Zixi, la Reine d'Ix - 6

Tim rend la justice

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Le lendemain eurent lieu les obsèques de l'ancien Roi, le nouveau y assistait dans un carrosse couvert de velours noir brodé d'argent. Ne sachant ce qu'il fallait faire dans ces circonstances, Tim ne fit rien du tout et resta tranquille, c'était exactement ce qu'on attendait de lui..

Mais au retour des funérailles, on le conduisit dans la grande salle du trône, où il prit place sur le siège royal en or. Alors le Conseiller en Chef l'informa qu'il devait recevoir les hommages de la noblesse Nolandaise et écouter les plaintes de son peuple.

Tignasse s'assit sur un tabouret à côté de son frère, et les cinq Haut-Conseillers se mirent en demi-cercle derrière lui. Puis les portes s'ouvrirent et tous les nobles du pays entrèrent. Un par un, ils vinrent embrasser la main du Roi en premier puis celle de la Princesse avant de leur prêter serment de fidélité.

Tim n'aimait pas cette cérémonie, il chuchota qu'il s'ennuyait à l'oreille de Tignasse, puis il dit au Grand Intendant :

« Je veux retourner là-haut pour jouer. ».

« Très bientôt, Votre Majesté, mais maintenant, il vous faut écouter les plaintes de votre peuple. » répondit doucement Tallydab.

« Pourquoi donc ? » demanda Tim sur un ton irrité, « ils n'ont qu'à se débrouiller tout seuls. »

« Ce n'est pas si simple, Votre Majesté, il y a beaucoup de querelles dans le peuple. »

« Et alors ? Ce n'est pas ma faute. » dit Tim. 

« Bien sûr que non, Votre Majesté, mais c'est le rôle du Roi de régler ces querelles, car c'est lui qui détient le pouvoir suprême. »

« Eh bien, dites leur de se dépêcher, qu'on en finisse. » répondit il avec impatience.

 

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Un vénérable vieillard arriva, tenant le bras d'un garçon d'une main et une baguette de l'autre.

Après s'être humblement prosterné devant le Roi, il prit la parole :

« Votre Majesté, mon fils ici présent n'arrête pas de s'enfuir de la maison, pouvez vous me dire ce que je dois faire avec lui ? » 

« Pourquoi t'enfuis tu ? » demanda Tim au garçon. 

« Parce qu'il me fouette. » répondit celui-ci. 

Tim se tourna vers l'homme.

« Pourquoi fouettez vous ce garçon ? » demanda-t-il. 

« Parce qu'il s'enfuit. » répondit l'homme. 

Pendant une minute, il parut perplexe.

« Eh bien, si on me fouettait, je m'enfuirais aussi, » dit il enfin, « et si ce garçon n'est pas fouetté, il restera sans doute à la maison et sera sage. Mais çà, ce n'est pas mon problème. » 

« Votre Majesté ! » s'écria le Conseiller en Chef, « les problèmes de chacun sont ceux du Roi, vous devez faire quelque chose. » 

« C'est pas juste, » dit Tim en boudant, « j'ai autre chose à faire, moi, je veux monter pour jouer. » 

Mais la Princesse Tignasse se pencha et lui chuchota quelque chose qui le fit sourir.

« Très bien ! » s'exclama Tim, « la prochaine fois que cet homme fouette ce garçon, ou la prochaine fois que ce garçon s'enfuit, j'ordonnerai à mon Exécuteur des Hautes Œuvres de les fouetter tous les deux. Maintenant, qu'ils retournent chez eux et se tiennent tranquilles. »

 

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Tout le monde applaudit, et Tim se dit avec satisfaction qu'il s'en était bien sorti.

Ensuite arrivèrent deux vieilles femmes, l'une était très grosse et l'autre très maigre, entre elles se trouvait une vache qu'elles tenaient avec deux cordes, chacune avait attaché la sienne à une corne.  Elles revendiquaient toutes deux la propriété de l'animal, et elles se querellaient tellement fort que l'Exécuteur des Hautes Œuvres dut les baillonner. Une fois que le silence fut revenu, le Haut Conseiller dit :

« Maintenant, Votre Majesté, si vous voulez bien décider à qui appartient cette vache. »

« Je ne peux pas. » dit Tim, d'un air désemparé. 

