Contes de Fées Américains - 6

Le joyeux hippopotame

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Sur les rives du fleuve Congo, il y avait une ancienne famille aristocratique d'hippopotames dont l'origine, disait on, remontait à bien avant l'époque de Noé, avant même l'apparition de l'homme, à un temps si lointain que le monde était encore jeune.

Ils avaient toujours vécu au bord de ce fleuve, ainsi, ils en connaissaient chaque courbe, chaque gué, chaque rapide, chaque rocher, chaque souche de ses rives. D'ailleurs, je pense qu'ils y vivent toujours.

Récemment, la reine de cette tribu d'hippopotames avait eu un fils, elle l'avait appelé Keo, par ce qu'il était rondelet et bien grassouillet. Seulement, en langage hippopotame, Keo ne veut pas dire rondelet et bien grassouillet, mais plutôt gras et paresseux. Cependant, personne ne fit remarquer cette erreur à la reine, dont les défenses étaient monstrueusement longues et pointues, car pour elle, Keo était le plus beau bébé du monde.

En effet, c'était un très bel hippopotame, du matin au soir, il se roulait gaiement dans la boue du fleuve, ou bien il montait sur la rive pour manger des choux sauvages qui y poussaient, ainsi, il était heureux et comblé. C'était le plus joyeux des hippopotames que cette ancienne famille eût compté, ses petits yeux rouges pétillaient constamment de joie, et il riait de bon cœur en toutes occasions, qu'il y eût quelque chose de drôle ou non.

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Les hommes qui habitaient la région l'appelaient Ippi, le Joyeux Drille dans leur langue. Néanmoins, ils n'osaient pas s'approcher de lui à cause de sa redoutable mère et de ses non moins redoutables oncles, tantes et nombreux cousins dont la colonie s'étendait sur une bonne portion des rives du fleuve.

Ces hommes vivaient dans des petits villages éparpillés entre les arbres, ils n'osaient pas s'attaquer ouvertement à la famille royale, pourtant, ils adoraient la viande.d'hippopotame, ce n'était un secret pour personne. Et s'ils parvenaient à en capturer un vivant, ils s'amusaient à le monter comme un cheval, le réduisant ainsi en servitude.

Conscients de cela, chaque fois que les hippopotames sentaient l'odeur caractéristique des hommes, ils chargeaient furieusement. Si, par malheur, l'un d'eux se trouvait à leur merci, ils le déchiraient avec leurs défenses acérées et le piétinaient de leurs énormes pattes.

Il régnait un état de guerre constant entre les hippopotames et les hommes.

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Gouie vivait dans l'un des villages alentours, c'était le neveu du chef et le petit fils du sorcier, ce dernier était un vieil homme que l'on appelait communément l'homme sans os, car il pouvait se tordre dans tous les sens comme un serpent, n'ayant effectivement pas d'os, ce qui lui donnait une démarche chancelante. Cependant, tout le monde le respectait.

La hutte de Gouie était faite de branches assemblées avec de la boue, et son vêtement consistait en un pagne d'herbes sèches. Même si ses liens de parenté avec le chef et le sorcier lui procuraient un certain prestige, il préférait s'adonner à des méditations solitaires, le plus souvent axées sur ses ennemis, les hippopotames. Il réfléchissait à un moyen de les capturer.

Il finit par élaborer un plan ; il creusa un grand trou entre deux coudes du fleuve, quand il eut terminé, il le recouvrit de branches et étala de la terre dessus, en la nivelant de manière à ce que nul ne puisse suspecter le piège. Puis, en riant sous cap, il retourna chez lui pour dîner.

Gouie

Ce soir là, la reine appela Keo, qui devenait un bel enfant, et lui dit :

"Va donc chercher ton Oncle Nikki de l'autre côté du coude de la rivière, j'ai trouvé une drôle de plante et je voudrais qu'il me dise si elle est comestible."

Le Joyeux Drille éclata d'un grand rire et se mit en route. En accomplissant cette mission, il se sentait aussi important qu'un petit garçon qu'on envoie pour la première fois acheter un paquet de levure à l'épicerie.

"Guk-uk-uk-uk ! guk-uk-uk-uk !" c'était ainsi qu'il riait. Si vous pensez que ce n'est pas comme çà que rient les hippopotames, vous n'avez qu'à en écouter un et vous verrez que j'ai raison.

Il s'extirpa de la boue dans laquelle il pataugeait et fonça à travers les buissons, la dernière chose qu'entendit sa mère, à moitié enfoncée dans l'eau, fut son guk-uk-uk-uk ! sonore qui s'estompait au loin.

