Zixi, la Reine d'Ix - 9

Le souhait de Jikki

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Le lendemain matin, Tante Rivette fit venir Jikki dans sa chambre.

« Prenez ces chaussures, nettoyez les, cirez les,  » lui dit elle,  « prenez aussi ce plateau de vaisselle sale, puis vous porterez ce chapeau au bonnetier pour qu'il frise les plumes, par la même occasion, vous rendrez cette Cape à la Princesse Tignasse avec mes compliments, dites lui que je la remercie. » 

Le Pauvre Jikki ne savait comment exécuter tous ces ordres en même temps. Il avait pris les chaussures d'une main et le plateau de vaisselle de l'autre, mais le chapeau et la Cape étaient trop pour lui. Alors, après l'avoir traité d'imbécile (sans doute parce qu'il n'avait pas de mains supplémentaires) Tante Rivette lui avait posé le chapeau sur la tête et la Cape sur les épaules en lui disant de se dépêcher. 

 

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Jikki n'était pas fâché de partir, car les ailes de Tante Rivette le rendaient nerveux. Seulement, il lui fallait descendre l'escalier avec précautions, car le chapeau commençait à glisser sur ses yeux, et s'il trébuchait, il risquait de renverser le plateau de vaisselle.

Il atteignit le premier palier en sûreté, mais au deuxième, le chapeau bascula en avant, si bien qu'il n'y vit plus rien, en plus, l'une des chaussures lui tomba des mains.

« Oh non ! » soupira-t-il, « que vais je donc faire, maintenant ? Si je ramasse la chaussure, je vais renverser la vaisselle, et je ne peux poser ce plateau nulle part car je suis aveuglé par ce satané chapeau ! Si je dois accomplir les quatre volontés de cette vieille femme et servir le nouveau Roi en même temps, je finirai par être débordé. En fait, je suis déjà débordé, oh comme je souhaiterais avoir au moins une demi-douzaine de serviteurs pour moi tout seul ! » 

Jikki ignorait tout du pouvoir de la Cape Magique posée sur son dos, aussi, à sa grande stupéfaction, il sentit quelqu'un lui prendre la chaussure restante et le plateau, et quelqu'un d'autre lui ôter le chapeau à plumes de la tête.

Alors il vit six jeunes hommes, se ressemblant dans les moindres détails comme des sextuplés, s'incliner devant lui avec un sourire béat, ils étaient tous vêtus de la même livrée impeccable couleur bordeaux avec des boutons d'argent.

Jikki cligna des yeux en les regardant, et il dut se pincer pour être sûr d'être bien réveillé..

« Qui... qui êtes vous ? » parvint il à leur demander. 

« Nous sommes votre demi-douzaine de serviteurs, monsieur. » répondirent tous en même temps les jeunes hommes en s'inclinant à nouveau.

Jikki resta bouche-bée un moment, complètement pétrifié au spectacle de cette rangée d'élégants serviteurs.

« Mais... Que... que venez vous faire là ? » balbutia-t-il. 

« Nous sommes là pour vous servir, monsieur, comme il est de notre devoir. » répondirent ils respectueusement. 

Jikki se gratta l'oreille gauche, comme il le faisant toujours quand il était perplexe, et il se mit à réfléchir. Et plus il réfléchissait, plus il était perplexe..

« Je ne comprends pas ! » dit il finalement d'une voix faible. 

 

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« Vous avez souhaité notre présence, et nous sommes là. » déclarèrent les six serviteurs en s'inclinant devant lui. 

« Je sais, » répondit Jikki, « seulement, jusqu'à aujourd'hui, j'avais fait beaucoup de souhaits mais aucun ne s'était jamais réalisé ! »

Les jeunes hommes ne tentèrent pas d'expliquer ce curieux phénomène, ils se tenaient en rang devant leur maître, avec l'air d'attendre ses ordres. L'un tenait la chaussure que Jikki avait fait tomber, son voisin tenait l'autre, le suivant tenait le chapeau à plumes et un quatrième le plateau de vaisselle sale.

« Vous savez, » leur fit remarquer Jikki d'un air triste, « je ne suis moi-même qu'un serviteur. » 

« Vous êtes notre maître, monsieur ! » répondirent les six jeunes hommes d'une seule voix.

« Je souhaite, » dit solennellement Jikki, « que vous retourniez d'où vous venez ! » Puis il attendit pour voir si le souhait se réalisait, mais non, la Cape Magique n'en exauçait qu'un seul à son porteur, et les six serviteurs étaient toujours au garde-à-vous devant lui. Jikki se redressa en soupirant.

