Le Monarque Magique de Mo

Le Magicien et la Princesse

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Dans les profondeurs des montagnes qui entouraient la Vallée de Mo, un méchant Magicien vivait dans une grotte de rubis. Elle se trouvait des mètres et des mètres sous terre, complètement isolée du reste du monde, il n'y avait qu'un seul passage vers l'extérieur, auquel on accédait par un dangereux dédale de cavernes et de tunnels débouchant au sommet de la plus haute montagne. Ainsi, afin de sortir de sa grotte, le Magicien était obligé d'aller jusqu'au sommet de cette montagne, et de là, descendre vers le monde extérieur.

Le Magicien vivait tout seul, mais il n'en avait cure, car ses pensées étaient toujours occupées par ses livres et ses études, et il se montrait rarement à la surface de la terre. Mais quand il sortait, tout le monde se moquait de lui, car ce puissant magicien n'était pas plus haut que mon genou, et il était très vieux et tout ridé, c'est pourquoi, à côté d'un homme ordinaire il avait l'air comique.

Le Magicien était pratiquement aussi sensible qu'il était méchant, il regrettait de ne pas être aussi grand que les autres, les rires qui l'accueillaient toujours le mettaient en colère.

Enfin, il se détermina à trouver un charme magique qui le ferait grandir. Il s'enferma dans sa grotte et se mit à chercher minutieusement dans ses livres jusqu'à ce que, finalement, il trouva une formule, recommandée par un magicien mort depuis longtemps, assurée de faire grandir quelqu'un d'une trentaine de centimètres par jour aussi longtemps que l'on prenait une dose quotidienne.

La plupart des ingrédients étaient faciles à trouver, tel que des foies d'araignées, de l'huile de kérosène et une dent de canari, à mélanger et faire bouillir dans un chaudron. Mais le dernier ingrédient de la recette était tellement inhabituel que le Magicien s'en gratta la tête avec perplexité.

Il s'agissait du gros orteil d'une jeune et belle princesse.

Le Magicien réfléchit sur ce problème pendant trois jours, mais il ne connaissait aucune jeune et belle princesse qui accepterait de lui céder son gros orteil, même si cela pouvait le rendre aussi grand qu'il le souhaitait.

Comme on ne pouvait pas obtenir ce genre de chose honnêtement, le Méchant Magicien se résolut à la voler. Alors il traversa de nombreuses cavernes et passages et se rendit au sommet de la montagne. Debout sur un rocher, il plaça une main sur son menton, l'autre sur sa nuque et se mit à réciter l'incantation suivante :

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Allons
Prenons le gros orteil
D'une petite princesse
Pour devenir grand
Changeons nous donc
En un Corbeau !

À peine eut il prononcé ces mots qu'il se changea en Corbeau Noir, il s'envola dans la Vallée de Mo, et alla se cacher dans un grand arbre qui poussait près du palais du Roi.

Ce matin là, alors que la Princesse Truella faisait la grasse matinée, avec un de ses petits pieds menus et tout roses qui dépassait de sous une couverture, soudain, un Corbeau Noir pénétra par la fenêtre à grand battement d'ailes, lui arracha le gros orteil et s'envola au loin avec.

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La Princesse se réveilla avec un hurlement, et elle fut horrifiée en voyant son joli petit pied dégradé par la perte d'un de ses doigts. Quand le Roi, la Reine, les Princes et les Princesses entendirent ses cris, ils arrivèrent en courant pour voir ce qui se passait et ils furent tous indignés de cet acte barbare.

Ils eurent beau faire toutes les recherches possibles, nulle part ils ne trouvèrent l'audacieux Corbeau Noir ni l'orteil de la Princesse, la cour entière était plongée dans le désespoir.

Finalement, Timtom, qui était maintenant Prince, suggéra à Truella de demander l'assistance de la sorcière Maëtta, qui l'avait aidé quand il était lui-même en difficulté. La Princesse trouva l'idée bonne et décida de se rendre au château.

Elle siffla pour appeler sa Cigogne préférée, et aussitôt, le grand oiseau vint se poser à ses côtés. Elle était d'un blanc éclatant et d'une taille extraordinaire. Une fois qu'elle fut sellée, la Princesse embrassa son père et sa mère pour leur dire au revoir et s'installa sur le dos de l'animal qui s'éleva aussitôt dans les airs et s'envola en direction du château de Maëtta.

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Par cet agréable moyen de locomotion, haut dans le ciel, la Princesse franchit la Rivière d'Aiguilles, le gouffre profond et le bois dangereux et se posa enfin devant les grilles du château.

