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La Comtesse de Ségur

 

Je tiens à rendre hommage à une grande dame qui a bercé mon enfance, la Comtesse de Ségur. Particulièrement avec ses Nouveaux Contes de Fées. J'avais lu ses autres livres ; les malheurs de Sophie, un bon petit diable etc. je n'ai pas honte de le dire, ces lectures m'apportaient une évasion et je les adorais. Puis je me suis mis à adorer la Comtesse encore plus quand j'ai découvert ses Nouveaux Contes de Fées, je me suis retrouvé immergé dans un univers différent, complètement différent de ceux que j'avais déjà exploré avec d'autres livres. Là, il s'agissait d'un univers enchanté peuplé de princes, de princesses, de fées, de lutins, de sorcières et de créatures plus extraordinaires les unes que les autres où le bien régnait en maître absolu, les méchants étaient toujours punis et les bons récompensés, et ces récits avaient toujours lieu dans un cadre paradisiaque d'où la laideur était bannie.

Plus tard, quand j'ai découvert Lyman Frank Baum je me suis aperçu que ses histoires ressemblaient beaucoup à celles de la Comtesse de Ségur, à croire que leurs deux âmes ont visité les mêmes régions de l'imaginaire, ou tout au moins, des régions voisines.

Sophie Rostopchine, Comtesse de Ségur (selon l’onomastique russe Sofia Fiodorovna Rostoptchina, cyrillique : Софья Фёдоровна Ростопчина), née le 1er août 1799 (le 19 juillet du calendrier julien alors en vigueur en Russie) à Saint-Pétersbourg, morte le 9 février 1874 à Paris, est une femme de lettres française d’origine russe.

Elle est issue d’une grande famille noble russe dont la généalogie remonte aux khans mongols de la Horde d’or et à la famille de Genghis Khan.


Son père est le comte Fiodor Rostopchine (1763-1826), qui a été lieutenant-général d’infanterie, ministre des Affaires étrangères du tsar Paul Ier (parrain de Sophie), puis gouverneur général de Moscou. Sa mère est la Comtesse Catherine Protassova, ancienne demoiselle d’honneur de Catherine II. Sophie est la troisième enfant du couple.

Elle passe son enfance dans le domaine de Voronovo près de Moscou, propriété de 45 000 ha où travaillent 4 000 serfs, où Fédor Rostopchine fait venir des agronomes écossais.

Elle reçoit l’éducation des enfants de l’aristocratie russe, qui privilégie l’apprentissage des langues étrangères, du français en premier lieu. Adulte, elle sera une polyglotte, maîtrisant cinq langues.

C’est aussi une petite fille turbulente, souvent punie par ses parents et houspillée par sa mère. Influencée par Joseph de Maistre, ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne auprès du tsar, et par les Jésuites, la Comtesse Rostopchine se convertit de l’orthodoxie au catholicisme. Sophie, depuis l’âge de treize ans, est élevée dans la religion catholique, contre l’avis de son père resté orthodoxe.

En 1812, lors de l’invasion de la Russie par la Grande Armée, son père est gouverneur de Moscou. Il lance des pamphlets contre Napoléon, fait évacuer les pompes à incendie et libère des prisonniers avec la mission de mettre le feu chacun à un quartier. L’incendie de Moscou qui en résulte, qui fera dire à Sophie : « J'ai vu comme une aurore boréale sur la ville », contraint Napoléon à une retraite désastreuse. La réussite de ce plan entraîne cependant l’hostilité de ceux qui ont perdu leur habitation, aristocrates comme commerçants, si bien que Fédor Rostopchine est disgracié par le tsar et préfère s’exiler, seul avec simplement un domestique, en Pologne en 1814, puis en Allemagne, en Italie et, enfin, en France en 1817. Dans tous ces pays, il est accueilli en héros, sauveur de la monarchie.

Il fait venir sa famille à Paris et c’est là que Sophie rencontre, à dix-neuf ans, Eugène de Ségur (1798-1869), petit-fils du maréchal de Ségur, qui fut ambassadeur de France en Russie. Il est le neveu du général Philippe de Ségur, aide de camp de Napoléon qui avait failli mourir dans l’incendie de Moscou. Le mariage, arrangé par Sophie Swetchine, une Russe elle aussi convertie au catholicisme, a lieu le 14 juillet 1819. L’année suivante, ses parents repartent pour la Russie.