Keo était de si bonne humeur qu'il faisait à peine attention où il posait les pattes, il fut donc très surpris lorsque soudain, le sol céda sous son poids et qu'il tomba dans le grand trou de Gouie. Il se fit un peu mal au museau en percutant le sol, alors il cessa de rire et réfléchit au moyen de sortir. Seulement, les parois du trou étaient trop hautes, il était bel et bien prisonnier, 

Il se mit à rire de sa malchance, ce qui le détendit au point qu'il s'endormit profondément et ronfla jusqu'au lever du jour .

Lorsque Gouie arriva et qu'il regarda à l'intérieur du trou, il s'écria :

"Hé ! Mais c'est Ippi, le Joyeux Drille !"

Ayant reconnu l'odeur de l'homme, Keo leva la tête pour essayer de le mordre, Gouie recula et lui dit dans le langage hippopotame, qu'il avait appris de son grand père le sorcier :

"Du calme, petit, tu es mon prisonnier."

"Tu vas voir si je t'attrape, je te mangerai les jambes," répliqua Keo et il se remit à rire : "guk-uk-uk-uk !"

Mais Gouie, en homme avisé, partit sans faire de commentaire et ne revint que le matin suivant. Quand il se pencha au dessus du trou, il trouva Keo affaibli par la faim qui n'arrivait presque plus à rire.

"Acceptes tu de te rendre ?" demanda Gouie, "ou bien veux tu continuer à lutter ?"

"Que se passera-t-il si je me rends ?" demanda Keo..

L'homme se gratta la tête d'un air perplexe..

"Je ne sais pas trop, Ippi, tu est trop jeune pour travailler, si je te tues pour la nourriture, je perdrai tes défenses, qui n'ont pas fini de pousser. Oh, Joyeux Drille, pourquoi es tu tombé dans mon piège ? J'aurais préféré attraper ta mère ou un de tes oncles."

"Guk-uk-uk-uk !" fit Keo d'un air moqueur, "du coup, tu n'as plus qu'à me relâcher, humain, car je ne te suis d'aucune utilité !"

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"Pas question," déclara Gouie, "à moins que..." ajouta-t-il après réflexion, "...tu ne fasses un marché avec moi."

"Dis moi vite de quoi il s'agit, humain, parce que j'ai faim." répondit Keo.

"Je te laisserai partir si jures sur les défenses de ton grand père de revenir te livrer à moi dans un an et un jour."

Le jeune hippopotame réfléchit un instant, il savait que jurer sur les défenses de son grand père était quelque chose de sacré, mais il avait faim et une année et un jour semblaient tellement loin qu'il dit avec un rire insouciant :

"Très bien, si tu me relâches, j'accepte de jurer sur les défenses de mon grand père que je reviendrai ici dans un an et un jour pour être ton prisonnier."

Gouie était ravi, car il savait que dans un an et un jour, Keo serait presque adulte, alors il piocha un côté du trou pour y faire tomber de la terre, ce qui créa une pente et l'hippopotame put sortir.

Keo était tellement heureux d'être libre qu'il repartit d'un rire joyeux et dit :

"Au revoir Gouie, tu me reverras dans un an et un jour."

Puis il s'en alla vers le fleuve pour retrouver sa mère et son petit déjeuner, tandis Gouie retournait à son village.

Dans les mois qui suivirent, pendant que l'homme était allongé dans sa hutte ou bien qu'il chassait dans la forêt, il entendait parfois un lointain guk-uk-uk-uk ! Alors il souriait et se disait "un an et un jour, çà passe vite !"

 

Lorsque Keo s'en fut retourné sain et sauf auprès de sa mère, les membres de sa tribu se réjouirent, car ils avaient tous de l'affection pour lui. Mais quand il leur dit que dans un an et un jour il devait devenir l'esclave de l'homme, ils se mirent à pleurer amèrement, versant tant de larmes que le niveau du fleuve monta de plusieurs centimètres,  

Bien entendu, leur affliction fit rire Keo, mais toute la tribu se réunit pour discuter gravement de cette affaire.

"Comme il a juré sur les défenses de son grand père," dit Oncle Nikki, "il est obligé de tenir sa promesse, cependant, il est de notre devoir de lui épargner la mort et la servitude."

Tous approuvèrent, mais aucun ne savait comment sauver Keo de son sort. Les mois passèrent, durant lesquels les hippopotames étaient préoccupés à propos du Joyeux Drille qui, lui, ne s'en faisait pas du tout.

Quand il ne resta plus qu'une semaine, sa mère, la reine, était si anxieuse que la tribu se réunit une nouvelle fois. Pendant tout ce temps, le joyeux hippopotame avait beaucoup grandi, il mesurait près de deux mètres de haut et cinq mètres de long, quant à ses défenses, elles étaient devenues plus acérées, plus blanches et plus grandes que celles d'un éléphant, .