Très cordialement, Maëtta souhaita la bienvenue à la jolie Princesse, puis, quand elle eut entendu le récit de sa mésaventure, elle accepta aussitôt de l'aider. La sorcière consulta son Oracle, qui lui disait toujours exactement ce qu'elle voulait savoir, et il lui dit :

« Votre orteil est en possession du Méchant Magicien qui vit dans la grotte de rubis sous les montagnes. Pour le récupérer, vous devrez aller le chercher vous-même, mais je vous préviens que le Magicien vous empêchera par tous les moyens de le retrouver et de lui reprendre. »

« Mon dieu ! » s'exclama Truella, « j'ai bien peur de ne jamais pouvoir reprendre mon orteil à cet affreux bonhomme. »

« Gardez courage et faites moi confiance, » répondit Maëtta, « car je pense que mes pouvoirs sont plus grands que les siens. Je vais vous donner les armes nécessaires pour venir à bout de lui. Voici un parapluie magique, et dans ce panier que vous devrez porter à votre bras, vous trouverez une boule de mastic, une boule d'acier, un miroir, un paquet de chewing-gums et un voile magique, tout cela vous sera très utile.Voici également une dague ailée, avec laquelle vous devrez vous protéger s'il tente de vous blesser. Avec ces armes enchantées et un cœur vaillant, je sais que vous parviendrez à vos fins. Embrassez moi donc, mon enfant, et metez vous en route. »

Truella remercia la gentille sorcière, elle s'installa sur la selle de la Cigogne prit son envol vers la haute montagne où résidait le Méchant Magicien.

Mais le méchant homme la vit arriver de loin grâce à sa magie noire, il envoya contre elle un vent si violent qu'elle fut presque immobilisée dans les airs, incapable de progresser plus avant. Malgré ses ailes immenses et sa force remarquable, le courageux oiseau ne se rapprochait pas d'un pouce.

En voyant cela, Truella ouvrit le parapluie et le tint devant la Cigogne, ainsi, protégée du vent, elle put voler librement et se poser sur la montagne.

La Princesse posa pied à terre, et en regardant dans le trou qui se trouvait au sommet, elle vit un escalier menant tout au fond.

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Prenant son panier sous le bras, comme cela lui avait été recommandé, Truella descendit résolument les marches qui la menèrent à une porte. Mais elle eut recula d'effroi, car un grand serpent se trouvait devant, il faisait presque un kilomètre de long, de la grosseur d'un tronc d'arbre, et il commençait à dérouler ses anneaux.

La jeune fille n'avait guère le choix, elle devait affronter cette terrible créature d'une manière ou d'une autre, aussi, au moment où le serpent dressait la tête pour la mordre, elle fouilla dans le panier, trouva la boule de mastic et la jeta dans sa gueule. La créature referma les mâchoires si soudainement que ses dents restèrent collées dans le mastic, et cela le rendit furieux, il se mit alors à se tortiller dans tous les sens, tant et si bien qu'il se retrouva solidement noué sur lui-même, incapable de bouger.

Voyant qu'il n'y avait plus de danger, la Princesse franchit la porte et se retrouva dans une grande caverne faiblement éclairée. Le temps qu'elle s'arrête, pour que ses yeux s'habituent à la pénombre, elle entendit un léger bruissement, l'instant d'après, une vieille femme hideuse s'avança vers elle, elle était toute voûtée et tordue, avec un visage ridé et des yeux noirs perçants.

Elle n'avait qu'une seule dent, mais elle était énorme, presque aussi grande qu'une défense d'éléphant, elle dépassait de sa bouche en se recourbant jusqu'en dessous de son menton, où elle se terminait en une pointe acérée. Quant à ses ongles, ils faisaient une trentaine de centimètres de long, et il étaient, eux aussi, pointus et solides.

« Que fais tu ici ? » demanda la vieille femme d'une voix rauque en remuant ses ongles horribles comme si elle s'apprêtait à arracher les yeux de Truella.