« Mais, Votre Majesté, il le faut ! » s'écrièrent ensemble les cinq Haut-Conseillers. 

Meg chuchota encore à l'oreille du garçon qui acquiesça. Les enfants avaient passé leur vie dans un petit village où ily avait plein de vaches, et la fillette pensait connaître un moyen de distinguer la véritable propriétaire de l'animal.

« Faites sortir l'une des femmes. » ordonna Tim. Ils conduisirent donc la femme maigre dans une pièce voisine et l'y enfermèrent. 

« Qu'on amène un seau et un tabouret. » dit il ensuite.

Une fois que les instruments furent là, Tim se tourna vers la grosse femme et ordonna qu'on lui retire le baillon.

« C'est ma vache ! Elle est à moi ! Elle m'appartient ! » se mit elle à hurler à l'instant où elle put parler.

« Silence ! » s'écria le Roi, « si la vache est à vous, trayez la donc. »

« Certainement, Votre Majesté, certainement ! » s'écria-t-elle, elle se saisit du seau et du tabouret et s'installa à la gauche de la vache, mais avant qu'elle eut pu la toucher, la bête lui donna un coup de sabot qui l'envoya sur le sol, la tête coincée dans le seau. Puis la vache s'éloigna de quelques pas en regardant benoitement autour d'elle.

 

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Deux gardes relevèrent la femme et lui retirèrent le seau de la tête.

« Que se passe-t-il ? » demanda Tim. 

« Elle a eu peur, bien sûr, » se lamenta la femme, « et demain, je serai couverte de bleus. Votre Majesté, n'importe quelle vache s'affolerait et donnerait des coups de sabot dans un endroit comme ici. »

« Qu'on fasse sortir cette femme et qu'on ramène l'autre. »

La femme maigre arriva, et à son tour reçut l'ordre de traire la vache.. 

Le tabouret dans une main, le seau dans l'autre, elle s'approcha doucement de l'animal par la droite. Elle lui carressa le flanc et lui dit : « Doucement, ma belle ! Là, doucement ! »

La vache tourna la tête vers la femme maigre, et elle resta tranquille quand elle s'assit et se mit à la traire.

Alors le Roi déclara :

« Cette vache est la vôtre ! Prenez la et retournez chez vous ! »

Tout les courtisans et le peuple, et même les cinq Haut-Conseillers applaudirent le Roi avec enthousiasme, le Conseiller en Chef leva les mains et annonça :

« Un nouveau Salomon règne sur nous ! »

Le peuple applaudit de nouveau, ce qui rendit Tim très fier et lui fit monter le rouge aux joues.

« Dites moi, » demanda-t-il enfin à la femme, qui s'apprêtait à sortir avec la vache, « où avez vous eu une vache aussi docile ? »

« Puis je être franche ? » demanda la femme.

« Bien sûr. » répondit Tim.

« Eh bien, Votre Majesté, » répondit elle, « je l'ai volée à la grosse femme, mais maintenant personne ne peut me la reprendre puisque le Roi me l'a donnée. »

Un silence glacial tomba sur l'assistance, Tim était plus rouge que jamais.

« Comment avez vous réussi à la traire alors que la grosse n'y arrivait pas ? » demanda le Roi, avec exaspération

« Eh bien, elle ne comprend pas les vaches comme moi, » répondit la femme, « bonne journée, Votre Majesté, et mille mercis ! »

Puis elle s'éloigna avec la vache, laissant le Roi, la Princesse Tignasse et tout le peuple dans l'embarras.

« Avons nous des vaches dans les étables royales ? » demanda Tim en se tournant vers Tullydub.

« Bien entendu, Sire, nous en avons plusieurs. » répondit le Conseiller en Chef.

