La Clef-Maîtresse - 11

L'homme de science

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The master key 11 1

 

Rob passa le reste de la journée à se promener dans Londres, s'amusant à observer les mœurs particulières de ses habitants. Lorsqu'il fit sombre et qu'il n'y eut plus de danger d'être vu, il vola tout en haut du clocher où il était arrivé, et il s'installa dans le beffroi, sous les cloches, pour y passer la nuit..

Mais, alors qu'il commençait à s'endormir, il fut réveillé par un fracas assourdissant qui faisait trembler tout l'édifice. Les cloches sonnaient minuit.

Rob pressa ses mains contre ses oreilles, et quand la sonnerie cessa, il descendit l'échelle jusqu'à la première plate forme. Mais quand sonna l'heure suivante, le bruit était aussi insupportable. Ainsi, il descendit de plate-forme en plate-forme jusqu'à la petite pièce du rez-de-chaussée, où il passa le reste de la nuit.

Au crépuscule, le garçon se leva, se frotta les yeux et se dit en lui-même : « Les églises sont parfaites comme églises, mais comme hôtels, elles valent rien. J'aurais du dormir chez mon ami Édouard. »

Il remonta les escaliers et les échelles jusqu'au beffroi, puis il se mit à étudier la carte de l'Europe.

« J'ai bien envie d'aller faire un tour à Paris, » pensa-t-il, « je dois être chez moi samedi pour revoir le Démon, je n'ai pas de temps à perdre. » 

Sans prendre de petit-déjeûner, puisqu'il avait avalé une pilule la veille au soir, il se hissa sur le rebord du beffroi, et il prit son envol dans l'air frais du matin. La grande cité et son fleuve sinueux s'étendaient sous ses pieds. Il prit la direction du sud-est, traversa la Manche, passa entre Amiens et Rouen, et quand il atteignit Paris, il n'était pas encore dix heures.

Aux abords de la ville, il vit une grande tour, en haut de laquelle un homme était occupé à installer un télescope. En voyant Rob passer non loin de lui, il lui cria :

« Approchez* ! Venez ici* ! » 

Il agitait frénétiquement les bras en sautillant. Le garçon se mit à rire, il s'approcha de l'homme, dont les yeux lui sortaient littéralement de la tête en le regardant, puis il lui demanda froidement :

« Eh bien, que voulez-vous ? »  

L'autre resta un moment sans voix. C'était un homme grand et maigre, son crâne était chauve, il portait une barbe grise fournie, et ses yeux noirs pétillaient derrière ses lunettes cerclées d'or. Après avoir observé attentivement le garçon, il lui dit dans un anglais rouillé :

« Mais, monsieur, comment faites vous pour voler sans machine ? J'ai moi-même fait quelques expériences sur des machines volantes, mais vous... vous volez sans rien ! »

Rob vit là une opportunité de faire plaisir au Démon ; cet homme était de toute évidence un scientifique, il pouvait sûrement lui parler de ses appareils.

« Voici mon secret, professeur. » lui dit il. Il tendit le poignet pour lui montrer sa machine à voyager, et il lui expliqua, du mieux qu'il put, les forces qui la faisaient fonctionner. 

Comme on pouvait s'y attendre, le français était stupéfait. Rob fit une démonstration des possibilités de sa machine, il s'éleva au dessus de la tour et fit quelques cercles dans l'air avant venir se poser à côté de lui, puis il lui montra les pilules nutritives, lui expliquant que chacune était dosée pour subvenir aux besoins d'une journée entière.

 

The master key 12


Le savant avait le souffle coupé en voyant ce déploiement de merveilles.

« C'est extraordinaire, grand*, magnifique* ! » s'écria-t-il. 

« Il y a encore mieux. » continua Rob, il sortit la Chronique des Évènements Automatique de sa poche, et il montra au professeur des scènes se déroulant à travers le monde civilisé. 

À présent, le français était pris de violents tremblements, et il supplia Rob de lui dire où trouver ce genre d'appareils électriques.

