune homme s'approcha ensuite du Roi, et il lui demanda la permission de patiner sur le Lac de Cristal, et son Altesse y consentit grâcieusement.

Comme il ne faisait jamais froid au Royaume de Mo, il n'y avait, bien sûr, jamais de glace sur laquelle on put patiner. Mais le Lac de Cristal était composé de sirop au sucre, le soleil avait transformé sa surface en sucre candy aussi lisse que du verre, et elle était assez solide pour que l'on puisse patiner dessus.

C'était très rare que le Roi l'autorise, car il craignait que la croûte se brise et quelqu'un y tombe, mais comme c'était son anniversaire, il ne pouvait rien refuser à son peuple. Des centaines de garçons et de filles patinaient sur le Lac de Cristal avec entrain, c'était comme de la glace, mais sans le froid ni l'humidité.

Au centre, il y avait un endroit où la croûte était plus fine, et alors que les réjouissances étaient à leur comble, la glace, ou plutôt le sucre candy fit un crac ! Et la Princesse Truella, le Prince Jollikin et Nuphsed, le chambellan du Roi tombèrent dans le sirop.

Ils s'enfoncèrent progressivement jusqu'à atteindre le fond du lac, où ils restèrent figés dans le sucre liquide sans pouvoir faire un geste, tandis que tout le reste du peuple s'était réunis sur la rive pour les regarder, car le lac était aussi clair qu'avec de l'eau pure.

Bien sûr, ce drame mit fin au patinage, et le Roi courait çà et là en demandant à tout le monde commentretirer sa fille, son fils et son chambellan de toute cette masse, mais personne ne savait que faire.

Finalement, le Roi alla consulter l'Âne Savant. Après avoir réfléchi au problème en passant ses connaissances en revue, l'âne conseilla à sa Majesté de les pêcher.

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« Les pêcher ? » s'écria le Roi, « mais comment ? »

« Prenez un fil de pêche et attachez y un poids, pour qu'il s'enfonce dans le sirop, au bout, mettez la chose que chacun d'eux aime le plus, ainsi, vous pourrez les appâter et les remonter à la surface du lac. »

« Bien, » dit le Roi, « je vais essayer, vous savez sans doute de quoi vous parlez. »

« Avez vous déjà mangé un livre de géographie ? » demanda l'Âne Savant.

« Non. » répondit le Roi.

« Eh bien, moi, si, » déclara hautainement l'âne, « et ce que je ne sais pas sur les lacs et ce genre de chose ne se trouvent pas dans ce livre de géographie. »

Le Roi revint au Lac de Cristal muni un fil de pêche solide qu'il fixa à une longue perche. Après avoir attaché un poids au bout du fil il était prêt à y mettre un appât.

« Qu'est ce que la Princesse Truella aime le plus ? » demanda-t-il à la Reine.

« Je ne sais trop, » répondit la royale dame, « vous pourriez essayer un baiser. »

Alors un des jeunes hommes les plus séduisants envoya un baiser à la Princesse, le Roi l'attacha au bout de la ligne et la plongea dans le lac.

Le poids la fit descendre dans le sirop jusqu'à ce que le baiser se trouve jute devant les lèvres rouges et délicates de la jolie Princesse. Elle prit aussitôt le baiser, comme l'avait deviné la Reine, alors le Roi remonta la ligne avec la Princesse au bout et la déposa sur la berge.

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Le peuple poussa des cris de joie tandis que la Reine emmenait la Princesse Truella chez elle pour changer ses vêtements tout collants.

« Qu'est ce que le Prince Jollikin aime le plus ? » demanda le Roi.

« Rire ! » s'écrièrent en chœur une dizaine de voix, car tout le monde connaissait la faiblesse du Prince.

Une fille éclata d'un rire joyeux que le Roi attacha au bout de la ligne et le plongea dans le lac. Le Prince attrapa aussitôt le rire et fut rapidement sorti du sirop, puis il fut ramené chez lui pour changer ses vêtements tout collants aussi.

