Le Monarque Magique de Mo

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Huitième Surprise

La bravoure du Prince Jollikin

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Il n'est de pays, si charmant soit il, qui ne souffre de quelque inconvénient, la Vallée de Mo n'échappait pas à la règle. Parfois, le bon peuple était obligé de quitter ses jeux et ses distractions pour se défendre contre un ennemi ou une menace quelconque. Mais il y avait un danger qu'ils n'avaient jamais suspecté, un danger qui s'abattit soudainement sur eux.

Quelque part à la limite est de la Vallée, il y avait une plaine accidentée entièrement composée de blocs de sucre recouverts de rochers en sucre candy empilés en une grande masse atteignant presque le pied des montagnes et qui contenait de multiples cavernes et de recoins.

Les gens allaient rarement là, car il n'y avait rien d'intéressant pour eux, il était difficile de marcher sur ces rochers très durs.

Dans l'un de ces creux formés par les rochers de candy, vivait un Gigaboo monstrueux, complètement enfermé entre les murs de sa caverne. Il avait grandi tant et tant durant des années qu'il avait atteint une taille considérable.

Comme vous ne savez peut être pas ce qu'est un Gigaboo, je vais vous en faire une description. Son corps était rond comme celui d'une tortue, sur le dos, il avait une épaisse carapace. Du centre de son corps partait un long cou, un peu comme celui d'une oie, avec une tête affreuse à son bout. Cette tête était ronde comme un ballon, il avait quatre bouches sur les côtés et sept yeux disposés en cercle qui lui sortaient de quelques centimètres du crâne. Le Gigaboo marchait sur dix pattes courtes et épaisses, et à l'avant de son corps, il y avait deux longs bras terminés par des pinces semblables à celles d'un homard.

Ces pinces étaient si fortes et si aiguisées que la créature pouvait facilement couper un arbre avec. Ses yeux brillaient et étincelaient de manière effrayante, l'un était rouge, l'autre vert, les suivants étaient respectivement jaune, bleu, noir, pourpre et écarlate.

L'aspect de ce monstre était effroyable, seulement, personne ne l'avait encore vu, car il avait grandi dans le confinement de sa caverne.

Mais un jour le Gigaboo devint si grand et si fort qu'en se retournant, il brisa les parois de sa demeure, et en se retrouvant ainsi libre, le monstre se mit en marche dans la ravissante Vallée de Mo à la recherche d'une mauvaise action à accomplir.

La première chose que rencontra le Gigaboo fut un grand verger d'abricots au sirop, après en avoir mangé une grande quantité, il détruisit délibérément les arbres avec ses pinces acérées et les saccagea minutieusement jusqu'au dernier. Pourquoi le Gigaboo faisait celà ? Je ne saurais le dire, mais les scientifiques affirment que ces créatures sont destructrices de nature, et aiment saccager tout ce qu'elles rencontrent.

Un habitant, qui se trouvait dans les parages, rencontra le monstre et fut témoin de ses terribles méfaits, saisi de terreur, il se précipita aussitôt auprès du Roi pour lui dire que le Gigaboo arrivait et s'apprêtait à détruire toute la vallée.

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Bien que personne n'eut jamais vu de Gigaboo auparavant, n'en ayant même jamais entendu parler, la nouvelle était si grave qu'en peu de temps, le Roi et plusieurs de ses hommes, armés d'épées et de lances, vinrent à l'endroit où se trouvait le monstre.

Mais en voyant le Gigaboo, ils eurent peur et restèrent figés d'effroi en le regardant, sans savoir que faire ni comment l'attaquer.

« Qui, parmi nous, est capable d'affronter cette grosse bête ? » demanda le Roi, consterné, « il faut bien faire quelque chose, ou bientôt, il n'y aura plus un arbre debout dan la Vallée de Mo. » Les hommes se regardèrent les uns les autres avec effroi, mais aucun ne se porta volontaire pour offrir ses services ni pour conseiller le monarque.

À la fin, le Prince Jollikin, qui avait observé le monstre avec attention, s'avança et se proposa de combattre seul le Gigaboo.

« Dans ce genre d'affaire, » dit il, « un seul homme en vaut bien une dizaine. Reculez tous, pendant que je cherche par où il vaut mieux attaquer la bête. »

« Votre épée est elle assez tranchante ? » demanda le Roi, avec inquiétude.

« C'était la plus tranchante de l'arbre où elle poussait, » répondit le Prince, « si je n'arrive pas à tuer ce monstre, au moins, il ne peut pas me tuer, bien qu'il puisse me causer des problèmes. Quoi qu'il en soit, noos arbres doivent être sauvés à tout prix, je ferai donc de mon mieux. »

Sur ces viriles paroles, il marcha droit sur le Gigaboo qui, en le voyant approcher, dressa son long cou en tournant la tête, chacun de ses sept yeux purent ainsi voir son ennemi.

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En lisant ce qui suit, rappellez vous que rien ne peut tuer un habitant de la Vallée de Mo. S'il est coupé en morceaux, les morceaux continuent à vivre, et aussi étrange que cela puisse paraître, si jamais vous allez dans cette singulière Vallée, vous verrez que c'est vrai. C'est sans doute parce qu'il savait celà que le Prince Jollikin était si courageux.