Ce mariage d’amour est d’abord heureux, mais elle est par la suite délaissée par un époux volage qui la trompe notamment avec leur bonne. La situation d’Eugène, désargenté et désœuvré, ne s’améliore qu’en 1830, lorsqu’il est nommé pair de France. Il ne rend visite à sa femme qu’en de rares occasions, dans le château des Nouettes, à Aube (Orne), offert par Fédor Rostopchine à sa fille en 1822. Ils ont huit enfants dont Louis Gaston de Ségur, futur évêque. Eugène aurait surnommé son épouse « la mère Gigogne ». Préférant son château aux mondanités parisiennes, elle reporte toute son affection sur ses enfants et, plus tard, ses petits-enfants.

Polyglotte, parlant cinq langues, Sophie Rostopchine présente souvent un comportement hystérique, partiellement hérité de sa mère, mais peut-être dû à une maladie vénérienne transmise par son mari volage avec des crises de nerfs et de longues périodes de mutisme, l’obligeant à correspondre avec son entourage à l’aide de sa célèbre ardoise.

Le cas de la Comtesse de Ségur montre qu’une vocation très tardive peut être particulièrement réussie : elle a en effet écrit son premier livre à plus de cinquante ans.

La Comtesse de Ségur a commencé à se consacrer à la littérature en notant les contes qu’elle racontait à ses petits-enfants et en les regroupant pour former ce qui s’appelle aujourd’hui Les Nouveaux Contes de fées. L'on raconte que lors d’une réception, elle aurait lu quelques passages à son ami Louis Veuillot pour calmer l’atmosphère qui était devenue tendue. C’est ce dernier qui aurait fait publier l’œuvre chez Hachette.

D’autres historiens racontent qu’Eugène de Ségur, président de la Compagnie des Chemins de fer de l’Est, rencontrant Louis Hachette qui cherche alors de la littérature pour distraire les enfants, en vue d’une nouvelle collection de la « Bibliothèque des Chemins de Fer », lui aurait alors parlé des dons de sa femme et la lui aurait présentée quelque temps plus tard.

Elle signe son premier contrat en octobre 1855 pour seulement 1 000 francs. Le succès des Nouveaux Contes de Fées l’encourage à composer un ouvrage pour chacun de ses autres petits-enfants.

Eugène de Ségur accorde à Louis Hachette le monopole de la vente dans les gares de livres pour enfants. En 1860, Louis Hachette institue la collection de la Bibliothèque rose où sont désormais publiés les ouvrages de la Comtesse de Ségur.

Par la suite, celle-ci obtient que les droits d’auteur lui soient directement versés et discute plus fermement de ses droits d’auteur lorsque son mari lui coupe les fonds.

En 1866, elle devient tertiaire franciscaine, sous le nom de Sœur Marie-Françoise, mais continue à écrire. Son veuvage et l’effondrement consécutif des ventes de ses livres l’obligent à vendre Les Nouettes en 1872 et à se retirer à Paris, au 27, rue Casimir-Perier, à partir de 1873.

Elle meurt à cette adresse à soixante-quinze ans, entourée de ses enfants et petits-enfants. Elle est inhumée à Pluneret (Morbihan), près de son avant-dernière fille Henriette, épouse du sénateur Fresneau habitant le château de Kermadio. Au chevet de sa tombe, une croix en granit, où est inscrit : « Dieu et mes enfants ». Son cœur, embaumé, est déposé dans l’avant-chœur de la chapelle du couvent (ou monastère) de la Visitation, au 110 rue de Vaugirard, où était morte sa fille Sabine de Ségur, elle aussi entrée en religion.

Plusieurs autres aspects de son œuvre décrivent des particularités qui ne concernent plus qu’une infime minorité des Français d’aujourd’hui : par exemple, le vouvoiement des parents, la présence et le statut des domestiques. D’autres sont obsolètes : les traitements médicaux tels que l’usage abusif des saignées, les cataplasmes « saupoudrés de camphre » (Les Petites Filles modèles), l’eau de gomme fraîche, l’eau salée contre la rage, et ainsi de suite. Le réalisme dans la représentation du quotidien et de ses détails a valu à la Comtesse de Ségur d’être appelée « le Balzac des enfants » par Marcelle Tinayre.