"Si on ne fait rien pour sauver mon enfant," dit la mère, "je vais en mourir de chagrin."

Certains, dans son entourage, émirent les suggestions les plus fantaisistes, mais l'Oncle Nep, un très gros hippopotame plein de sagesse dit :

"Il faut aller voir Glinkomok et implorer son aide."

Tous se turent soudainement. Faire face au grand Glinkomok demandait de l'audace, mais l'amour d'une mère surpasse toute forme d'héroïsme.

"J'irai le voir moi-même, si l'Oncle Nep veut bien m'accompagner." s'empressa-t-elle de répondre.

L'Oncle Nep réfléchit tout en pétrissant la boue de ses pattes et en remuant nerveusement la queue.

"Nous avons toujours obéi à Glinkomok et l'avons toujours respecté," dit il, "je n'éprouve donc aucune crainte à le rencontrer, j'irai avec vous."

Tous les autres reniflèrent bruyamment pour marquer leur approbation, trop heureux qu'on ne leur ai pas demandé d'y aller eux-mêmes.

La reine et l'Oncle Nip se mirent en route avec Keo nageant entre les deux. Il remontèrent le fleuve pendant deux jours et au coucher du soleil, ils parvinrent à une haute falaise, au pied de laquelle se trouvait la caverne du grand Glinkomok.

Ce redoutable personnage était à la fois bête fauve, humain, oiseau et poisson. Il vivait depuis la nuit des temps et au fil des ans, il avait acquis de grands pouvoirs magiques, les humains ignoraient son existence, mais les animaux le connaissaient et le craignaient.

Glinkomok

Les trois hippopotames s'arrêtèrent devant la caverne, ils posèrent les pattes avant sur la berge en gardant le reste du corps dans l'eau, puis ils invoquèret Glinkomok en chœur. Peu après, l'entrée de la caverne s'assombrit et la créature glissa silencieusement vers eux.

Ils avaient peur de la regarder, alors ils enfoncèrent la tête entre leurs pattes.

"Ô Glinkomok, nous sommes venus implorer ta pitié et ta bienveillance !" commença l'Oncle Nep, puis il raconta la capture de Keo et comment il avait promis à l'homme de revenir se livrer à lui.

"Il doit tenir sa promesse." dit la créature d'une voix qui ressemblait à un soupir.

La mère hippopotame poussa une plainte.

"Mais je vais le préparer pour qu'il vienne à bout de l'homme et retrouve sa liberté." continua Glinkomok.

Keo se mit à rire.

"Lève ta patte droite." lui ordonna Glinkomok.

Keo leva sa patte droite et la créature lui toucha avec sa longue langue poilue, puis elle étendit quatre mains frêles au dessus de sa tête et murmura quelques mots dans un langage inconnu des hommes et des animaux, puis elle lui dit en langage hippopotame :

"Ta peau est devenue si dure qu'aucun homme ne pourra te blesser, tu es plus fort que dix éléphants, tes pattes sont si rapides que tu pourras distancer le vent, ton esprit est plus vif que l'éclair, l'homme te craindra mais tu ne craindras personne, car tu es devenu le plus puissant de ta race."

Ensuite, le terrible Glinkomok se pencha sur lui, Keo sentit la chaleur de son haleine le brûler, tandis qu'il lui murmurait des instructions à l'oreille. Aussitôt qu'il eut fini, il retourna en glissant dans sa caverne sous les remerciements des trois hippopotames, qui se mirent en route peu après pour rentrer chez eux.

La mère se sentait sereine, mais l'Oncle Nep frémissait de temps à autres au souvenir de Glinkomok, qu'il n'avait pourtant entrevu qu'un bref instant. Quant à Keo. plus joyeux que jamais, il ne se contentait pas de nager aux côtés de ses vénérables aînés, il s'amusait à plonger et à batifoler autour d'eux tout le long du trajet en riant gaiement.   

La tribu entière les accueillit bruyamment et loua le grand Glinkomok pour avoir favorisé le fils de la reine. Quand vint le jour pour le Joyeux Drille de se rendre à l'homme, ils vinrent tous le saluer sans aucune crainte pour lui.

Keo partit le cœur léger. Bien après qu'il eût disparu dans la jungle, on entendait encore son rire guk-uk-uk-uk ! résonner au loin.

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Gouie, qui avait compté les jours jusqu'au retour de Keo, fut étonné de la taille qu'avait atteinte son captif, il se félicita d'avoir été si avisé en faisant ce marché. Keo était devenu tellement gras qu'il était décidé à le manger, du moins, en partie, et à troquer le reste de la carcasse dans son village.

Alors il prit un couteau et tenta de le planter dans l'hippopotame, mais sa peau était si dure que la lame se cassa. Il essaya avec d'autres armes, mais aucune ne parvint à blesser Keo.

