Yew, l'Île Enchantée - 10

La victoire du Prince Merveille

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Quand la porte se fut refermée sur le Dragon Royal, le Roi Terribus se tourna à nouveau vers le Prince Merveille, la figure cramoisie par l'embarras, et son œil de devant roulant de rage contenue. Il réalisait la vanité tous ces efforts pour les tuer, ces individus qui avaient eu l'impudence d'envahir son domaine.

Mais il n'était pas à cours de pouvoirs, c'était un puissant roi, le plus puissant de toute l'Île Enchantée - du moins, le pensait il - et les moyens de tuer ses ennemis étaient nombreux.

« Envoyez une centaine de mes Hommes Gris ! » s'écria-t-il subitement, et un courtisan courut aussitôt les appeller.

Les Hommes Gris allaient obéir à ses ordres sans poser de questions, il le savait très bien. Ils étaient silencieux, opiniâtres, zélés et fidèles à leur roi. Terribus n'avait qu'à ordonner, il serait obéi.

Ils étaient entrés tellement silencieusement, que Nerle ne s'aperçut de leur présence qu'une fois qu'il se fut retourné et vit la cnetine d'Hommes Gris en rangs serrés au centre de la salle. Alors le Prince Merveille vint se placer à côté de lui et murmura quelque chose à son oreille.

« Allez vous m'obéir ? » entendirent ils le Roi demander aux Hommes Gris, qui avaient les yeux fixés sur leur maître, ils acquiescèrent de leurs cent têtes en même temps, posèrent leurs mains sur les redoutbles tridents glissés dans chacun de leurs cent ceintures.

Le Prince Merveille tendit l'extrémité d'une corde à Nerle, puis ils bondirent tous deux en avant et se mirent à courir autour du point où étaient rassemblés les cent Hommes Gris, qui se sentirent soudainement attirés les uns contre les autres, de plus en plus, toujours plus, car le Prince Merveille et Nerle les emprisonnaient avec la corde, dont ils finirent par relier les deux exrémités avec un nœud bien serré.

La corde s'enfonçait dans la taille de ceux qui se trouvaient à l'extérieur du groupe, tandis que ceux qui étaient à l'intérieur se retrouvaient pressés contre leurs camarades, il restait à peine la place pour passer une lame de couteau entre eux.

Une fois que le Prince Merveille les eût solidement attachés, le Roi Terribus, qui avait assisté à la scène avec effarement, vit ses Hommes Gris ligotés comme un fagot de bois, et incapables de bouger ne serait ce qu'une main ou un pied.

Alors qu'il contemplait, bouche-bée, cet étrange spectacle, le Prince Merveille fit basculer ce fagot humain sur le côté et le poussa jusqu'à la porte d'entrée. Le fagot roula sur le parvis, dévala les marches du château en rebondissant, puis la corde cassa et les hommes s'éparpillèrent dans l'escalier de marbre.

Le Roi Terribus poussa un gémissement en voyant ses Hommes Gris, qu'il chérissait tant, se faire ainsi maltraîter, et cela l'affligeait énormément.

Mais plus que jamais il était résolu à tuer ces impudents étrangers qui, au cœur de son royaume, où ils étaient des milliers à se soumettre à sa volonté, osaient ouvertement défier son autorité. Après un moment de réflexion, Terribus fit signe à un nain vêtu d'habits étincelants qui se tenait près de son trône.

« Convoquez les Archers ! » dit il avec une mine renfrognée.

Le petit homme s'inclina et se précipita dehors, il revint peu après, accompagné d'une vingtaine de nains aux corps curieusement tordus, chacun d'eux armé d'un arc et d'un carquois rempli de flèches aux pointes acérées.

« Tuez moi ces étrangers ! » s'écria le Roi, de sa voix la plus bourrue.

En voyant ces terribles Archers, à propos desquels il avait entendu tant d'histoires dans son enfance, Nerle trembla de peur, et ses dents se mirent à claquer. Puis il se dit :

« Bientôt, je serai comblé, car ces flèches vont sans doute me transpercer de toutes parts. »

Archers

Les nains formèrent un rang à un bout de la sinistre salle du trône, et le Prince Merveille, les regardant avec assurance, saisit Nerle par le bras et l'attira vers le mur opposé.

« Restez près de moi, vous ne risquerez rien. » murmura-t-il à son écuyer.

Chaque nain ajusta une flèche à son arc, et sur un mot de leur chef, ils étirèrent le coude en arrière et lâchèrent une pluie de projectiles sur les étrangers.

Rapides et précises, elles volaient chacune vers son objectif, destinée à transpercer le corps du jeune chevalier qui se tenait calmement devant eux.

Prince Merveille avait levé son bras droit, dans sa main, il tenait un petit sac de cuir avec une large ouverture. Alors que les flèches se rapprochaient de lui, il arriva quelque chose de curieux ; elles dévièrent toutes de leur course et vinrent s'engouffrer dans la sac de cuir avec un bruit de crépitement, à la surprise des Archers Royaux et au grand désarroi du Roi.

« Encore ? » s'écria celui-ci, son habituelle voix douce devenue rauque.

À nouveau, les nains ajustèrent leurs flèches, et à nouveau le sac de cuir les engloutit jusqu'à la dernière. S'ensuivit un autre tir, et encore un autre, jusqu'à ce que le sac magique fut rempli de flèches, tandis que les nains n'en avaient plus une seule dans leurs carquois.

