Yew, l'Île Enchantée - 7

Les Hommes Gris

<< Chapitre 6 - Sommaire - Chapitre 8 >>

Yew009

Les aventuriers ne prétèrent pas attention au chemin qu'ils suivirent après avoir quitté la caverne des ex-voleurs, mais leurs chevaux prirent accidentellement la direction des contreforts conduisant dans les terres sauvages du Royaume de Spor.

Quand ils eurent terminé leur conversation et commencé à regarder autour d'eux, ils s'aperçurent qu'ils étaient dans une région rocheuse et montagneuse complètement différente les grandes plaines de Heg qu'ils laissaient derrière.

Comme je l'ai déjà dit, les habitants les plus bizarres et les plus effrayants de cette île vivaient dans le Royaume de Spor. Ils n'entretenaient pas de rapports amicaux avec leurs voisins, et ne quittaient leurs montagnes que pour voler et piller, et ils étaient si brutaux et féroce durant ces occasions que chacun prenait garde de les éviter le temps qu'ils retournent chez eux.

Il y avait baucoup de ragots sur le roi inconnu de Spor, que personne n'avait jamais vu à l'exception de ses sujets, certains pensaient qu'il s'agissait d'un de ces géants impressionnants de Spor, d'autres affirmaient que c'était un nain, comme ses petits mais féroces lanceurs de flèches, d'autres encore imaginaient qu'il appartenait à une des tribus barbares ou qu'il était un de ces terribles Hommes Gris.

Mais, bien sûr, personne ne savait vraiment, et toutes ces suppositions étaient très loin de la réalité. La seule certitude que l'on avait sur ce roi, c'était que ses géants, ses nains, ses barbares et ses Hommes Gris reconnaissaient obséquieusement son pouvoir et obéissaient au moindre de ses désirs, car si terribles étaient ils pour les autres, que leur roi l'était encore plus pour eux-mêmes.

Le Prince Merveille et Nerle pénétrèrent dans le Royaume de Spor, sans savoir ni se soucier de l'endroit où ils se trouvaient, continuèrent à avancer sur la piste presque imperceptible qu'avaient trouvé les chevaux. Cependant, ils sursautèrent de saisissement à cause d'un éclat de rire perçant et surnaturel, ils levèrent les yeux et virent, non loin, un vieil homme à l'aspect horrible assis au sommet d'un grand rocher.

« Pourquoi riez vous ? » demanda le Prince Merveille, en arrêtant son cheval.

« Avez-vous été invités ? Dites moi donc... avez vous été invités ? » les interrogea le vieil homme, en pouffant comme si quelque chose l'amusait beaucoup.

« Invité où ? » demanda le Prince.

« À Spor, imbécile ! Dans le Royaume de Spor ! Au pays du Roi Terribus ! » s'écria le vieil homme d'une voix aigüe et se remettant à rire aux éclats.

« Nous allons et venons comme cela nous chante. » répondit calmement le Prince.

« Vous allez... oui, bien sûr ! Allez si vous voulez, mais vous ne reviendrez jamais ! Jamais ! Jamais ! Jamais ! » le petit homme avait l'air de considérer celà comme une blague tellement bonne qu'il se tordait littéralement de rire, au point qu'il perdit l'équilibre, tomba du rocher et disparut de leur vue. Alors même qu'ils avaient repris leur chemin depuis un bon moment, ils entendaient toujours son rire, qui mettait un temps fou à s'estomper malgré la distance.

« Quelle étrange créature ! » s'exclama le prince, intrigué.

« Il dit peut être vrai, » dit Nerle, « c'est peut-être malavisé de notre part de pénétrer ainsi dans le Royaume de Spor. Même mon père, le plus brave des barons de Heg, n'a jamais osé s'aventurer à l'intérieur des frontières de Spor, car tout le monde craint son mystérieux roi.  »

« Dans ce cas, » répondit le Prince Meveille, « il est peut être temps que quelqu'un explore cet étrange royaume. Les peuples ont laissé trop longtemps le Roi Terribus et les sauvages qui sont ses sujets faire ce qu'ils voulaient, au lieu de réagir et de leur apprendre les bonnes manières.  »

Nerle sourit en entendant celà.

« C'est le peuple le plus féroce de l'Île Enchantée, » dit il, « et ils sont des milliers et des milliers à obéir à ce roi inconnu. Mais si vous comptez les défier, je vous suis volontiers. Peut être notre audace les conduira à me torturer, ou me laisser mourir de faim, l'essentiel, c'est que je trouve le maximum d'ennuis et de privations dans le Royaume de Spor. »

« Le temps nous le dira. » répondit gaiement le prince.

Ils s'étaient engagés dans un étroit défilé, la piste était bordée de gros fragments de roche. À un moment, le Prince Merveille regarda par dessus son épaule et vit qu'à mesure qu'ils avançaient, un homme surgissait de derrière chaque fragment, leur nombre s'accrut donc constamment jusqu'à ce qu'ils fussent des centaines, marchant silencieusement à la suite des voyageurs.