« Venez avec moi en bas, dans ma chambre, » dit il, « et nous discuterons de tout cela. » 

Ils descendirent donc tous ensemble jusque dans le grand couloir du palais, Jikki marchant devant ses serviteurs, qui le suivaient à distance respectueuse. Au bout du couloir il avait une belle chambre où il pouvait se reposer pendant son temps libre, et c'est là qu'il conduisit les six personnages.

Après tout, se disait il, çà n'était pas si mal d'avoir une demi-douzaine de serviteurs, cela épargnerait bien des courses épuisantes à ses vieilles jambes. Mais au moment où ils atteignirent le bout du couloir, une pensée le frappa et il se tourna brusquemment vers eux  :

« Attendez ! » s'exclama-t-il; « combien réclamez vous comme gages ? » 

« Nous ne réclamons aucun gage, monsieur. » répondirent il.

« Comment ? Aucun gage ? » il était tellement stupéfait qu'il en défaillit presque, il parvint difficilement à sa chambre où il s'écroula dans un fauteuil. 

« Aucun gage ! Six serviteurs et aucun gage à payer ! » balbutia-t-il, « c'est merveilleux... extraordinaire... fantastique !.. » 

Puis il se dit tout bas : « Je vais voir si çà marche, » , puis il leur demanda :

« Comment pourrais-je vous distinguer les uns des autres ? »

Chacun des serviteurs leva sa main droite pour désigner un badge sur sa poitrine, Jikki réalisa alors qu'ils étaient tous numérotés de "un" à "six" 

« Ah, très bien ! » dit il, « bon, numéro six, prends cette chaussure et va la nettoyer. »

Numéro six s'inclina et se glissa hors de la pièce sans faire aucun bruit, avec autant d'empressement que s'il obéissait au Roi du Noland.

« Numéro Cinq, » continua Jikki, « emmène ce plateau à la cuisine. » Numéro cinq obéit aussitôt, Jikki en gloussa d'aise.   

« Numéro deux, emmène ce chapeau au bonnetier de la Rue Royale pour qu'il frise les plumes. » 

Numéro deux s'inclina et partit presque avant que Jikki eut fini sa phrase, alors le valet du Roi regarda les trois qui restaient en réfléchissant.

« Six, c'est presque trop, » se dit il, « je vais avoir beaucoup d'occupation à les tenir occupés. Je n'aurais dû en souhaiter qu'un seul, ou deux à la rigueur. »  

Puis il se rappela de quelque chose.

« Numéro quatre, » dit il, « accompagne numéro deux chez le bonnetier pour lui dire que le chapeau appartient à Madame Rivette, la tante du Roi. »  

Un peu plus tard, les deux serviteurs restants commençaient à le rendre nerveux à se tenir tout droits devant lui sans bouger, alors il s'écria :

« Numéro trois, apporte cette autre chaussure à numéro six pour qu'il la nettoie aussi. »

Il n'y en avait plus qu'un sur les six à qui trouver une occupation, alors que Jikki réfléchissait à la question, une cloche se mit à sonner.

« C'est la cloche du Roi. » dit Jikki. 

« Je ne suis pas au service du Roi mais au votre. » répondit numéro un, sans faire le moindre geste pour répondre à l'appel.

« Alors je dois y aller moi-même. » soupira le valet, et il sortit précipitamment. 

À peine était il parti que Tollydob, le Seigneur Général en Chef, entra dans la pièce en vociférant :

« Où est Jikki ? Où est cette crapule de Jikki ? »

Numéro, qui se tenait immobile à l'autre bout de la pièce, ne répondit pas.

« Réponds, vaurien ! » rugit le vieux général, « où est Jikki ? »

Numéro un garda le silence, et cela fit tellement enrager Tollydob qu'il leva sa canne pour en frapper le jeune homme, mais elle passa à travers son corps et se fracassa sur le mur derrière lui.

Tollydob en fut stupéfait, il fixa un moment le serviteur silencieux, puis il se laissa tomber dans le fauteuil de Jikki. Alors son regard se porta sur la Cape Magique, que le valet du Roi avait retirée.

Attiré par les couleurs chatoyantes et la texture délicate du vêtement, il prit la Cape et la posa sur ses épaules, puis il alla devant un miroir pour s'admirer.

Alors qu'il était ainsi occupé, Jikki revint, et il fut tellement saisi de voir le Général en Chef qu'il ne remarqua pas du tout la Cape.

« Sa Majesté a demandé à voir votre Grandeur, » lui dit il, « je m'apprêtais à partir à votre recherche. »

« Je me rends de suite auprès du Roi. » répondit Tollydob. Alors qu'il sortait de la pièce, Jikki remarqua la Cape sur son dos.

« Oh ! Oh ! » se dit il, « il a emmené la Cape de la Princesse Tignasse, mais quand il reviendra, je la récupèrerai pour la lui rendre. »

 

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