Zixi, la Reine d'Ix - 21

À la recherche de la Cape Magique

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Au petit matin, alors que le soleil commençait à se lever, nos amis quittèrent Ix pour aller chercher la Cape Magique. Tous chevauchaient de puissantes montures, suivis d'une dizaine de soldats pour les protéger, tandis que l'intendant de la Reine-Sorcière marchait derrière avec deux ânes chargés de provisions.

Le trajet jusqu'à la rivière était long, mais ils finirent par l'atteindre, et ils engagèrent le passeur pour la leur faire traverser. Le passeur n'aimait pas se rendre sur l'autre rive, en territoire Nolandais, car plusieurs Tourneboules avaient été aperçus au sommet de la montagne. Mais la présence des soldats le rassura, alors il chargea tout le monde, humains et bêtes, sur son grand bac et se mit à traverser la rivière. La fille du passeur était là, elle ne pleurait plus, à présent. Au contraire, elle affichait un sourire radieux.

« Souhaitez vous toujours être un homme ? » demanda Zixi, en lui tapotant la tête.

« Non, c'est fini ! » répondit la petite fille, « car j'ai découvert que les hommes doivent travailler dur pour entretenir leurs épouses et leurs enfants, les nourrir et leur acheter des vêtements. Alors j'y ai renoncé, en plus, c'est impossible.  »

Le passeur les déposa non-loin du bosquet de lilas,  Zixi vit le hibou gris dans un arbre en train de se lisser les plumes.

« Vous ne pleurez plus parce que vous ne savez pas nager ? » demanda la Reine-Sorcière dans le langage des hiboux.

 

 

« Plus du tout, » répondit le hibou, « car j'ai vu un homme transpercer un poisson avec son harpon pointu et le tuer. Je crois que je suis bien plus à l'abri dans mon arbre. »

« Je le crois aussi. » dit Zixi. Puis elle se perdit dans ses pensées, elle se souvenait de son propre souhait, et elle se demandait s'il était bien plus sensé.

Peu avant de s'éloigner de la rivière, elle remarqua l'alligator en train de se dorer au soleil sur la rive.

 

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« Vous ne vous plaignez plus de ne pas pouvoir grimper aux arbres ? » demanda la Reine-Sorcière.

« Au contraire, » répondit l'alligator, en ouvrant un œil pour regarder son interlocutrice, « hier, j'ai vu un petit garçon grimper à un arbre, puis il est tombé et il s'est cassé une jambe. C'est complètement idiot de vouloir grimper aux arbres, je suis bien plus à l'abri dans l'eau. »

Zixi ne répondit pas, mais elle était d'accord avec l'alligator, qui continua d'une voix somnolente :

« En fin de compte, c'est aussi bien qu'on ne puisse pas avoir ce qu'on est assez stupide pour désirer, non ? »

Peu après, ils approchaient du bosquet de lilas, la Reine-Sorcière chevauchait en tête parmi les arbres, afin de retrouver l'endroit où elle avait abandonné la Cape Magique. Elle savait que c'était tout près du ruisseau où elle avait regardé son reflet. Mais ils eurent beau chercher, ils n'en trouvèrent aucune trace.

« Quel grand dommage ! » s'écria Zixi, dépitée,  « quelqu'un est passé par là et a ramassé la Cape. »

« Mais nous devons la trouver, » dit Tim, gravement, « sinon, je ne pourrai délivrer mon peuple des Tourneboules. »

« Interrogeons tous ceux que nous rencontrerons, » suggéra la Princesse Tignasse, « nous leur demanderons s'ils ont vu la Cape, on aura peut être une chance de savoir qui l'a prise. »   

Ils dressèrent le camp à l'orée du bosquet, et pendant deux jours, ils interpellèrent tout ceux qui passaient par là pour les questionner. Mais personne n'avait jamais vu ni entendu parler d'une Cape telle qu'ils la décrivaient.

 

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Finalement, un vieux berger conduisant un troupeau de cinq moutons vint à passer, il boîtait péniblement à cause de ses rhumatismes.

« Nous avons perdu une Cape magnifique dans ce bosquet de lilas. » lui dit Zixi.

« Quand l'avez vous perdue ? » demanda le vieil homme et s'appuyant sur son baton.