Ses œuvres présentent, par certains personnages, des caractéristiques caricaturales et stéréotypées des mœurs de divers peuples, tels que l’aristocratie française se les figurait : Écossais avares et sordides, Arabes méchants et sabreurs, Polonais buveurs et crasseux, Valaques et Tsiganes voleurs et fourbes, Russes violents knoutant leurs femmes, serfs et bonnes, et ainsi de suite, mais on lui pardonne, à son époque, même les meilleurs avaient des préjugés que l'on trouverait révoltants à la notre, aucun artiste n'était vraiment exempt de ce défaut.

Voir aussi :

Les fées dans les œuvres de Baum

Fee

Généralement, le public français nourri aux contes de Perrault se représente une fée comme un personnage systématiquement, ou quasi systématiquement féminin. Cependant, dans les livres de Baum, et bien souvent dans la littérature anglo-saxonne, le mot Fée peut désigner un personnage féminin autant qu'un personnage masculin. Le mot fées désigne des êtres immortels dotés de pouvoirs magiques en général.

Ainsi, dans « Les aventures de Tik-Tok  », Tititi-Hoochoo ou Tubelin, qui sont des hommes, sont qualifiés de Fées, tout comme Erma ou Polychrome qui est une Fée Céleste. Si Tititi-Hoochoo règne sur une des  résidences principales des Fées, aux antipodes du Royaume des Gnomes, c’est Lurline qui est la Reine de toutes les Fées.

Dans les versions originales des livres de Baum, quand il est question des pays du Continent Nonestique ou celui de Tititi-Hoochoo qui se trouve aux antipodes, c’est le terme fairy qui est utilisé ; fairy country que je traduis par pays enchanté. Dans certaines histoires, les habitants d’Oz sont qualifiés de fairy people, bien qu’une distinction soit faite entre de véritables fées comme Lurline, Polychrome ou Ozga, bien qu’elle ait cessé d’être une fée quand elle fut chassée de son Royaume des Roses, et les habitants ordinaires du Pays d’Oz qui sont fairy sans être des fées. 

On peut en induire que, dans les pays du Continent Nonestique, les habitants ont une nature féérique sans pour autant être de véritables fées, c‘est cette nature féérique qui les rend immortels, et qui fait qu‘ils restent vivants même s‘ils sont découpés en morceaux, car on peut toujours les recoller avec de la Colle à Chair.

Ozma semble être considérée comme une véritable Fée. Dans Glinda of Oz, Baum affirme qu’Ozma n‘est autre que la Fée à qui Lurline a laissé la garde du Pays d‘Oz après l‘avoir transformé en pays enchanté.

Ozma

Les Fées du Pays de Tititi-Hoochoo, comme Tubelin ou Erma et Tititi-Hoochoo lui-même semblent être des Fées d’une autre sorte que Lurline, Ozma ou Polychrome. Ils sont tous des rois et reines Fées qui pourvoient aux besoins de l’humanité, chacun d’eux est en charge d’un domaine particulier, il y a Erma qui règne sur la lumière, Tubelin chargé de surveiller le Grand Tube ou le Roi des Animaux brièvement mentionné et qui héberge Hank lors de son séjour dans le pays.

Poly

Ils se ressemblent tous ; les cheveux noirs bouclés, les yeux bleus, le visage inexpressif, tous vêtus de robes rouges sans manches descendant jusqu’aux genoux et la tête du Dragon Originel brodée sur la poitrine. Il n’y a que Tititi-Hoochoo, leur dirigeant qui se distingue d’eux avec ses yeux noirs et sa robe blanche.

Tititi

Il n’est pas roi, c’est-à-dire qu’il n’a pas de devoir ni d’engagement envers l’humanité, mais il n‘est pas non plus pourvu de cœur, ce qui le prive de sentiments et d‘émotions. Il a été choisi comme chef pour son sens exceptionnel de la justice, ses sentences sont toujours justes, et les punitions qu’il inflige sont toujours proportionnelles aux fautes commises.
 

