Zixi, la Reine d'Ix - 7

Les ailes de Tante Rivette

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Tim et Meg avaient de quoi s'occuper à inspecter leurs nouvelles possessions. Ils se rendirent d'abord dans la chambre de la Princesse, où Tignasse avait ordonné à ses sept servantes d'étaler toutes les robes qu'elle avait reçues ; il y en avait quarante, vous imaginez un peu le spectacle ! Elles étaient toutes tissées dans de riches matériaux, il y en avait de toutes les couleurs pour toutes les occasions. Bien sûr, aucune ne possédait de traine, car Margaret, bien que Princesse, n'était encore qu'une petite fille, mais les robes étaient gaies et pimpantes, avec leurs rubans et les joyaux dont elles étaient serties. De plus, chacune avait le chapeau, les gants, les bas et les chaussons qui lui étaient assortis.

Après avoir admiré les robes un moment, ils allèrent voir les nouveaux habits de Tim ; vingt costumes de velours, de brocards et de tissus les plus fins, certains étaient ornés de diamants et de pierres précieuses, d'autres non, mais le plus modeste de tous était déjà plus luxueux que tout ce dont le garçon eût jamais rêvé.

 

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Il y avait aussi maints articles et accessoires accompagnant ces costumes, comme des chaussures à boucles de diamants et des haut de chausse en soie, mais également une jolie petite épée avec un fourreau en or et un pommeau en pierres précieuses pour les grandes occasions, .

Cependant, une fois que les enfants se furent lassés d'admirer les robes et les costumes, ils se mirent en quête de nouvelles distractions..

« Tu as remarqué ? » dit le garçon à sa sœur, « il n'y a pas un seul jouet dans tout le palais. »  

« J'imagine que çà n'intéressait pas l'ancien Roi. » répondit Tignasse. 

À ce moment là, on frappa à la porte ; c'était Tante Rivette qui entra en boîtillant, son visage ridé rouge d'excitation, les mains crispées sur un porte-monnaie rempli des pièces d'or que lui avait données le Seigneur Gardien de la Bourse Royale. 

« Regardez ce qu'on m'a donné ! » s'écria-t-elle en exhibant son trésor, « je vais aller m'acheter les plus beaux vêtements du royaume ! Puis je voyagerai dans le carrosse royal ! Et j'aurai un valet pour me servir ! Mammy Skib, Mistress Kappleson  et tous les autres voisins en seront malades de jalousie ! » 

« Je m'en fiche. » déclara Tim. 

« Non, mais dis donc ! » rétorqua Tante Rivette, « si je ne t'avais pas amené à Nole sur le dos de l'âne, tu n'aurais pas été la quarante-septième personne à franchir la porte orientale. »  

« C'est vrai. » intervint Meg. 

Mais Tim était fâché.

« Je sais que c'est vrai, » dit il, « mais attention, il ne faut pas nous embêter. Évitez de rester dans nos jambes et je vous laisserai acheter toutes les robes que vous voulez. »

« Je m'en vais dépenser chacune de ces pièces d'or ! » s'exclama-t-elle en serrant le porte-monnaie entre ses doigts maigres, « mais çà m'ennuie de sortir dans la rue dans ces vêtements misérables. Meg, pourrais tu me prêter ta Cape ? Je te la ramènerai au retour. »

« Bien sûr. » répondit la fillette, elle alla ouvrir un placard et en sortit la Cape Magique et l'étendit sur les épaules de Tante Rivette. Elle avait de la compassion pour la vieille femme, et çà lui faisait plaisir de lui prêter.

Alors, la vieille Rivette, très fière et toute excitée à l'idée de dépenser cet argent, quitta le palais en marchant aussi vite que lui permettaient ses jamabes chancelantes, et elle prit la direction du quartier commerçant. « je vais m'acheter une robe en soie jaune, » marmonnait elle pour elle-même à mi-voix, « et une autre en velours blanc, un manteau de brocards et un bonnet bleu-ciel avec des plumes pourpres ! Les voisins ne vont pas en revenir ! Oh, comme je marche lentement et comme les magasins sont loins ! Ah, comme j'aimerais pouvoir voler ! »

Elle portait la Cape Magique au moment où elle exprimait ce souhait, à peine l'eût elle formulé que deux grandes ailes couvertes de plumes apparurent, fixées à ses épaules.