« Il y a quelques jours, » répondit la Reine, « elle brillait comme l'arc-en-ciel, elle était tissée de la soie la plus... »

« Oui, oui, je vois ! » l'interrompit le berger, « c'est moi qui l'ai trouvée par terre, sous les lilas. »

« Hourra ! » s'écria joyeusement Tim, « nous l'avons trouvée ! » et tous les autres étaient aussi réjouis que lui.

« Mais où est elle, maintenant ? » demanda Zixi au vieil homme.

« Eh bien, je l'ai donnée à Dame Dingle, qui vit au pied de la colline, » répondit-il, en désignant une direction lointaine avec son doigt, « en échange elle m'a donné un médicament pour mes rhumatismes, qui n'a fait qu'empirer les choses. Du coup, j'ai jeté la bouteille dans la rivière. » 

Ils n'en écoutèrent pas plus, car maintenant, ils étaient déterminés à trouver la maison de Dame Dingle.

Une fois que les soldats eurent sellé les chevaux, ils partirent au galop. Le trajet fut long, et le terrain était rocailleux, mais ils parvinrent finalement au pied de la colline, où se trouvait une minuscule chaumière délabrée.

Après avoir mis pieds à terre, Tim, Tignasse et la Reine se précipitèrent à l'intérieur, où une vieille femme ridée était en train d'assembler des morceaux de tissus en  patchwork, elle était penchée sur son travail d'un air très concentré.

« Où est la Cape ? » s'écrièrent ils tous les trois en même temps. 

Sans lever la tête, la femme se mit à compter ses points de couture d'un ton monotone.

« Seize... dix-sept... dix-huit... » 

« Où est la Cape Magique ? » demanda Zixi avec impatience. 

« Dix-neuf... » continua lentement Dame Dingle, « Ha ! Voila que j'ai cassé mon aiguille ! » 

« Répondez ! » ordonna Tim d'un ton autoritaire, « Où est la Cape Magique ? » 

La femme ne lui prêtait pas la moindre attention, elle sélectionna soigneusement une nouvelle aiguille, après plusieurs tentatives, parvint à introduire le fil dans le chas, et elle se remit à coudre son patchwork. 

« Vingt ! » marmonna-t-elle, « vingt-et-un... »  

Excédée, Zixi lui arracha son ouvrage des mains et s'écria ;

« Si vous ne vous hâtez pas de répondre, je vous ferai donner le fouet ! »

« C'est parfait, » dit la dame, en les regardant à travers ses grosses lunettes, « il faut vingt-et-un points de couture de chaque côté d'un patch, si je perds le compte, je ne m'y retrouve plus. Mais c'est bon, maintenant, que puis-je pour vous ? »

« La Cape que vous a donnée le vieux berger. » répondit sèchement la Reine.

« Cette jolie cape de toutes les couleurs ? » demanda calmement la dame. 

« Oui ! » s'exclamèrent fébrilement les autres.

« Justement, le patch que je viens de coudre vient de cette cape, » dit Dame Dingle, « n'est ce pas ravissant ? Il embellit beaucoup l'ensemble du patchwork. »  

« Vous voulez dire que vous avez découpé ma Cape Magique ? » demanda Tignasse, consternée. Quant aux autres, ils étaient trop horrifiés pour parler.  

« Tout à fait, » dit la femme, « cette cape était trop belle pour moi, et j'avais besoin d'un beau morceau de tissu pour mon patchwork, alors j'ai coupé la cape en deux et j'en ai fait des patchs. »  

La Reine-Sorcière faillit s'étrangler, et elle se laissa tomber sur une chaise bancale. Tignasse sortit un moment, afin que les autres ne puissent voir qu'elle pleurait. Tim resta un moment à regarder la vieille dame d'un air renfrogné, puis il lui dit sèchement :

« Vous mériteriez de vous étouffer avec votre patchwork pour avoir découpé la Cape des Fées ! »  

« La Cape des Fées ! » répéta Dame Dingle, « que voulez vous dire ? »  

« Cette Cape a été offerte en cadeau à ma sœur par les Fées, » dit Tim, « elle avait un pouvoir magique. Ne craignez vous pas que les Fées vous punissent pour ce que vous avez fait ? »

  

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Dame Dingle en fut vraiment perturbée.