« Je suis venue voir le Magicien, » dit calmement la Princesse, « et si vous m'autorisez à passer, je vous offrirai un délicieux chewing-gum pour vous remercier. »

« Du chewing-gum ! » s'écria la vieille femme d'une voix éraillée, « qu'est ce donc ? »

« C'est une friandise dont raffollent les dames, » répondit Truella en sortant le paquet de son panier, « c'est cela. »
La vieille femme hésita un moment, puis elle dit :

« D'accord, je veux bien essayer ce chewing-gum et voir si c'est bon, après tout, j'aurai tout le temps pour t'arracher les yeux après. »

Elle mit le chewing-gum dans sa bouche et voulut le mâcher, mais en refermant ses mâchoires, la grande défense se planta dans son cou et ressortit par sa nuque. La vilaine harpie poussa un cri et tenta de retirer la défense avec ses mains, mais dans la précipitation, elle s'arracha les yeux avec ses ongles et ne pouvait plus voir où se trouvait la Princesse.

Truella traversa la caverne en courant et atteignit une porte, elle y frappa et elle s'ouvrit aussitôt, et devant elle il y avait une autre caverne, celle ci était bien éclairée, mais elle était pleine de couteaux et de dagues qui volaient dans tous les sens.

Il était impossible d'entrer, car la Princesse comprenais qu'elle aurait aussitôt été transpercée par des dizaines de dagues. Elle hésita un moment, ne sachant que faire, puis elle se rappela son panier, elle en sortit la boule d'acier qu'elle lança au centre de la Caverne des Dagues.

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Les dangereuses armes se mirent immédiatement à frapper la boule, et dès qu'elle la touchaient, elles se brisaient et tombaient sur le sol. Très vite, tous les couteaux et toutes les dagues étaient esquintées au contact de l'acier, et Truella put traverser la caverne en toute sûreté et parvint à un autre escalier qui s'enfonçait jusqu'à une autre caverne où elle se retrouva face à un horrible monstre.

Il avait le corps d'un zèbre, les pattes d'un rhinocéros, le cou d'une girafe, la tête d'un bulldog et trois queues au long poil ondulé. Le monstre se mit aussitôt à gronder et coura vers elle, montrant ses terribles dents et fouettant l'air de ses trois queues.

La Princesse sortit le miroir de son panier et, alors que la créature s'approchait d'elle, elle brandit la surface scintillante devant ses yeux. Elle jeta un regard dans le miroir et tomba sans vie à ses pieds, en voyant son reflet elle tomba raide morte de peur.

 

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Après avoir traversé plusieurs autres cavernes et descendu un long escalier, Truella se retrouva devant une autre porte, sur laquelle se trouvait une plaque disant :

A. MAGICIEN, Esq.*
Bureaux ouverts
de10h 45
à 11h moins le quart.

Sachant qu'elle venait d'atteindre l'antre du Magicien qui lui avait volé son gros orteil, la Princesse frappa courageusement à la porte.

« Entrez ! » répondit une voix.

Truella obéit, et elle se retrouva dans une grande caverne aux parois recouvertes de rubis, et dans chaque recoin il y avait de grosses ampoules électriques dont la lumière emplissait la pièce d'une teinte rouge en se reflétant sur les rubis. Dans un coin, le Magicien en personne était assis à son bureau, quand la Princesse entra, il leva la tête, et en la voyant, il s'exclama :

« Quoi ? C'est vous ? Je ne m'attendais pas du tout à voir. Comment avez vous réussi à éviter les gardiens que j'ai placés dans les cavernes et les passages pour éviter votre venue ? » 

« Oh, çà n'a pas été très difficile, » répondit Truella, « sachez que je suis protégée par un pouvoir plus grand que le vôtre. »

Cela contraria très fort le Magicien, car il avait conscience que c'était vrai, et il n'y avait que par la ruse qu'il pouvait affronter la jolie Princesse. Cependant, il était résolu à ne pas restituer le gros orteil à moins d'y être contraint, car il en avait besoin pour compléter la formule.

« Que voulez-vous ? » demanda-t-il après un temps de réflexion.

« Je veux l'orteil que vous m'avez volé pendant mon sommeil. »

Sachant très bien qu'il était inutile de nier le vol, le Magicien répondit :

« Très bien, asseyez vous, je vais voir si je le trouve. »

Mais Truella craignait une traitrise de la part du petit homme, dès qu'il eut tourné le dos, elle prit le voile magique dans le panier et se le mit sur la tête. Aussitôt, il se déploya pour la recouvrir complètement de la tête aux pieds.

Le Magicien se dirigea vers un placard qu'il ouvrit, et tout en faisant semblant de chercher après l'orteil, il tourna soudainement un robinet caché sous une étagère.

Aussitôt, le tonerre se mit à gronder, il y eut des éclairs, et des gouttes de feu se mirent à tomber du plafond voûté de la caverne, de plus en plus intensément jusqu'à ce qu'une averse de gouttes brûlantes emplisse toute la pièce.