 

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La vieille femme s'arrêta brusquement, elle tourna la tête et vit les ailes, alors elle se mit à hurler en sautillant et en agitant frénétiquement les bras. Les ailes se mirent à battre en même temps, la soulevant doucement dans les airs, et elle se mit à planer grâcieusement au dessus de la foule de passants ébahis.

« Au secours ! À moi ! Au meurtre ! » criait Rivette, en battant des pieds et des ailes en même temps sans s'en rendre compte, « sauvez moi, je vous en supplie ! »  

« Vous pouvez vous sauver vous même ! » lui lança un homme en dessous d'elle, « vous n'avez qu'à cesser de voler et vous redescendrez ! »  

Rivette trouva que c'était une bonne suggestion, elle s'était retrouvée à une bonne hauteur, mais elle s'efforça de garder ses ailes immobiles, alors elle se mit à redescendre lentement en planant. Mais à sa grande horreur, elle s'aperçut qu'elle fonçait dans les branches pointues d'un poirier, alors elle poussa un cri et donna un coup d'ailes qui la renvoya haut dans les airs.

Elle était tellement terrorisée qu'elle manqua de s'évanouir, mais elle fermait les yeux pour ne pas voir à quelle hauteur elle se trouvait. Elle immobilisa ses ailes et recommença à descendre doucement.

À un moment, elle ouvrit les yeux et vit sa manche qui frôlait de près la pointe d'un paratonnerre. Elle recommença à se débattre en agitant les ailes, et avant même qu'elle s'en rende compte, Tante Rivette s'était retrouvée sur le toit des étables royales. Là, elle s'assit et se mit à pleurer, tandis qu'une grande foule se rassemblait en bas pour la regarder.

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« S'il vous plait, ramenez moi une échelle ! » supplia la vieille Rivette, « sinon je vais tomber et me briser le cou ! »

Entre temps, Tim et Tignasse vinrent voir ce qui causait tout cet émoi, et à leur grande surprise, ils aperçurent leur tante perchée tout en haut sur le toit de l'étable, avec deux grandes ailes qui lui avaient poussé dans le dos.

Ils ne comprirent pas tout de suite ce qui se passait, quand Margaret s'écria :

« Tim, je l'ai laissée porter la Cape Magique, elle a du faire un vœu ! »  

« Au secours ! Par pitié, ramenez moi une échelle ! » supplia la vieille femme, en apercevant son neveu et sa nièce. 

« Eh bien, vous voila devenue un oiseau, Tante Rivette ! » lui lança Tim, d'un air facétieux, « vous n'avez pas besoin d'échelle, vous n'avez qu'à descendre de la même manière dont vous êtes montée ! »  

Tout le peuple s'écria : « Oui ! Oui ! Le Roi a raison ! Descendez ! »

À ce moment là, les pieds de Rivette glissèrent sur la pente du toit, elle tenta de se retenir, mais sans s'en rendre compte, elle s'était mise à battre des ailes. Elle descendit ainsi tout doucement jusqu'au sol sans se faire mal.

« Çà ira mieux quand vous saurez utiliser ces ailes, » dit Tim en riant, « mais où donc les avez vous eues ? »

« Je ne sais pas, » dit Tante Rivette, soulagée d'être revenue sur terre, et plutôt flattée d'être le centre de tant d'attention, « sont elles jolies ? »

« Elles sont tout simplement adorables ! » s'écria Tignasse en joignant les mains d'admiration, « je crois bien que vous êtes la seule personne au monde à pouvoir voler, ma Tante ! »

 

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« Moi, je trouve que vous ressemblez à un gros rapace. » dit Tim. 

Tous ces compliments et les regards admiratifs des gens contribuèrent à réconcilier Rivette avec ses nouvelles ailes. Elle les trouvait élégantes et distinguées, et en éprouvait une certaine fierté. Elle s'aperçut que dans la panique, elle avait gardé les mains crispées sur le porte-monnaie rempli de pièces d'or, alors elle ajusta la Cape autour de son cou et se dirigea vers les magasins, suivie d'une foule d'hommes, de femmes et d'enfants.

 

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