Groucho Marx à Mo

En Octobre 1960, la chaîne NBC voulut raviver l'intérêt du public pour le roman de L. F. Baum, le Monarque Magique de Mo, elle cherchait alors un sponsor pour créer une version TV avec Groucho Marx.

Peu avant, Groucho avait connu un grand succès avec sa version TV du Mikado de Gilbert & Sullivan, et la chaîne sentait que c'était le bon moment pour mettre une histoire d'une heure en scène. Avec la longue liste de succès des Marx Brothers et celui de Groucho avec sa participation au jeu télévisuel You Bet Your Life, le projet avait toutes les chances de réussir.

Un appel fut lancé pour sponsoriser le projet de Monarque Magique, pour 200 000 $, vous pouviez devenir le sponsor d'une émission d'une heure. Un nombre de points intéressants fut mis en valeur, comme le succès du Magicien d'Oz qui avait alors été diffusé deux fois à la télévision, et l'important score d'audience enregistré pour d'autres adaptations de contes comme Peter Pan, Cendrillon et Pinocchio. De plus, le Q-rating (une échelle de mesure de popularité d'un artiste) de Groucho était très élevé, avec 93% d'audience.

À l'époque, Shirley Temple qui avait la trentaine animait une émission TV où elle adaptait des contes pour enfants, elle s'appelait : Shirley Temple's Storybook et avait connu un grand succès, elle était produite par Henry Jaffe Enterprises qui se proposait de produire Mo.

Le script original était co-écrit par Frank Gabrielson, Robert Dwan, Gore Vidal et Joseph Schrank.  Gabrielson avait déjà adapté le Merveilleux Pays d'Oz pour Shirley Temple, en cas de succès, il était prévu d'en faire une série régulière et durable.

L'histoire devait être interprétée par Groucho Marx, qui allait se retrouver transporté dans le paradis mythique créé par Baum et qu'il avait déjà adapté à sa personnalité en imaginant des arbres à cigares, des plantations de billets de banque et de belles blondes.

Mais le projet, hélas, n'aboutit jamais.

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Groucho mo fixed

Voir : le Monarque Magique de Mo

Billina, la Poule Jaune

Billina est une Poule Jaune, bavarde et pleine de cran, elle a une voix pointue et criarde. Quand elle pond un œuf, elle est fière et elle le fait savoir par un chant discordant.

Elle vit dans un poulailler qui se trouve dans les jardins royaux du Palais de la Cité d’Émeraude, il est construit de marbre et les perchoirs sont en argent. Billina l’entretient elle-même avec beaucoup de soin, l’intérieur est propre et bien rangé.

Ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants vivent dans une basse-cour non loin, et Billina est reconnue comme Reine et Gouvernante de toutes les volailles du Pays d’Oz.

Billina, qui a été élevée dans une ferme aux États-Unis, s’appelait Bill, quand elle n’était encore qu’un poussin, on ne savait pas encore si ce serait une poule ou un coq.

Dorothée Gale avec son Oncle Henry partirent un jour en voyage pour l’Australie. Bill se trouvait à bord de leur bateau dans une cage à poule avec plusieurs dizaines de ses congénères. Il y eut une tempête et Dorothée fut précipitée par-dessus bord, ainsi que les poules en cages. Dorothée parvint à sauver Bill, mais les autres périrent noyées. Elle monta sur une épave et dériva avec la petite bête vers les côtes du Pays d’Ev (voir cartes), c’est là que Bill s’aperçut qu’elle pouvait parler. Dorothée changea alors son nom en ajoutant « ina » à la fin pour faire joli.

Au Pays d’Ev, Dorothée et Billina furent confrontées aux Rouleurs, des créatures qui ne sont pas vraiment méchantes, mais qui sont très agressives et désagréables, elle fit connaissance de Tik-Tok, qu’elle trouva caché dans un rocher, où le Roi Evo l’avait enfermé avant de se jeter dans l’Océan Nonestique. La Princesse Langwidere les enferma dans une tour, Ozma vint les délivrer, puis ils furent confrontés à Roquat (que l’on connaitrait plus tard sous le nom de Ruggedo) et à son peuple de Gnomes. Mais ils furent rapidement défaits grâce à Billina et ses œufs, qui sont un poison mortel pour les gnomes.

