La Clef-Maîtresse - 12

Comment Rob sauva une république

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The master key 12 1

 

Pendant qu'il suivait les scènes changeantes de la formidable Chronique, quelque chose attira l'attention de Rob, il un poussa un sifflement étonné, puis il continua à regarder en réfléchissant.

« Je vais devoir me mêler de la politique de cette république, » se dit il enfin, il referma le couvercle de la boîte et la remit dans sa poche. « si je ne donne pas un coup de main, il n'y aura bientôt plus de République Française, et en tant que bon américain, je préfère une république à une monarchie. » 

Il descendit au rez-de-chaussée, où il retrouva son groom anglophone.

« Où est le Président Loubet1 ? » demanda-t-il. 

« Le président ? Eh bien, il est chez lui, dans sa résidence2, monsieur. »

« Où est sa résidence ? » 

Le groom se lança dans une longue explication accompagnée de gestes, c'était tellement incompréhensible que le garçon s'exclama :

« Merci bien ! » puis il sortit, agacé. 

Il aborda un gendarme dans la rue et répéta sa question, sans obtenir de meilleur résultat ; l'homme agitait les bras dans toutes les directions en débitant un chapelet d'explications en français qui n'avaient, pour lui, aucun sens.

« Si je voyage à nouveau à l'étranger, » se dit Rob, « je tâcherai d'apprendre la langue locale à l'avance. Pourquoi le Démon n'a-t-il pas inventé un genre de traducteur automatique ? »  

À force de se renseigner, et après avoir marché des kilomètres dans des directions hasardeuses, il parvint à la résidence du Président Loubet. Mais là, on l'informa poliment que le président se trouvait dans le jardin et ne voulait pas être dérangé.

« Parfait, » dit calmement le garçon, « s'il est dans le jardin, je le trouverai facilement. »

Alors, à la grande stupéfaction des français, Rob monta à une quinzaine de mètres dans les airs, d'où il aperçut un joli jardin à l'arrière de la résidence du président. L'endroit était protégé des incursions ordinaires par de grands murs. Rob atterrit dans l'enceinte, où il aperçut un homme installé à une petite table sous les branches d'un arbre imposant, il était occupé à écrire.

« Vous êtes bien le Président Loubet ? » lui demanda-t-il en s'inclinant. 

L'homme leva la tête.

« J'avais dit à mes serviteurs que je ne voulais pas être dérangé. » protesta-t-il dans un anglais excellent. 

« Ce n'est pas leur faute, j'ai volé par dessus le mur, » répondit Rob. « En fait, » se hâta-t-il d'ajouter, en voyant le président froncer les sourcils, « je suis venu sauver la République, je n'avais pas de temps à perdre avec une bande de français. »

Le président avait l'air surpris..

« Votre nom ! » exigea-t-il sèchement.

« Robert Billings Joslyn, États Unis d'Amérique ! »

« La raison de votre visite, Monsieur Joslyn ! »

Rob sortit la Chronique de sa poche et la posa sur la table.

« Ceci, monsieur, » dit il, « est un appareil électrique qui enregistre tous les évènements importants. Je voudrais vous montrer une scène qui s'est déroulée à Paris, hier soir, et qui pourrait affecter l'avenir de votre pays. »

Il ouvrit le couvercle, la plaça de manière à ce que le président puisse voir clairement, puis il observa ses changements d'expression. Il discerna d'abord de l'indifférence, puis de l'intérêt, et enfin, de la stupéfaction.

« Mon Dieu !* » dit il avec un hoquet, « les Orléanistes3 ! » 

Rob acquiesça.

« Oui, ils sont en train de monter un sacré complot, n'est ce pas ? »

Le président ne répondit pas. Tout en gardant les yeux fixés sur la Chronique, il prenait des notes sur une feuille. Puis il se redressa et demanda :

« Çà vous serait possible de rediffuser cette scène ? »

« Certainement, » répondit le garçon, « aussi souvent que vous voulez. »

« Pourriez vous rester ici le temps que j'appelle mon ministre de la police ? Çà ne prendra qu'un instant. »

« Appelez le donc; Je suis un peu pressé, mais maintenant que je me suis mêlé à cette histoire, je tiens à voir comment çà va se terminer. »

 

The master key 13


Le président actionna une cloche, un serviteur arriva et il lui donna un ordre. Puis il se tourna vers Rob, et lui dit, comme s'il venait seulement de s'en apercevoir :

« Mais, vous n'êtes qu'un enfant ! » 

« C'est vrai, monsieur le Président,  » répondit le garçon, « mais un enfant américain, c'est çà la différence, soyez en sûr. » 

Le président s'incina gravement..