Elles tombaient en sifflant sur le voile de Truella sans le pénétrer, au contraire elles rebondissaient dessus et s'éparpillaient sur le sol rocailleux où elles s'éteignaient. Voyant celà, le Magicien poussa un soupir de déception, alors il ferma le robinet et la pluie de feu cessa.

« Veuillez m'excuser pour cet incident, » dit il, comme s'il n'y avait été pour rien, « je ne vais pas tarder à retrouver votre orteil, j'ai dû l'égarer quelque part. »

Mais Truella, se doutant qu'il préparait encore un mauvais coup, se tenait sur ses gardes. Elle le vit appuyer furtivement sur un bouton, aussitôt, un gouffre s'ouvrit dans le sol de la caverne, entre la Princesse et le Magicien.

Truella ne savait pas ce que çà signifiait, sur le moment, elle pensa que c'était simplement pour l'empêcher de traverser la pièce pour récupérer son orteil, mais elle s'aperçut bientôt que le gouffre s'étendait vers elle, lentement mais régulièrement, il allait bientôt atteindre l'endroit où elle se trouvait et elle tomberait dedans à coup sûr.

Face à un tel danger, la Princesse était morte de peur, elle essaya d'ouvrir la porte par laquelle elle était entrée, mais à son grand désarroi, elle était fermée à clés.

Elle se retourna vers le Magicien. Perché sur un haut tabouret, le petit homme se balançait imprudemment sur un pied en riant des malheurs de Truella. Il pensait avoir enfin trouvé un moyen de se débarrasser d'elle. La pauvre Princesse voyait le bord du gouffre s'approcher de plus en plus, et elle frémissait en contemplant sa vertigineuse profondeur.

Un vent glacial montait des profondeurs de l'abisse, ainsi que des rires moqueurs et des rugissements sauvages, comme si des esprits démoniaques s'apprêtaient à se saisir d'elle.

Alos qu'elle commençait à s'abandonner au désespoir, et que le bord du gouffre arrivait presque à ses pieds, Truella repensa à son poignard ailé, elle le sortit et le pointa vers son ennemi en disant :

Sauve moi de ce Magicien
Vole jusqu'à son cœur
Détruis son pouvoir et libère moi
Ainsi je te l'ordonne !

En un éclair, le poignard s'envola de sa main et alla frapper le Magicien en pleine poitrine. Avec un grand cri, il tomba dans le gouffre qui se referma aussitôt avec fracas. Alors, quand la roche eut cessé de trembler autour d'elle, la porte s'ouvrit, laissant à la Princesse la liberté d'aller où elle voulait.

Dans le placard du Magicien, soigneusement caché dans une petite boîte en ivoire, Truella finit par trouver son orteil qu'elle prit le temps de remettre en place, puis elle courut à travers les cavernes et remonta les escaliers jusqu'au sommet de la montagne.

Elle retrouva sa Cigogne l'attendait patiemment, elle l'enfourcha et retourna triomphalement au palais de son père.
Le Roi et la Reine étaient ravis d'entendre le récit de ses aventures, mais ils frémirent à l'évocation des périls qu'avait affronté leur fille adorée.

« Je pense, » dit la bonne Reine, « que çà ne vaut pas la peine de subir toutes ces épreuves pour récupérer un gros orteil. »
« Peut être, » répondit la Princesse, « mais un gros orteil est très utile pour danser, et en plus, j'ai réussi à nous débarrasser de ce Méchant Magicien, ce qui compense largement toutes les épreuves que j'ai subies. »

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*Esq.abréviation de Esquire, terme d'origine britannique (lui-même dérivé du moyen français  esquier, de l'ancien français escuyer, du latin vulgaire scutarius : porteur de bouclier.  Il s'agit d'un titre de respect non officiel utilisé pour dénoter un certain statut social.  Jusqu'au début du XXe siècle, il s'appliquait aux membres de la gentry qui ne possédaient aucun  titre de rang supérieur (la landed gentry, nom donné à la bonne société anglaise, et en  particulier à la noblesse non titrée, de bonne éducation avec "des valeurs". Les  membres de la gentry sont légalement des gentlemen, esquire, et peuvent recevoir des  décorations, titres de noblesses, héréditaires ou viagier (chevaliers, baronnets). Le titre Esquire et l'abréviation Esq. sont aujourd'hui conventionnellement employés aux États-Unis par les avocats et les  diplomates. Il se place systématiquement après le nom, par exemple : K.S. Smith, Esq.(Source : Wikipédia)..

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