Plus tard, Ozma renvoya Dorothée auprès de son Oncle Henry qui se mourait d’inquiétude, quant à Tik-Tok et Billina, ils s’installèrent définitivement à Oz.

Billina donna naissance à beaucoup de poussins (de père inconnu), et elle appela chacun d’eux Dorothée, en hommage à son amie. Lorsque certains de ses poussins devenaient « d’horribles coqs », elle les renommait Daniel.

Cartes

Baum et le chaînon manquant

Du temps de L. F. Baum, le concept de chaînon manquant était très à la mode ; il a germé au milieu du 19e siècle, à l'époque où Charles Darwin a publié De l'origine des espèces (1859).

L'idée qu'il doit exister quelque part des restes fossilisés d'une espèce d'homme-singe a fasciné nombre d'écrivains qui ont exploité le thème, comme Edgar Rice Burroughs, J.-H. Rosny Aîné ou Jack London, et dans les milieux scientifiques, elle a perduré jusqu'au XXe siècle .

Le concept du chaînon manquant s'est développé alors que les évolutionnistes pensaient que l'évolution d’une espèce était essentiellement linéaire, une espèce primitive donnant progressivement naissance à l'espèce évoluée présente de nos jours.

Le chaînon manquant désignait alors l'ancêtre qui rattachait cette lignée à l'espèce primitive dont elle s'était séparée.

On sait désormais que l'évolution se fait par buissonnement de multiples espèces dont seules quelques-unes ont eu une descendance qui subsiste aujourd'hui. Les formes fossiles foisonnent donc aussi, sans toutefois faire partie, le plus souvent, d'une lignée linéaire entre une espèce actuelle et son ancêtre primitif.

En fait, l'idée de chaînon manquant existait depuis longtemps, elle était alors liée à un concept philosophique ancien, celui de la grande chaîne (ou la grande échelle) des êtres, qui plaçait Dieu, le Créateur universel, au sommet de tout, en commençant par divers purs esprits, pour passer ensuite, en succession descendante, à l'Homme.

Le Monarque Magique de Mo, chapitre 12

Les singes dans le Monarque Magique de Mo

En français, on désigne sous le nom de singes tous les primates, du chimpanzé au ouistiti en passant par le macaque et le mandrill, tandis que l'anglais distingue les grands singes qui n'ont pas de queue qu'ils appellent apes et les autres, qui sont plus généralement plus petits, moins intelligents et ont une queue qu'ils appellent monkeys.

Quand vous discutez avec un anglophone, si vous parlez de singes, votre interlocuteur ne se représentera pas la même chose suivant que vous lui parliez de monkeys ou de apes. Ainsi, le film américain inspiré du roman de Pierre Boulle la planète des singes, n'a pas pour titre original the planet of the monkeys mais the planet of the apes.

Comme le chapitre 12 du Monarque Magique s'intitule The Land of the Civilized Monkeys, on ne peut pas s'y tromper, Baum ne pense pas à des hominoïdes comme les chimpanzés ou des gorilles, mais bien à l'autre sorte de singes comme les ousititis.

Le Monarque Magique de Mo

J'en arrive aux trois-quart de la traduction de Dot et Tot au Pays Joyeux que déjà, j'ai de nouveaux projets, dès que j'aurai fini, j'entamerai la traduction d'un livre de Baum très connu aux États Unis, mais qui l'est beaucoup moins chez nous, voire pas du tout. C'est pourquoi je compte vous le faire découvrir, il s'agit du Monarque Magique de Mo, (The Magical Monarch of Mo), le titre entier est : Les surprenantes aventures du Monarque Magique de Mo et de son peuple ( The Surprising Adventures of the Magical Monarch of Mo and His People). Même si c'est un livre classique de Baum dans la veine du Magicien d'Oz et de Dot et Tot, il en est assez différent, il se situe plutôt dans la tradition du nonsense anglo-saxon que l'on retrouve dans les comptines des Nursery Rhymes par exemple, mais aussi dans des œuvres comme Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll. Je ne vous en dit pas plus pour l'instant, à bientôt

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Traduire Baum

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De tous les auteurs anglo-saxons, Lyman Frank Baum (1856 - 1919) n'est pas le plus difficile à traduire, mais il n'est pas non plus le plus facile. À priori, pour un français relativement bien éduqué comme moi, son anglais est assez abordable, vu qu'il s'adressait essentiellement à des enfants. Essentiellement, mais pas exclusivement.
Cela fait plus de dix ans que je fréquente L. F. Baum, avec des périodes où nous nous sommes perdus de vue et d'autres où nous nous sommes retrouvés. Pour le traduire, il m'a fallu m'imprégner de sa personnalité, je finis par le considérer comme un vieil ami, il me parle souvent de lui et de son époque à travers ses histoires.

