Yew, l'Île Enchantée - 8

Le Tueur d'Imbéciles

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Yew 8b

La pièce était circulaire, avec un plafond en forme de dôme. Les murs nus étaient de pierre grise, avec des fenêtres carrées situées à deux mètres du sol, qui était aussi en pierre grise brute, et au centre de la pièce se dressait un grand rocher avec un siège creusé en son milieu. Il s'agissait du trône, et tout autour, se tenait une masse d'hommes et de femmes vêtus de riches habits de satin, de velours et de brocards ornés d'or et de pierres précieuses.

Les hommes étaient de toutes tailles et formes, avec des géants et des nains parmi eux. Les femmes étaient ravissantes et avaient toutes l'air jeunes.

Le Prince Merveille jeta à peine un regard à cette assemblée, car son attention avait été tout de suite attirée par le trône rudimentaire sur lequel était assis Terribus.

L'apparence de ce monstre était assurément la plus hideuse que l'on pût concevoir à cette époque du monde. Sa tête était grosse et avait la forme d'un œuf, elle avait une teinte écarlate clair sans un seul cheveu qui poussât dessus.

Il avait trois yeux, un au centre de sa figure, un au sommet de son crâne et un derrière la tête, il était ainsi capable de voir dans toutes les directions à la fois.

Son nez ressemblait à une trompe d'éléphant qui se balançait constamment d'un côté et de l'autre. Sa bouche était très grande et dépourvue de lèvres, deux rangées de dents blanches et pointues étaient bien visibles entre les oscillations de son nez.

Bien qu'entouré d'une cour aussi splendide, le Roi Terribus portait une simple robe de tissus gris, sans aucun atour ni ornement, et son apparence si étrange et effrayante contrastait fortement avec l'élégance de ses courtisans, et la beauté de ses dames d'honneur.

Quand le Prince Merveille, suivi de près par Nerle, entra dans la grande pièce, Terribus le regarda un moment d'un air hostile, puis il s'inclina, et il continua à regarder l'intrus d'un air hostile avec l'œil du sommet de son crâne.

Puis le roi se mit à parler, sa voix était si douce et agréable que cela en choqua presque Nerle, qui s'attendait à un rugissement semblable à celui d'une bête sauvage.

« Pourquoi êtes vous là ? » demanda Terribus.

« Un peu par hasard et un peu par curiosité, » répondit le Prince Merveille, « personne sur cette île, à part votre peuple, n'a jamais vu le roi de Spor, c'est pourquoi, me trouvant dans votre pays, j'ai décidé de venir ici pour pouvoir vous voir. »

Le visage des gens qui se tenaient autour du trône avaient des expressions d'effroi devant la témérité sans précédent de ces propos tenus à leur terrible monarque. Mais le roi se contenta de hocher la tête et demanda :

« Puisque vous m'avez vu, que pensez vous de moi ? »

« Je suis désolé que vous me posiez la question, » répondit le prince, « car je dois avouer que vous avez vraiment l'air d'une créature terrifiante, et pas du tout agréable à regarder. »

« Ah, vous êtes honnête et franc, » s'exclama le roi, « c'est précisément la raison pour laquelle je ne quitte jamais mon royaume, comme vous le comprendrez aisément. C'est aussi la raison pour laquelle j'interdis aux étrangers de venir ici, sous peine de mort. Tant que personne ne saura que le Roi de Spor est un monstre, les gens n'iront pas propager de ragots sur mon apparence, car je suis très sensible sur la question de mon physique. Vous comprendrez sans doute que si j'avais pu choisir, je serais beau au lieu d'être laid. »

« Je le conçois très bien, et permettez moi de vous dire que j'aimerais que vous soyez beau, car je vais sans doute faire des cauchemars sur vous pendant des nuits. » ajouta le prince.

« Pas tant de nuits que çà, » dit calmement le Roi Terribus, « en venant ici, vous avez choisi de mourir, et les morts ne rêvent pas. »

« Pourquoi donc devrais-je mourir ? » demanda le Prince Merveille, d'un air intrigué.

« Parce que vous m'avez vu. Si je vous laissais partir, vous iriez parler de ma vilaine tête à tout le monde. Je n'ai pas envie de vous tuer, croyez moi, mais vous devez payer le prix de votre imprudence, vous et l'homme derrière vous. »

Nerle sourit en entendant celà, était-ce par fierté d'être qualifié d'homme ou le plaisir anticipé des souffrances à venir ? Je vous laisse deviner.