Ces hommes avaient un aspect assez particulier, leur peau était aussi grise que la roche elle même, tandis que leur seul habit consistait en une tunique de tissus gris ceinturée à la taille par une bande de peau de renard gris. Ils n'avaient pas d'armes, cependant, chaque Homme Gris avait une fourche à trois dents pointues de quinze centimètres de long glissée sous sa ceinture de peau de renard gris.

Nerle se retourna aussi et vit la foule silencieuse qui les suivait, et ce spectacle lui donna un frisson glacé dans toute la colonne vertébrale qui le fit sourire de plaisir. Il n'y avait aucun moyen d'éviter les Hommes Gris, car le chemin était si étroit que les cavaliers n'auraient pu se tourner, mais cela n'affectait pas le Prince Merveille, que le fait d'être suivi ne gênait pas, tant que personne ne se mettait sur sa route.

Il avançait d'un pas régulier, avec Nerle à sa suite, et après avoir escaladé une montée, le chemin redscendait, les menant dans une vallée de vaste étendue, au centre de laquelle se trouvait un immense château avec de grands dômes scintilants comme s'ils avaient été recouvert d'or pur.

Une large chaussée pavée de marbre blanc s'étendait des montagnes à l'entrée du palais  de ce château, et de chaque côté de cette chaussée se tenait une rangée de monstrueux géants, armés de haches immenses glissées dans leurs ceintures avec des gourdins de chêne massif, et des lances d'argent qu'ils tenaient posées sur leurs épaules gauches.

Tous ces géants étaient aussi silencieux que les Hommes Gris, et restaient immobiles tandis que le Prince Merveille et Nerle chevauchaient lentement sur la chaussée de marbre. mais leurs sourcils étaient froncés et leurs yeux étaient rouges et scintillaient comme des boules de feu.

« Je commence à e sentir merveilleusement bien, » dit Nerle, « car nous n'allons sûrement pas nous en sortir aussi facilement avec ces gens, ils ne semblent pas s'opposer à ce que nous avancions, mais il est certain qu'ils ne nous laisseront aucune chance de retraîte. »

« Il n'est nullement question de retraite. » déclara le Prince.

Nerle jeta un autre coup d'œil derrière, et il vit que les Hommes gris s'étaient arrêtés à la limite de la vallée, tandis que les géants s'étaien mis en marche en rangs serrés à leur suite.

« Ce qui me frappe, » marmonna-t-il doucement, « c'est que çà ressemble à une nouvelle épreuve après notre dernière aventure. » Mais bien qu'il eût entendu ces paroles, le Prince Merveille ne répondit pas, étant, de toute évidence, perdu dans ses pensées.

Alors qu'ils approchaient du château, qui s'élevait au dessus de leurs têtes comme une véritable montagne, tant il était haut et massif, et l'ombre de ses murs étendaient une profonde obscurité alentours comme à la tombée de la nuit.

Du haut des remparts, ils entendirent le son d'une trompe, soudainement, les portes du château s'ouvrirent en grand, et ils pénétrèrent dans une cour pavée de plaques d'or. Des nains minuscules, aux corps si tordus qu'ils ressemblaient à des crabes, se précipitèrent pour saisir les brides des chevaux, tandis que les étrangers mettaient lentement pied à terre en regardant autour d'eux.

Alors que les montures étaient conduites aux écuries, un vieil homme vêtu d'une grande robe aussi blanche que sa barbe, s'inclina devant le Prince Merveille et lui dit d'une voix douce :

« Suivez moi ! »

Le Prince étira les bras en baillant, comme s'il eût été fatigué de ce trajet, puis il jeta un regard de dédaigneuse surprise.

« Je ne suivrai personne ! » dit il fièrement, « je suis le Prince Merveille, cher monsieur, et si le propriétaire de ce château souhaite me voir, je le recevrai ici, comme l'exige mon rang et ma classe. »

L'homme parut surpris, mais il se contenta de s'incliner plus bas que la fis précédente.

« C'est l'ordre du roi. » répondit il.

« Le roi ? »

« Oui, vous êtes dans le château du Roi Terribus, seigneur et maître de Spor. »

« C'est différent, » remarqua le prince avec insouciance, « mais je ne suivrai personne pour autant, montrez moi la direction, et j'irai moi-même rencontrer sa Majesté. »

Le vieil homme tendit un doigt maigre et tremblant vers une arcade. Le Prince Merveille s'y dirigea, suivi de Nerle, et pour franchir l'entrée, il ouvrit la porte en grand et pénétra bravement dans la salle du trône du Roi Terribus.

<< Chapitre 6 - Sommaire - Chapitre 8 >>

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×