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En fait, je le traduis moins que je ne l'interpréte, le terme me semble plus approprié, en effet, j'ai le sentiment d'interpréter Baum comme un musicien interprète Mozart. D'ailleurs, le célèbre adage tradutore traditore n'est pas forcément vrai, il arrive parfois qu'on trahisse moins un auteur en reformulant sa pensée qu'en traduisant fidèlement les mots de ses phrases.
En anglais, on trouve souvent des répétitions et des redondances qui sont correctes dans cette langue mais ne le sont pas si on les rend telles quelles en français. Il y a aussi des expressions idiomatiques qui n'ont aucun sens si on les traduit mot à mot, on est obligé de trouver un équivalent compréhensible.

Catsndogs

Le plus célébre exemple est l'expression : it rains cats and dogs, littéralement : "il pleut des chats et des chiens", dans un cas semblable, si on veut être cohérent, il vaut mieux remplacer "il pleut des chats et des chiens" par : "il pleut des cordes", çà parle mieux à un public francophone.

Cordes

Un autre exemple que j'affectionne particulièrement, c'est dans le film The Mask (1994), à un moment, un policier interpelle Jim Carrey en lui criant : Freeze ! et aussitôt, Jim Carey se congèle sur place avec des stalactites qui pendent de son corps. To freeze, çà veut dire geler, mais de nos jours, en anglais américain populaire, on le dit dans le sens de stop ! arrêtez vous immédiatement ou plus un geste ! Là non plus ce n'est pas évident à rendre en français, les traducteurs ont fait une pirouette verbale en rendant par quelque chose comme je vais te geler sur place.

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Une des grandes difficultés du traducteur, ce sont les calembours et les jeux de mots, et chez Baum, il y en a beaucoup, par exemple, dans la Fille en Patchwork, une guerre a éclaté entre deux peuples suite à une plaisanterie. Il s'agit des Cornus, qui ont une corne sur le front et des Sauteurs qui n'ont qu'une seule jambe et se déplacent en sautant.
Un Cornu a fait un jeu de mots à propos des Sauteurs en disant qu'ils avaient une mauvaise compréhension du fait de leur jambe unique, totalement  intraduisible en français, car ce jeu de mot est basé sur le mot understanding en anglais, qui veut dire compréhension, mais qui détaché en under et standing peut se comprendre comme soutien du dessous (under : dessous et standing : maintien, station debout). Je ne sais pas si les éditions du Cherche-Midi ont déjà traduit ce roman, mais je me demande comment ils résoudront ce passage, peut être inventeront ils un autre jeu de mot, ou alors ils auront recours à une solution plus radicale.

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Arthur C. Clark - The Song of Distant Earth

Comme le traducteur des Chants de la Terre Lointaine (The songs of distant earth) d'Arthur C. Clarke (1917 - 2008) : à un moment de l'histoire, il est question d'un philosophe, fictif, bien sûr, appellé Gödel. Vraisemblablement une synthèse entre Friedrich Nietzsche (1844 - 1900) et le mathématicien autrichien Kurt Gödel (1906 - 1978). Ce philosophe du futur a élaboré une preuve de la non-existence de Dieu grâce à des axiomes mathématiques.

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Friedrich Nietzsche et Kurt Gödel

Ses théories connaissent alors un succès phénoménal, et ses disciples ont pris l'habitude de marquer sur les murs des universités : Gödel a effacé Dieu, en anglais : Gödel deleted God  noté ainsi : Gödel ∆ God avec la lettre grecque  (delta) qui forme une prononciation approximative de deleted
En contrepartie, les opposants à Gödel, qui croient toujours en Dieu et réfutent ses théories, marquent à leur tour de la même façon : God ∆ Gödel ; Dieu a effacé Gödel. En effet, à l'époque où se situe le récit, Gödel est mort depuis quelques temps.