« Si j'arrive à couper cette horrible tête avec mon épée, » pensait il, « la bête mourra sûrement. »

Le Prince bondit en avant et voulut frapper son cou, mais la lame dérapa et au lieu de cela, coupa une des dix jambes du Gigaboo.

Aussi vif que l'éclair, le monstre coupa le bras du Prince qui tenait l'épée. Le Prince ramassa son arme avec son autre main et se remit à frapper, mais le coup tomba sur la carapace de la bête sans la blesser.

Le Gigaboo, maintenant très en colère, coupa aussitôt le bras gauche du Prince une de ses pinces et la tête avec l'autre. Le bras tomba au sol et la tête roula au bas d'une petite colline derrière un buisson de bonbons.

Le Prince, qui avait perdu ses deux bras et sa tête, abandonna la lutte et tourna les talons pour s'enfuir, conscient qu'il eût été folie de résister plus longtemps au monstre. Mais le Gigaboo lui donna la chasse, ses neuf jambes restantes le portèrent si rapidement qu'il rattrapa bientôt le Prince et lui coupa les deux jambes.

Puis, ses sept yeux brillant de rage, le Gigaboo se tourna vers le reste du peuple, comme s'il cherchait un nouvel adversaire, mais les braves hommes de Mo, voyant le triste sort de leur Prince, et craignant les horribles pinces de la bête, décidèrent de fuir, ce qu'ils firent en poussant de grands cris de terreur.

Mais s'ils s'étaient retournés, ils auraient vu qu'ils n'avaient pas besoin de courir si vite ni si loin, car en les entendant crier, le Gigaboo fut effrayé à son tour, accoutumé toute sa vie au silence qu'il était, il s'empressa donc de retourner à sa caverne de sucre candy et se cacha parmi les rochers.

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Quand la tête du Prince Jollikin eut cessé de rouler, il ouvrit les yeux et regarda ce qui se présentait devant lui, mais il ne vit personne, car le peuple et le Gigaboo étaient partis. Incapable de bouger, il décida de rester tranquille un moment, et ce n'était pas agréable pour un jeune homme actif comme le Prince.

Bien sûr, il pouvait un peu bouger ses oreilles et battre des paupières, mais c'était la limite de son pouvoir d'action. Au bout de quelques minutes, comme il avait toujours de bonnes dispositions et tâchait de se distraire en toutes circonstances, il se mit à siffler une chanson populaire, et, entrainé par la mélodie, il improvisa différentes variations sur le thème.

La jambe gauche du Prince, étendue non loin, entendit son sifflement, et reconnaissant les variations, courut aussitôt vers la tête.

« Bien, » dit le Prince, « voici une partie de moi, je me demande où peut se trouver le reste. »

À ce moment là, en entendant le son de sa voix, la jambe droite courut aussi vers la tête. « Où est mon corps ? » demanda le Prince, mais les jambes ne savaient pas.

« Ramassez ma tête et placez la sur vous, » continua le Prince, « puis, avec mes yeux et vos pieds, nous pourrons chercher le reste de ma personne. »

Obéissant à cet ordre, les jambes prirent la tête et se mirent en marche, vous pouvez sans doute imaginer le drôle d'air du Prince avec sa tête perchée sur ses jambes sans corps ni bras.

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Après une recherche minutieuse, elles trouvèrent le corps étendu sur le sol au pied d'un arbre à salade de crevettes. Mais sans les bras, elles ne pouvaient rien faire, elles se mirent à leur recherche, et une fois qu'elles les eurent trouvés, les jambes les poussèrent vers le corps.

Les bras retirèrent la tête des jambes et les mirent à leur place sur le corps. Puis le bras droit mit le bras gauche à sa place, après quoi le bras gauche ramassa le bras droit et le mit à sa place. Tout ce qui restait alors au Prince, c'était de placer sa tête sur ses épaules, il se retrouva alors comme neuf !

Il ramassa son épée et il se tâta pour vérifier s'il était correctement remonté quand il aperçut le Gigaboo qui revenait vers lui. La bête s'était remise de sa frayeur, et, encouragée par son précédent succès, elle revenait à la charge.
Mais le Prince Jollikin n'avait pas l'intention de se laisser couper en morceaux une deuxième fois. Il se hâta d'escalader un arbre et se cacha dans les branches.

À présent, le Gigaboo approcha de l'arbre et dressa la tête pour manger une tarte aux myrtilles. Aussi rapide que l'éclair, le Prince fit tournoyer son épée vers le bas, et si précise fut sa manœuvre qu'il décapita le monstre d'un seul coup.
Alors le Gigaboo roula sur le dos et mourut, car les bêtes féroces et sauvages peuvent être tuées à Mo autant qu'à n'importe quel endroit du monde. Ayant vaincu son ennemi, le Prince Jollikin descendit de l'arbre et alla annoncer la mort du Gigaboo au peuple.

En entendant cette merveilleuse nouvelle, il firent un triomphe au Prince et l'aimèrent plus que jamais pour son courage. Le Roi eut le plaisir de décerner une médaille à son fils, elle était en étain parée de diamants, et sur l'autre face était gravée l'image d'un Gigaboo.

Bien que le Prince Jollikin se réjouit d'être le héros de sa nation, et qu'il apprécia la gloire d'avoir su vaincre son féroce ennemi, certains inconvénients ne lui furent pas épargnés. Car suite à cette aventure, il souffrit d'une certaine raideur aux articulations les jours qui suivirent son combat contre le Gigaboo.

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