Le Joyeux Drille éclata d'un grand rire, faisant résonner son fameux guk-uk-uk-uk-uk ! dans toute la forêt. Gouie renonça à la tuer, puisque c'était impossible, il décida plutôt de l'utiliser comme bête de somme. Il monta sur le dos de l'animal et lui ordonna d'avancer, Keo le ramena chez lui au trot, les yeux pétillants de malice.

Les villageois, ravis de voir le captif de Gouie, le supplièrent de les laisser monter sur son dos. Gouie accepta en échange de bracelets, de colliers en coquillages et de menus ornements en or jusqu'à amasser toute une petite fortune. Une douzaine d'hommes montèrent ainsi sur le dos de Keo, et celui qui était le plus près de sa tête lui cria :

"Au galop, chien de la boue !"

Keo partit en trombe, filant plus vite que le vent, loin du village, il traversa la forêt et fonça sur les rives du fleuve. Les hommes hurlaient de terreur, tandis que le Joyeux Drille riait comme un fou en fonçant à toute allure !

Bientôt, sur la rive opposée du fleuve, apparut la sombre entrée de la caverne de Glinkomok. Keo plongea brusquement au fond du fleuve, laissant les hommes se débattre à la surface. Glinkomok, qui avait entendu le rire de l'hippopotame, savait ce qu'il avait à faire. Quand le Joyeux Drille remonta en recrachant des gerbes d'eau, les hommes avaient disparu.

Keo retourna au village, surpris de le voir revenir seul, Gouie lui demanda :

"Où sont mes frères ?"

"Je ne sais pas répondit Keo, "je les ai emmenés loin d'ici et ils sont restés où je les ai laissés."

Gouie aurait voulu le questionner plus avant, mais d'autres villageois attendaient impatiemment leur tour de monter sur le dos du joyeux hippopotame. Ils payèrent le prix convenu et grimpèrent sur l'animal, celui qui se trouvait devant lança :

"Au galop, gros bouseux !"

Comme la première fois, Keo les emmena à la caverne de Glinkomok et revint seul.

Maintenant, Gouie était vraiment inquiet pour ses semblables, il était le seul homme restant au village, alors il monta à son tour sur le dos de l'hippopotame et lui cria :

"Au galop, cochon d'eau douce !"

Keo poussa un joyeux guk-uk-uk-uk ! et partit à la vitesse du vent, mais cette fois il se dirigea vers le fleuve, où vivait sa tribu, et une fois dans l'eau, il plongea en laissant Gouie se débattre à la surface.

L'homme se mit à nager vers la rive, mais il vit l'Oncle Nep et la moitié de la tribu qui l'attendaient en piétinant dans la boue. Alors il se dirigea vers la rive opposée où la reine mère et l'Oncle Nikki, les yeux rougis de colère, s'apprêtaient à le déchirer avec leurs défenses.

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Gouie poussa un hurlement de terreur, il interpella le Joyeux Drille qui nageait non loin et lui cria :

"Sauve moi, Keo ! Je promets de te libérer !"

"Ce n'est pas assez." répondit Keo en riant.

"Je serai ton esclave pour le reste de mes jours !" l'implora-t-il, "je ferai tout ce que tu voudras !"

"Si je te laisse partir, reviendras tu dans un an et un jour pour me servir ?" demanda Keo.

"Oui ! Oui ! Oui !" haleta Gouie.

"Jure le sur les os de ton grand père !" lui ordonna Keo, se rappelant que les hommes n'ont pas de défenses sur lesquelles ils puissent jurer.

Alors Gouie jura sur les os de son grand père.

Keo nagea jusqu'à l'homme pour qu'il grimpe sur son dos et le ramena sur la rive. Là, il mit sa mère et les membres de sa tribu au courant du marché qu'il venait de conclure avec Gouie, qui s'était engagé à revenir dans un an et un jour pour le servir.

L'homme fut donc autorisé à partir en paix, tandis que le Joyeux Drille reprenait sa vie avec les siens, à nouveau heureux.

Quand un an et un jour eurent passé, Keo guetta le retour de Gouie, mais ce dernier ne se montra pas, ni les jours suivants.

L'homme avait rassemblé ses bracelets, ses colliers de coquillages et ses parures en or et était parti très loin, dans un autre pays, où l'ancienne famille royale d'hippopotames était inconne. Il devint un grand chef, grâce à ses richesses, et tout le monde se prosternait devant lui.

Seulement, s'il paradait fièrement la journée, la nuit, il ne parvenait pas à dormir, il se retournait sans cesse sur son lit, rongé par le remord.

En effet, il avait juré sur les os de son grand-père, or, ce dernier n'en avait pas.

Bones

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