Vivement impressionnés par ces faits, les spectateurs en étaient restés muets, et le rire sonore du Prince Merveille résonna dans silence, car tous ces regards terrifiés braqués sur lui étaient du plus grand comique. Il sortit une flèche du sac et leva le bras en criant :

« Maintenant, c'est mon tour, je vais vous restituer vos flèches ! »

« Attendez ! » s'exclama le Roi, terrifié, « je vous en supplie, ne tuez pas mes fidèles serviteurs. » et d'un geste de la main, il donna l'ordre à ses nains de quitter la salle, ordre qu'ils s'empressèrent d'exécuter avec joie.

Nerle essuya ses yeux pleins de larmes, terriblement déçu d'avoir échappé aux tortures et aux mauvais traitements, quant au Prince Merveille, tranquillement assis sur un tabouret, il observait le visage consterné du Roi Terribus avec un réel plaisir.

Le Monarque de Spor n'avait jamais été ainsi battu par aucune créature vivante. Vaincu et humilié devant son propre peuple, il abaissa sa tête cramoisie pour la prendre dans ses mains et continuait à le regarder d'un air maussade avec l'œil du sommet de son crâne.

L'idée lui vint alors qu'aucun mortel ordinaire n'aurait pu le défaire si facilement, et il se mit à craindre, sans doute inconsciemment, d'avoir à faire à grand magicien ou un sorcier

Comment eût il pu imaginer qu'une fée avait pris la forme d'un mortel ? On n'avait jamais entendu parler d'une telle chose sur l'Île Enchantée. Mais, conscient d'avoir rencontré son maître, qui qu'il pût être, et que toute autre tentative contre la vie de l'étranger se fut soldé par un échec.

Le Roi Terribus d'adoper une nouvelle ligne de conduite, espérant obtenir par la ruse ce qu'il n'avait pu obtenir par la force.

Bien sûr, il lui restait son régiment de Géants, la fierté de son royaume, mais Terribus craignait de subir une nouvelle défaite, il n'était pas certain, après ce qui était arrivé, que les Géants fussent venus à bout des étrangers.

« Après tout, » se dit-il, « je ne voulais les tuer que pour les empêcher de révéler mon apparence monstrueuse au monde extérieur. Donc, si je parviens à les garder ici pour toujours, dans mon Royaume, mon objectif sera aussi bien atteint. »

Après ces réflexions, il releva la tête et s'adressa au Prince Merveille d'un ton paisible et presque amical.

« Finissons en avec ces jeux brutaux et grossiers, » dit il avec un sourire qui découvrait ses longues dents blanches de manière répugnante, « je confesse que, de ma part et celle de mon peuple, c'est une bien piètre façon d'accueillir un bon ami, cher Prince Merveille, ces attaques n'étaient destinées qu'à révéler les pouvoirs du grand magicien qu'est mon hôte. Non, ne riez pas, Prince, dès le début, j'avais deviné votre secret, et pour m'assurer et de votre invulnérabilité, j'ai envoyé mes serviteurs vous affronter. Mais fi de ces idioties, maintenant, je vous prie de me pardonner ces plaisanteries à votre égard. Soyons donc amis, si vous le voulez bien, vous êtes cordialement invité à profiter de tout ce que mon royaume peut vous offrir de mieux. »

À ces mots, Terribus descendit de son trône, et il s'approcha de Prince Merveille les bras tendus. Le Prince n'était pas dupe, mais la façon qu'avait le Roi de s'excuser de ses tentatives pour le tuer l'amusait. Alors il se mit à rire et prit la main que lui tendait Terribus dans la sienne, car le Prince féérique ne semblait jamais éprouver la moindre colère contre quelque mortel que se fut qui s'opposait à lui.

Avec toutes les marques de respect, les étrangers furent conduits dans une magnifique suite d'appartements à l'intérieur du château, où ils trouvèrent des lits moëlleux avec des couvertures de velours, des baignoires en marbre où coulait de l'eau parfumée, ainsi que toute une garde-robe de costumes de soie brocardée qui leur permit de se changer.

 À peine venaient ils de se baigner et de se revêtir d'habits élégants, qu'ils furent conviés à se rendre dans la salle de banquet du Roi, escortés par douze jeunes filles portant des torches qui diffusaient une flamme de couleur lavande.

Banquet

Dehors, la nuit était tombée sur les montagnes, mais la salle de banquet était illuminée par des milliers de chandelles, et au buut de la grande table, était assis le Roi Terribus.

Même ici, tout comme dans la salle du trône, le dirigeant de Spor était habillés de vêtements des plus simples, et son siège était aussi un bloc de pierre brute taillée. Tout autour de lui étaient des seigneurs et des grandes dames richement parés, les murs étaient couverts des plus splendides broderies, la table était dressées avec des plats en or et des coupes artistement ouvragées remplies des plus doux nectars.

Seulement, avec son affreuse tête, le Roi faisait l'effet d'une grosse tâche d'encre sur un parchemin vierge, et même le Prince Merveille ne pouvait réprimer un frisson en posant les yeux sur lui.

Terribus fit asseoir son hôte à sa droite et le combla de tous les honneurs. Nerle se tenait derrière le siège du Prince et le servait loyalement, comme le devait un écuyer. Mais les autres serviteurs le traitaient avec les plus grands égards, ayant discerné chez lui une noble extraction qui faisait de lui le singulier serviteur d'un tout autant singulier maître.

En effet, tous admiraient ces deux hommes hors du commun, qui s'étaient tranquillement introduits dans le château du puissant Terribus et avaient défié sa colère avec succès, malgré leur apparence juvénile et leurs visages souriants. Les convives du banquet craignaient plus le Prince Merveille qu'ils ne craignaient leur féroce souverain.

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