Ceci n'est pas sans rappeller le célèbre Dieu est mort - signé Nietszche et Nietszche est mort - signé Dieu que l'on voyait naguère sur les murs de nos universités.

Dieu est mort

Par curiosité, après avoir lu la version originale, j'ai regardé la version française pour voir comment s'en était sorti le traducteur, il ne s'était pas compliqué l'existence, il avait purement et simplement supprimé ce passage qui, à vrai dire, n'avait pas une importance capitale pour la compréhension du récit.

Par contre, quand on tombe sur ce type de passage et qu'on ne peut pas l'esquiver, au risque de dénaturer l'histoire, c'est plus délicat. prenons par exemple Ruth Plumly Thompson dans le Livre Royal d'Oz, 15e de la série des 40 livres canoniques, il est question de l'A B Sea Serpent, le Serpent ABC, son corps est formé de cubes avec les lettres de l'alphabet, il a une tête de serpent est sa langue est constituée d'un mètre en ruban. Ce serpent de mer particulier est là pour apprendre à lire et à compter aux enfants sirènes, le nom A B Sea Serpent joue sur la série de l'alphabet A B C (prononcés à l'anglaise : eille, bi, si) et sur les mots anglais Sea : mer et serpent ; le serpent de mer ABC, se serait laborieux de rendre çà dans une traduction.

A b sea serpent

De plus, cet A B Sea Serpent a un ami : le Rattlesnake (je n'ai pas trouvé d'illustration le représentant, dommage), que l'on traduit habituellement serpent à sonnette, surtout dans les westerns, mais là, il ne s'agit pas de çà. Il faut prendre rattle dans le sens de hochet pour bébé, il s'agit d'un serpent constitué de hochets qui est là pour distraire les enfants sirènes. En fin de compte c'est un peu çà, un vrai serpent à sonnette, la traduction est erronée dès le départ, puisque ce qu'il porte au bout de la queue ressemble plus à un hochet pour bébé qu'à une sonnette, la traduction exacte serait plutôt serpent à hochet, enfin bref...
Je souhaite bien du plaisir au éditions du Cherche-Midi s'ils comptent s'attaquer un jour à ce livre et affronteront ce passage, car on ne peut pas faire comme avec le passage sur Gödel dans le bouquin de Clarke, si on le supprime, çà risque de faire perdre toute sa cohérence à l'histoire, il leur faudra trouver autre chose, ou alors occulter le jeu de mot et continuer à raconter l'histoire comme si de rien n'était.

A b sea serpent 1

Vous comprendrez à quel point c'est difficile de traduire un bouquin, quand je le lis, c'est différent, car je me débrouille assez bien en anglais, par contre, quand je dois restituer le texte en français de manière à ce que ce soit compréhensible de tous, je dois ruser, je dois recombiner les phrases, parfois même, je dois réécrire le passage en termes différents de ceux de l'auteur pour restituer plus fidèlement sa pensée, c'est paradoxal, je le sais, mais on ne peut pas l'éviter.

Ou alors çà donne une traduction lourde et indigeste comme on en voit souvent maintenant, surtout celles qui viennent d'un faux ami du genre to quit ; je dois dire que çà me tape sur les nerfs quand je vois une affiche en français disant : quittez la cigarette, parce que les traducteurs se sont basés sur une campagne en anglais où ils ont lu to quit cigarette., alors bêtement, ils ont rendu to quit par quitter, les sots ! To quit ne veut pas dire quitter, c'est pour celà qu'on appelle ce genre de mot un faux ami, to quit, çà veut dire cesser, arrêter de faire quelque chose, une bonne traduction serait arrêtez la cigarette, tout simplement, mais quitter la cigarette, çà fait plus anglo-saxon, çà  fait plus chic, même si c'est bancal.

Bon, j'arrête là, je pourrais m'étendre sur ce sujet des pages durant, mais là n'est pas l'objet de ce site, il est plutôt de vous distraire et vous apporter un peu de bonheur.

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