« Me permettez-vous d'élever une objection, quant à l'idée de nous tuer ? » demanda le Prince.

« Certainement, » répondit courtoisement le roi, « je m'attends toujours à des objections dans ce genre de cas, c'est tout à fait naturel, mais cela ne vous servira à rien. »

Alors Terribus se tourna vers un domestique et ordonna :

« Faites venir le Tueur d'Imbéciles. »

En entendant celà, le Prince Merveille se mit à rire.

« Le Tueur d'Imbéciles ? » s'écria-t-il, « votre Majesté a sûrement une piètre opinion de moi, me considérez vous donc comme un imbécile ? »

« Exactement ; d'abord, vous entrez dans mon royaume sans y être invité, » répondit le roi, « puis vous venez me dire en face que je suis affreux, » continua-t-il, « et en plus, vous riez quand je vous condamne à mort. J'en conclus que le Tueur d'Imbéciles est le plus à même de vous exécuter, d'ailleurs, le voici ! »

Merveille se retourna prestement, et il vit un homme grand et robuste qui se tenait derrière lui. Il avait l'air fort, mais également grave, et en croisant son regard, le prince cru distinguer une étincelle de compassion dans ses yeux. Sa peau était claire et sans défaut, une robe de tissu argenté retombait de ses épaules, et dans sa main droite, il tenait une épée étincelante.

« Ravi de vous rencontrer ! » s'écria Merveille avec enthousiasme, en s'inclinant devant le Tueur d'Imbéciles, « j'ai souvent entendu parler de vous, mais on dit que vous manquez de cœur à l'ouvrage. »

« Si çà ne tenait qu'à moi, » répondit le Tueur d'Imbéciles, « ma lame dégoulinerait tout le temps. C'est mon maître, ici présent, qui me limite dans ma tâche. » en désignant le Roi Terribus d'un signe de tête.

« Vous devriez donc exercer vos talents sur lui, et faire sauter sa vilaine tête de ses épaules. » lui dit le prince.

« Il ne vaudrait mieux pas, » intervint le roi, « si je ne contrôlais pas le Tueur d'Imbéciles, je n'aurais bientôt plus un seul sujet à gouverner, car ils méritent tous, à un moment ou à un autre, d'être frappé par sa lame. »

« Eh bien, c'est assez vrai, » répondit le Prince Merveille,  « mais je crois qu'en de telles circonstances, votre Tueur d'Imbéciles est un serviteur inutile, je vais donc vous en débarrasser dans quelques instants. »

À ces mots, il sortit son épée de son fourreau et vint calmement se tenir devant le Tueur d'Imbéciles, dont le visage ne changea pas d'expression alors qu'il venait à la rencontre de sa victime avec un air menaçant.

Les lames s'entrechoquèrent, et celle du Tueur d'Imbéciles se brisa sous le choc. Il recula d'un pas, trébucha et s'écroula sur le sol rocailleux, alors le Prince Merveille se précipita sur lui et appuya la pointe de son épée sur la poitrine de son adversaire.

« Attendez ! » s'écria le roi en bondissant de son siège, « vous voudriez tuer mon Tueur d'Imbéciles ? Pensez au tort que vous causeriez au monde ! »

« Mais il manque de motivation dans sa tâche, et l'on ne peut avoir confiance en lui ! » répondit sévèrement le prince.

« Certes, mais s'il supprime ne serait-ce qu'un seul imbécile par an, c'est un bienfait pour l'humanité » déclara le roi, « épargnez le, je vous en prie ! »

Alors le vainqueur retira sa lame et se tint sur le côté, le Tueur d'Imbéciles se remit lentement sur ses pieds et s'inclina humblement devant le roi.

« Va-t-en ! » cria Terribus, avec un éclat de colère dans l'œil, « tu m'as humilié devant mes ennemis. Comme pénitence, tu devras me tuer un imbécile par jour pendant soixante jours. »

En entendant cet ordre, la plupart des gens massés autour du trône se mirent à trembler, mais le roi ne prêta aucune attention à leur peur, et le Tueur d'Imbéciles s'inclina à nouveau devant son maître et se retira.

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