« Comment aurais-je pu le savoir ? » demanda-t-elle, angoissée, « comment aurais-je pu savoir que cette cape que m'a ramenée Edi était magique ? »  

« Eh bien, elle l'était, et tissée par les Fées elles-mêmes, » rétorqua le garçon, « et une nation entière est en danger parce que vous l'avez bêtement découpée. »  

Dame Dingle tenta de pleurer, pour montrer qu'elle était désolée, mais aussi pour échapper à la punition. Elle mit son tablier devant sa figure, se balança d'avant en rarrière, et essaya de faire sortir quelques larmes.

Soudain, Zixi se releva.

« Attendez, ce n'est pas si grave, après tout ! » s'écria-t-elle, « on peut la raccomoder. »  

« Bien sûr ! » dit Tignasse en revenant à l'intérieur, « pourquoi n'y avons nous pas pensé plus tôt ? »

« Où est le reste de la Cape ? » demanda Zixi. 

Dame Dingle se dirigea vers un placard d'où elle sortit la moitié de la cape qui n'avait pas été découpée. C'était bien la Cape Magique, il n'y avait aucun doute, on voyait bien le fil d'or tissé par la Reine Lulea dans la trame, et les couleurs en étaient plus éclatantes que jamais, mais l'ensemble avait impitoyablement été tailladé par les ciseaux de la femme, et avait un aspect désolé.

« Donnez nous les morceaux que vous avez coupés ! » ordonna Zixi. Sans dire un mot, la Dame sortit cinq petits carrés de tissus et arracha celle qu'elle venait de coudre au patchwork.

« Çà ne va pas, il en manque, » dit Tignasse, une fois qu'elle eut étalé la Cape par terre pour disposer les morceaux à leurs places, « où sont les morceaux manquants ? »

« Euh... je... euh... » balbutia Dame Dingle en hésitant, « je les ai donnés. »

« Donnés ! À qui ? » demanda Tim. 

« Eh bien... des amies du village sont venues me rendre visite hier soir, et nous avons échangé des morceaux, afin de varier les couleurs de nos patchworks. »

« Et alors ? »

« Je leur ai donné un morceau de la Cape à chacune. »

« Vous n'êtes qu'une idiote ! » lui lança Tim avec mépris. 

« Oui, Votre Majesté, c'est bien ce que je suis. » répondit doucement Dame Dingle.

« Il faut aller au village pour rassembler ces morceaux, » dit Zixi, « pouvez vous nous donner les noms de vos amies ? » demanda-t-elle à la femme.

« Bien sûr, » répondit Dame Dingle, « il y a Nancy Nink, Betsy Barx, Sally Sog, Molly Mitt, et Lucy Lum. »

« Avant de partir, on devrait demander à Dame Dingle de raccomoder les morceaux qui sont là. » suggéra Tignasse.

La dame fut trop heureuse de pouvoir rendre ce service, et elle se mit aussitôt à l'ouvrage. Elle recousit la cape si soigneusement, qu'il fallait regarder de près pour deviner qu'elle avait été découpée. Mais il manquait un grand carré, et nos amis avaient hâte de se rendre au village..

« Cela va nous retarder, » dit la Reine-Sorcière, maintenant plus détendue, « mais la Cape sera bientôt entière, alors nos souhaits seront exaucés. »

Tignasse prit le précieux vêtement sur son bras, puis ils se remirent en selle et chevauchèrent vers le village, dont Dame Dingle leur avait indiqué la direction depuis le seuil de sa porte. Zixi eut pitié de la pauvre vieille, qui avait été plus stupide que méchante, et elle lui glissa une pièce d'or dans la main en prenant congé d'elle, ce qui avait plus de valeur aux yeux de Dame Dingle qu'une dizaine de capes luxueuses.

Le terrain était marécageux et accidenté, ils devaient avancer lentement, mais ils arrivèrent enfin au village, où ils se mirent à la recherche des femmes qui détenaient les morceaux de la Cape Magique. Ils n'eurent aucun mal à les trouver, et elles leur donnèrent volontiers leurs morceaux une fois qu'on leur eut expliqué l'importance de cette affaire.