« Est ce vous qui avez inventé tout cela ? » demanda-t-il. 

« Non, je n'en serais pas capable. Mais l'inventeur m'a fait présent de cette Chronique, et c'est la seule et unique de ce monde. » 

« C'est une merveille, » remarqua le président d'un air pensif, « mieux ! C'est un véritable miracle. Nous vivons une époque fascinante, mon jeune ami » 

« Je suis bien placé pour le savoir, monsieur, » répondit Rob, « mais, dites moi, pouvez-vous avoir confiance dans votre chef de la police ? » 

« Je pense, » dit doucement le président, « cependant, votre invention m'a montré que beaucoup d'hommes que je croyais honnêtes sont des fripouilles, et qu'ils sont impliqués dans un complot royaliste, je ne sais pas vraiment à qui me fier. » 

« Alors je vous prie de mettre ces lunettes pendant votre entretien avec le ministre de la police, » dit le garçon, « vous vous ne devrez rien en dire tant qu'il sera avec nous, mais certaines marques apparaîtront sur son front, et quand il sera parti, je vous dirai ce qu'elles signifient. » 

Le président chaussa les lunettes, puis il s'écria :

« Çà alors ! Sur votre front je vois les lettres... » 

« N'en dites pas plus, s'il vous plait, monsieur ! » l'interrompit Rob en rougissant, « si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je préfère ne pas le savoir. » 

Le président eut l'air perplexe en entendant celà, mais heureusement, le ministre arriva à ce moment là. Rob rediffusa les images du complot orléaniste sous les yeux ébahis du haut fonctionnaire.

« Maintenant, » dit le garçon, « voyons où en est cette affaire en ce moment. » 

Il retourna la Chronique, ce qui permit au président et au ministre de la police d'observer une rapide succssion d'évènements, à la minute où ils se déroulaient.

Soudain, en montrant l'image d'un homme qui descendait d'un bateau anglais à Calais.le ministre s'écria : 

« Votre Excellence, c'est le Duc d'Orléans4 déguisé ! Il faut que je vous quitte, je dois donner des consignes à mes hommes, dès ce soir, nous allons prendre des mesures pour mettre fin à ce terrible complot. » 

Quand il fut parti, le président retira les lunettes et les rendit à Rob.

« Qu'avez vous vu ? » demanda le garçon. 

« Les lettres B et S. » 

« Alors vous pouvez lui faire confiance. » déclara Rob, il expliqua à l'homme d'état fasciné comment fonctionnait le Détecteur de Caractères, et il lui dit que B voulait dire Bon et S, Sage.

« Je dois partir, maintentant, » continua-t-il, « car mon séjour dans votre ville sera court, et je voudrais en voir le plus possible. » 

Le président griffonna quelque chose sur une feuille de papier, la signa et en s'inclinant courtoisement, la tendit à son visiteur,

« Ceci vous permettra d'aller partout où vous le désirez à Paris, » dit il, « j'aurais bien aimé vous récompenser comme vous le méritez, vous avez rendu un tel service à mon pays. Néanmoins, vous avez toute ma gratitude, et vous pouvez me demander ce que vous voulez. » 

« Oh, ce n'est rien, » répondit Rob, « je n'ai fait que mon devoir en vous avertissant, vous n'aurez pas de mal à écraser cette conspiration. Mais je ne veux aucune récompense. Bien le bonjour, monsieur. » 

Il régla le cadran de sa machine à voyager, et aussitôt, il s'éleva dans les airs, ce qui fit pousser une exclamation de surprise au président français.

En flânant au dessus de la ville, il repéra une impasse déserte où il atterrit. De là, il partit se promener incognito sur les grands boulevards, à cette heure ci, ils étaient éclairés et grouillaient de monde. En se mêlant à cette joyeuse population et en découvrant les merveilles de la capitale française, Rob éprouva une euphorie qui lui fit oublier, pour un temps, les instruments électriques que lui avait confiés le Démon, et les lourdes responsabilités qui en découlaient.

 

The master key 12 2

 

* En français dans le texte.

 

Émile Loubet (1838-1929), président de la troisième république de 1899 à 1906 (NdT).

2 Baum ignorait il que les présidents français résidaient au Palais de l'Élysée ? Et ce depuis Louis Napoléon Bonaparte en 1843, Émile Loubet compris (NdT).

3 Royalistes partisans de la lignée de Louis Philippe, les Orléanistes étaient très actifs à l'époque (NdT)

4 Il s'agit de Philippe d'Orléans, (1869-1926) en exil depuis 1886. Il est peu probable que les faits rapportés par Baum soient authentiques (NdT).

 

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