Zixi, la Reine d'Ix - 11

La Reine-Sorcière

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Le Royaume du Noland n'était pas très loin du Royaume d'Ix. Si vous aviez suivi les pas de Quavo le ménestrel, vous auriez escaladé les pentes escarpées d'une chaine de montagnes, redescendu de l'autre côté, traversé une large rivière au courant rapide, cherché votre chemin dans une sombre forêt et enfin, vous seriez arrivé en vue de la grande cité.

Avant même d'y pénétrer, vous auriez aperçu les hautes tours de marbre du Palais de Zixi, et vous seriez arrêté pour l'admirer.

 


Quavo le ménestrel avait trainé sa harpe dans la cité de Nole, comme il avait de bons yeux, il avait vu beaucoup de choses à propos desquelles faire des chansons et rapporter des ragots, ainsi, il était assuré d'un accueil chaleureux à la cour de la Reine .

Ce soir là, il arriva au palais au crépuscule, et il fut convié au banquet qui allait commencer.

Une grande table occupait toute la longueur du hall central, elle était recouverte de vaisselle en or et en argent, contenant toutes sortes de viandes, de légumes et de fruits, ainsi que des buffets proposant une grande variété de friandises propres à flatter le palais.

La Reine Zixi se tenait à un bout de la table, sur un trône incrusté de joyaux, émanant une aura de charme et de beauté. Ses cheveux blonds étaient tels des fils d'or, elle avait de grands yeux noirs et sa peau était aussi blanche qu'un lys, à part ses joues légèrement teintées de rose.

Certes, elle était vraiment très belle, cependant, ses courtisans et ses domestiques la regardaient à peine, tant ils étaient habitués à la voir.

Ce soir là, certains hommes grisonnants étaient assis à la table, ils se rappelaient de la beauté de la Reine depuis leur enfance, et leurs pères et leurs grand pères leur avaient dit que la Reine était déjà aussi belle quand ils n'étaient eux-mêmes que des enfants. En fait, personne dans Ix n'avait entendu dire que le pays eut un jour été dirigé par quelqu'un d'autre que Zixi, dont la jeunesse restait inaltérable malgré les années, ce qui prouvait qu'elle n'était pas quelqu'un d'ordinaire.

Autant que je vous le dise, bien qu'elle ne parut pas avoir plus de seize ans, la Reine Zixi en avait en réalité six cent quatre vingt trois, elle était parvenue à prolonger sa vie grâce à la sorcellerie.

Ce n'était pas quelqu'un de mauvais pour autant, elle avait toujours dirigé son royaume avec sagesse et équité, et le peuple d'Ix n'avait pas de raison particulière de se plaindre d'elle. En temps de guerre, elle dirigeait son armée elle-même, revêtue d'une cotte de mailles et d'un heaume en or. En temps de paix, elle enseignait au peuple à semer le grain et à le récolter, ainsi qu'à fabriquer des choses utiles en métal et à construire des maisons solides et confortables. De plus, les impôts qu'elle prélevait étaient raisonnables.

Cependant, Zixi était plus crainte qu'aimée, car tout le monde gardait conscience qu'elle était une sorcière âgée de plusieurs centaines d'années, aussi aimable fut elle, on la traitait toujours avec le plus extrême respect, et l'on pesait prudemment ses mots avant de s'adresser à elle.

Tout près d'elle, de chaque côté de la table, se tenaient les nobles avec leurs dames, plus loin se trouvaient les riches commerçants et les officiers de l'armée, et comme le voulait la coutume au pays d'Ix, l'autre extrémité de la table était réservé aux serviteurs, c'était là qu'était installé Quavo le harpiste. Quand il fut convenablement nourri, la Reine lui demanda d'interpréter une chanson. il attendait ce moment avec impatience, il prit sa harpe, s'installa dans une niche du mur, et selon la tradition des ménestrels d'autrefois, il se mit à chanter à propos de ce qu'il avait vu dans les autres pays, informant ses auditeurs des nouvelles du monde tout en les distrayant avec sa musique. Ainsi commença-t-il :

Du Noland je vais vous conter une histoire,
Là y règne un curieux petit Roi
Un enfant qui, par simple chance
S'est retrouvé sur le trône
Sa
sœur partage sa bonne fortune
Elle est, dit on, l'amie des Fées
Pour elle, elles pratiquèrent leurs arts mystiques
Pour lui tisser une Cape Magique
Accordant à qui la porte, m'a-t-on dit
Un don plus précieux que l'or
Elle n'a qu'à formuler un souhait
Et aussitôt il est exaucé
Et quand elle la prête à ses amis
La même faveur leur est accordée

L'une a porté la Cape et maintenant peut voler
Comme un aigle dans les cieux
Un autre a fait un souhait et soudain
Son chien a reçu le don de la parole
Désormais, il peut bavarder avec l'animal
Et...