« Alors, qu'on en donne une à la grosse femme et qu'on la renvoie chez elle. J'ai assez rendu la justice pour aujourd'hui, maintenant, je vais monter avec ma sœur pour jouer. »

« Attendez ! Attendez ! » s'écria une voix aigüe, « Je réclame justice ! La justice du Roi ! Justice pour la tante du Roi. »

Au fond de la pièce, il vit Tante Rivette aux prises avec deux gardes qui la retenaient. Elle parvint à se libérer et se précipita vers le trône en criant :

« Justice, Votre Majesté ! »

« Qu'est ce qui vous arrive ? » demanda Tim. 

« Ce qui m'arrive ? Il m'arrive un tas de choses, vous êtes bien le nouveau Roi ? » 

« Oui, » dit Tim, « c'est exact. » 

« Je suis bien votre tante, n'est ce pas ? » 

« Euh, oui... » répéta Tim. 

« Eh bien, pourquoi me laisse-t-on vivre dans un taudis et m'habiller avec des haillons ? La Loi ne dit elle pas que tous les membres de la famille du Roi doivent vivre au Palais Royal ? » 

« C'est vrai ? » demanda Tim, en se tournant vers Tullydub.

« Effectivement, Votre Majesté. »

« Alors je vais être obligé de garder cette vieille peau de vache tout le temps ? » se lamenta le nouveau Roi. 

« Peau de vache toi-même ! » s'écria Tante Rivette en agitant le poing vers lui, « je t'apprendrai la politesse quand on sera tout seuls ! »  

Tim ne put réprimer un frisson, puis, à nouveau il se tourna vers Tullydub.

« Le Roi peut faire tout ce qu'il veut, n'est ce pas ? » lui demanda-t-il.

« Certainement, Votre Majesté. »

« Alors que l'Exécuteur des Hautes Œuvres s'avance ! »

 

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« Tim ! Voyons, qu'est ce que tu vas faire ? » lui demanda Tignasse en lui agrippant le bras.

« Laisse moi tranquille ! » répondit Tim, « je ne serai pas Roi pour rien, une fois, Tante Rivette m'a donné seize coups de baguette ! Je les ai comptés. »

À ce moment là, l'Exécuteur était en train de s'incliner devant lui.

« Allez chercher une baguette. » ordonna le Roi.

L'Exécuteur partit un moment et revint avec une longue baguette fine.

« Maintenant, » dit Tim, « donnez en seize bons coups à Tante Rivette. »

« Oh non ! Tim, ne fais pas çà ! » l'implora Meg. 

Tante Rivette tomba à genoux en joignant les mains, pâle et tremblante.

« Je ne le ferai plus ! Ayez pitié, Votre Majesté ! » hurla-t-elle, « Ayez pitié ! Je ne le ferai plus jamais ! Jamais ! Jamais ! »

« Très bien, » dit Tim avec un sourire espiègle, « je vous fais grâce pour cette fois, mais si vous n'êtes pas sage, ou que vous nous embêtez, Tignasse et moi, je demanderai à l'Exécuteur des Hautes Œuvres de se charger de vous. Rappelez vous que je suis le Roi, et tout ira bien. Vous pouvez monter et vous choisir une chambre au dernier étage. Maintenant, Tignasse et moi allons jouer. »

Sur ces mots, il posa soigneusement sa couronne sur le siège du trône et ôta sa robe d'hermine.

« Viens, Tignasse ! On en a fait assez pour aujourd'hui. » dit il, puis il attrapa sa sœur par la main et les deux enfants se précipitèrent hors de la pièce en riant, tandis que Tante Rivette suivait docilement le Grand Intendant jusqu'à un confortable appartement situé juste sous le toit.

Enfin satisfaite, elle ne tarda pas à demander de l'argent au Gardien de la Bourse Royale pour s'acheter de beaux vêtements.

Cela ne lui fut pas refusé, car la Loi Nolandaise prévoyait de subvenir au confort de tous les membres de la famille royale, et Tante Rivette comptait bien en profiter au maximum.

 

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