La Reine-Sorcière demanda à chaque femme de recoudre son morceau à la Cape, et elle firent un excellent travail. Seulement, Lucy Lum, la dernière des cinq, leur dit :

« Je n'ai plus que la moitié du morceau que m'a donné Dame Dingle, j'ai donné l'autre moitié à la femme du meunier, qui vit dans la vallée, là où la rivière fait un coude. Mais je suis sûre qu'elle vous le donnera avec joie. Regardez, il ne manque plus qu'un petit morceau et cette Cape sera comme neuve.  »  

C'était vrai, à part un petit carré dans un coin, elle était entière, les couturières étaient si douées qu'il était difficile de deviner qu'elle avait été découpée et raccommodée.

Il ne restait plus qu'à trouver la femme du meunier, ils se remirent tous en selle, à part Tante Rivette, toute cette chevauchée lui secouait les os, et elle préférait voler. Seulement, dès qu'elle étendit les ailes, cela affola les chevaux, alors Tim lui demanda de partir en avant.

Le chemin zigzaguait en descendant la vallée, au bout d'un moment, ils parvinrent au moulin, où il trouvèrent Tante Rivette assise sur le seuil, qui les attendait.

En entendant qu'on l'appelait, la femme du meunier arriva vers eux en s'essuyant les mains à son tablier, car elle était en train de faire la vaisselle.

« Nous voudrions récupérer le morceau de tissu coloré que Lucy Lum vous a donné, » expliqua Tignasse, « il fait partie de ma Cape Magique, d'ailleurs, voici l'endroit où il doit être recousu pour que le vêtement soit entier. » continua-t-elle en lui montrant la Cape avec le carré manquant. 

« Ah ... » fit la femme du meunier en secouant la tête, « je suis vraiment désolée, je ne peux pas vous donner cette pièce manquante pour votre Cape, je la trouvais trop jolie pour mon patchwork, alors je l'ai donné à mon fils qui s'en sert comme bandana. »

 

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« Où est votre fils ? » demanda Zixi. 

« Il est parti en mer, il est marin. À l'heure qu'il est, il doit être loin sur l'océan. »

Tim, Tignasse et la Reine-Sorcière se lancèrent un regard de détresse. En effet, cela semblait marquer la fin de tout espoir, car le morceau de la Cape dont ils avaient besoin était hors de leur portée.

Tout ce qu'il leur restait à faire, c'était de retourner au palais de Zixi pour attendre le retour du fils du meunier. Mais avant de partir, la Reine dit à la femme :

« Quand votre fils reviendra, pourriez vous lui demander de me ramener le bandana que vous lui avez donné ? En retour, je lui donnerai cinquante pièces d'or. »

« Je lui en donnerai cinquante de plus. » s'empressa d'ajouter Tim. 

« Et moi, je lui donnerai tout le tissu qu'il veut pour faire des bandanas. » continua Tignasse. 

La femme du meunier se réjouissait à cette idée.

« Merci ! Merci ! » s'écria-t-elle, « la fortune de mon garçon est faite. Il pourra enfin épouser Imogene Gubb, s'installer comme fermier et laisser définitivement tomber la mer ! En plus, tous ses bandanas feront pâlir d'envie les hommes du pays. Dès qu'il reviendra, je vous l'enverrai avec le morceau de Cape qui vous manque. »

Mais Zixi craignait tellement que quelque chose empêche le fils du meunier de lui ramener le bandana qu'elle laissa deux de ses soldats au moulin, avec la consigne de ramener l'homme à son palais dès qu'il reviendrait.

Quand ils reprirent leur chemin, ils étaient vraiment déprimés à cause de toutes ces mésaventures.

« Peut être s'est il noyé en mer. » dit Tim. 

« Ou alors il a perdu son bandana en cours de route. » dit Tignasse.

« Des milliers de choses peuvent arriver, » répondit la Reine, « nous ne devons pas nous faire du mauvais sang à imaginer ce genre de chose. Espérons seulement que le fils du meunier reviendra bien vite et nous ramènera le morceau manquant. » Ce qui montrait que Zixi n'avait pas vécu six-cent-quatre-vingt-trois ans sans acquérir un peu de sagesse. 

 

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