« Une minute ! » s'écria soudainement la Reine, « as tu inventé tout cela, ménestrel, ou est ce la vérité ? »  

 

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Secrètement heureux que sa nouvelle soulève autant de passion, Quavo continua à jouer de sa harpe et répondit en chantant :

Que je meurs à la fin du jour
Si je ne dis la vérité

« À  quoi ressemble cette Cape, et qui la possède ? » demanda fébrilement la Reine.

Le ménestrel repris son chant :

Cette Cape appartient à la Princesse Tignasse
Elle est faite d'une matière secrète
Qui la fait resplendir de mille couleurs
Et ravit les yeux de quiconque la contemple

La belle Zixi se perdit alors dans ses pensées, son délicat menton posé dans la paume de sa main, fixant le ménestrel d'un air rêveur.

Quavo, jugeant que ces nouvelles lui avaient attirés ses faveurs, raconta encore plus de choses extraordinaires sur la Cape Magique, certaines étaient vraies, d'autres n'étaient que des inventions de son cru, car les colporteurs de nouvelles, comme chacun sait, sont incapables de s'en tenir aux faits depuis que le monde est monde.

Tous les courtisans, officiers et domestiques écoutaient bouche-bée et les yeux écarquillés, émerveillés par ce qu'ils entendaient, et quand ce fut terminé, il était fort tard. La Reine Zixi lança une chaîne en or au ménestrel comme récompense et quitta la salle de banquet, suivie de ses servantes.

 

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Elle resta allongée sur son lit toute la nuit, pensant à cette Cape Magique, elle avait vraiment envie de la posséder. Au petit matin, alors que le soleil apparaissait à l'horizon, elle fit le vœu solennel de se procurer la Cape Magique dans l'année qui suivrait, dut elle sacrifier la moitié de son Royaume pour cela. 

 

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Ce vœu plutôt téméraire illustrait l'ardent désir de Zixi de posséder cette Cape, sa motivation était assez particulière ; bien qu'elle eut été une adepte de la sorcellerie depuis plus de six cent ans, ce qui lui avait permis de rester en bonne santé et de garder une apparence juvénile, il n'y avait qu'une seule chose qu'elle était incapable de tromper, c'était le reflet des miroirs.

Aux yeux des mortels, Zixi était belle et attirante, cependant, l'image que lui renvoyaient les miroirs était celle d'une vieille femme laide, chauve et édentée aux joues ridées et flasques.

C'était pour cette raison qu'elle avait bannis les miroirs de son palais, même dans son propre vestiaire, elle dépendait ainsi de ses servantes et de ses coiffeuses pour avoir une bonne présentation. Elle se savait, qu'en apparence, elle était belle, ses servantes le déclaraient continuellement, et les regards admiratifs de son entourage le lui confirmaient.

Mais Zixi voulait pouvoir s'admirer elle-même, et cela lui serait impossible tant que les miroirs lui montreraient ce glacial reflet de vieille harpie, que tout le monde aurait vue sans sa maitrise des arts magiques. Tout le reste de ce qu'une femme et une reine pouvaient désirer, elle l'obtenait par ce moyen, hormis cette seule chose, ce qui la rendait très malheureuse.

Comme je le disais, ce n'était pas une mauvaise reine, elle utilisait ses connaissances en sorcellerie pour son profit personnel autant que pour celui de son royaume, mais jamais pour faire de mal à quiconque, c'est pourquoi on peut l'excuser d'avoir voulu voir une jolie jeune fille se refléter dans son miroir, plutôt qu'une vieille femme hagarde allant sur sa six-cent-quatre-vingt-quatrième année.

Zixi avait renoncé à cet espoir jusqu'à ce jour où elle entendit parler de la Cape Magique. Les pouvoirs des sorcières sont quelque peu restreints, tandis que ceux des Fées sont sans limite. Si la Cape Magique exauçait les souhaits des humains, ainsi que l'affirmait la chanson de Quavo, elle devait se la procurer, elle souhaiterait alors que son apparence dans le miroir soit semblable à celle que percevait son entourage, et là, elle serait enfin heureuse.

 

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