Alors le Roi se tourna vers le peuple et demanda :

« Qu'est ce que le Chambellan Nuphsed aime le plus ? »

Mais personne ne répondit, car Nuphsed s'intéressait à tellement de choses qu'il était difficile de dire laquelle il aimait le plus. Le Roi retourna auprès de l'Âne Savant pour lui demander ce qu'il devait mettre comme appât au bout de sa ligne pour attraper le chambellan.

L'Âne Savant était très occupé par ses propres affaires, ce jour là, et cela le contrariait d'être si souvent consulté sans rien recevoir en retour de sa sagesse. Mais il fit semblant de s'intéresser au problème, comme il en avait l'habitude, et il dit :

« Je crois que le chambellan aime les pommes, essayez de l'attraper avec une pomme rouge. »

Le Roi et le peuple se mirent à chercher à travers tout le royaume, et enfin ils rouvèrent un arbre avec une seule pomme rouge qui poussait sur une petite branche presque au sommet. Mais hélas, quelqu'un avait scié le tronc à la limite des branches et l'avait réduit en petit bois d'allumage, à cause de cela, il n'y avait aucun moyen de monter dans l'arbre pour cueillir la pomme.

Tandis que le Roi et le peuple réfléchissaient au moyen de monter dans l'arbre, le Prince Jugeotte arriva et leur demanda ce qu'ils voulaient.

« Nous voulons la pomme, » répondit le Roi, « mais quelqu'un a coupé le tronc, on ne peut pas y grimper. »

Le Prince Jugeotte se frotta la tête une minute, afin d'activer sa cervelle, c'était une habitude qu'il avait prise. Puis il alla au bord de la rivière, qui était tout près, et il siffla trois fois. Aussitôt, un banc de poisson nagea vers lui, et l'un des plus gros lui cria :

« Bonjour, Prince Jugeotte, que pouvons nous faire pour vous ? »

« J'aimerais vous emprunter un poisson volant quelques minutes. » répondit le Prince.

À peine eut il dit cela qu'un poisson sortit de la rivière en volant et vint se percher sur son épaule. Puis il retourna auprès de l'arbre et dit au poisson : « va me chercher la pomme. »

Le poisson vola dans l'arbre et d'un coup de dents, coupa la tige de la pomme qui, malheureusement, tomba sur le nez du Prince qui se tenait juste ne dessous. Puis le Prince remercia le poisson volant et le renvoya à la rivière, et après lui avoir mis un pansement sur le nez, le Roi retourna au Lac de Cristal, suivi de tout son peuple.

Mais quand la pomme fut attachée à la ligne et plongée dans le sirop, le chambellan Nuphsed refusa d'y toucher.
« Il n'aime pas çà. » dit le Roi en soupirant, et il retourna auprès de l'Âne Savant.

« Il n'a pas voulu de la pomme ? » demanda l'âne, comme s'il était surpris, mais vous savez très bien qu'il n'était pas surpris du tout, car en fait, il voulait la pomme pour lui-même.

« Non, » répondit le Roi, « on a pourtant eu du mal à la trouver, cette pomme. »

« Où est elle ? » demanda l'âne.

« Ici. » dit le Roi en la sortant de sa poche.

L'âne prit la pomme, l'examina en réfléchissant, puis il la dévora et fit claquer ses lèvres de délice, car il adorait tout particulièrement les pommes rouges.

« Qu'allons nous faire, maintenant ? » demanda le Roi.

« Je crois que la chose que Nuphsed préfère c'est un mot gentil. Mettez en un comme appât au bout de la ligne et vous pourrez l'attraper. »

Alors le Roi retourna au lac, puis, ayant placé un mot gentil sur la ligne parvint rapidement à ramener le chambellan en sûreté sur la berge. Vous imaginez à quel point le pauvre Nuphsed était heureux de se retrouver au sec après sa longue immersion dans le sirop.

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Maintenant que tout le monde était tiré du Lac de Cristal, le Roi mit une corde autour du trou de croûte brisée et mit un panneau disant : « Danger ! » afin que plus personne ne tombe dedans.

Après cela, les festivités reprirent, et comme il n'y eut plus d'autre accident, l'anniversaire du Roi se termina bien.

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