« Je ne peux pas, » répondit d'un ton catégorique, « mais en ayant vu ceci, vous devriez être capable d'en découvrir le système par vous même. Maintenant que vous savez que ce genre de chose est possible, la suggestion devrait vous suffire pour les reproduire. »

Il pouvait lire la déception sur le visage du scientifique, néanmoins, il continua :

« Ce ne sont pas les seules merveilles que je peux vous montrer, en voici une autre, la plus remarquable de toutes celles que je possède. »

Il sortit les lunettes Révélatrices de Caractères de sa poche et les ajusta sur ses yeux. Alors il poussa un cri de surprise et tourna aussitôt le dos à son nouvel ami. Sur le front du français, il venait de voir les lettres M comme mauvais et C comme cruel.

« Je crois que je suis pas tombé sur le bon genre de scientifique ! » murmura-t-il d'un ton dégoûté. 

Son compagnon eut vite fait de confirmer l'exactitude du Détecteur de Caractères. Voyant que le garçon lui tournait le dos, il se saisit d'une longue barre de fer, qui faisait partie des pièces du télescope, et il en frappa violemment Rob. S'il n'avait porté son Habit Protecteur, cela lui aurait brisé le crâne.

La barre rebondit avec une telle force que le français meurtrier fut projeté par terre. Rob se retourna et se mit à rire.

« Çà ne marchera pas, professeur, » dit il, « je suis à l'épreuve des assassins. Après m'avoir tué, vous comptiez sans doute vous emparer de mes biens, mais ils n'auraient été d'aucune utilité pour une fripouille comme vous, je peux vous l'assurer ! Bien le bonjour. »

Avant que le scientifique ait eu le temps de réagir, le garçon monta en flèche dans le ciel. Il cherchait un endroit approprié pour atterrir, afin de visiter la célèbre ville de Paris et goûter à ses charmes.

L'endroit était vraiment magnifique, avec des bâtiments imposants alignés le long des boulevards ombragés. Les rues étaient noires de monde, Rob savait très bien que s'il atterrissait là, il deviendrait vite le centre d'attraction de toute une foule. Déjà, quelques personnes l'avaient repéré, et il en vit un ou deux groupes en train de le pointer du doigt.

Il stoppa sa course au dessus de l'Hôtel Anglais*, à l'un des étages, Rob avait aperçu une fenêtre ouverte avec un balcon d'acier, il s'y posa et aussitôt, il entendit des hurlement et quelqu'un crier au voleur !*. Il vit alors une femme s'enfuir dans une pièce voisine et fermer la porte à clef derrière elle.

« Je peux pas lui en vouloir, » observa Rob, en riant de la panique qu'il avait provoquée, « elle doit me prendre pour un voleur, et elle croit que j'ai grimpé le long du câble du paratonerre. »

Il trouva bientôt une porte menant au couloir, et il dut descendre plusieurs escaliers avant d'arriver à la réception de l'hôtel.

« Combien vous prenez par jour ? » demanda-t-il à un gros monsieur guindé derrière le comptoir. 

L'homme le regarda avec surprise, car il ne l'avait pas entendu entrer. Mais il dit quelque chose en français à un groom qui passait par là, et ce dernier vint vers Rob et s'inclina devant lui.

« Je parle un peu anglais, » dit il, « que puis je pour vous ? »

« Çà coûte combien par jour, ici ? » demanda le garçon.

« Dix francs, monsieur. »

« Çà fait combien en dollars ? »

« Dollars américains ? »

« Oui, la monnaie des États Unis. »

« Ah, oui* ! Çà fait deux dollars, monsieur. »

« Très bien, je peux rester une journée avant d'être ruiné. Donnez moi une chambre. »

« Certainement*, monsieur, avez vous des bagages ? »

« Non, mais je vais payer en avance. » dit Rob, qui se mit à compter ses pièces de un, cinq et dix cents, à la grande stupéfaction du groom, qui les regardait comme s'il n'avait jamais vu ce genre de monnaie auparavant.

Il les tendit au gros monsieur, qui à son tour, les examina avec curiosité. Puis il y eut de longs conciliabules entre eux avant qu'ils ne décident de l'accepter en paiement d'une chambre. Mais en cette saison, l'hôtel était presque vide, aussi, quand Rob assura qu'il n'avait pas d'autre argent, le gros monsieur rangea les pièces dans la caisse avec un soupir résigné, et le groom le conduisit à une petite chambre au dernier étage.

Après avoir fait un brin de toilette et brossé ses vêtements, Rob s'assit et s'amusa à regarder les images changeantes de la Chronique des Évènements.

 

* En français dans le texte.

 

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